16/02/2006
De Villiers et la démocratie européenne pour les nuls
Intérrogé aujourd'hui par un journaliste du Figaro, Philippe de Villiers, qui décidemment me semble souvent partant pour dire une ânerie, nous livre cette perle:
"Nous sommes devant un mensonge, car on voudrait nous faire croire que la directive est vidée de sa substance. Rien n'est plus faux : le texte applique toujours le principe de la liberté totale des prestations de service. C'est aussi un scandale, car les promoteurs du oui au référendum avaient répété pendant la campagne du printemps dernier : «La directive Bolkestein est morte et enterrée». Or, aujourd'hui, cette directive, sortie par la grande porte du suffrage universel, revient par la fenêtre du Parlement européen. C'est un déni de démocratie."
Outre sa remarque considérant que la directive Bolkestein serait restée intacte, ce qui est contestable, il nous apprend donc que le retour de celle-ci par "la fenêtre du Parlement européen" serait un déni de démocratie.
D'abord, je ne me souviens pas que le suffrage universel ait sorti cette directive par la grande porte. C'est sur le TECE que nous nous sommes prononcés le 29 mai dernier, par sur cette directive. Il est assez certain que nombreux sont ceux parmis les nonistes qui ont voté notamment pour manifester leur désaccord face à cette directive, mais enfin même chez eux cela n'a pas dû être le seul élément qu'ils ont pris en compte. Chez les autres, l'argument fait évidemment flop. Sans parler des autres pays où ceux qui ont été appelés à voter ne l'ont pas fait nécessairement sur les mêmes fondements que nous.
Ensuite, de Villiers, qui est député européen, est vraiment malhonnête en faisant semblant d'avoir cru aux paroles de Chirac lorsque celui-ci déclarait l'enterrement de la directive Bolkestein. Il sait évidemment très bien que cette déclaration était vide de sens et qu'elle ne visait rien d'autre pour Chirac qu'à jouer aux défenseurs de la patrie à peu de frais (si ce n'est aux frais de sa crédibilité, enfin du peu qu'il en restait sur la question européenne après sa campagne calamiteuse sur le TECE).
Mais ce que je trouve le plus formidable vraiment c'est cette conclusion: la directive revient par le Parlement et c'est donc là un déni de démocratie. S'il y a bien une institution qui bénéficie de légitimité démocratique dans l'organisation européenne, c'est le Parlement, puisque c'est le seul organe élu. Que la directive Bolkestein se représente devant lui est une chose normale et évidemment souhaitable pour toute personne qui prétend défendre la démocratie à l'échelle européenne. Déclarer que ce retour devant le Parlement est un déni de démocratie, c'est vraiment mettre les choses cul par dessus tête. Ou prendre les gens pour des cons.
P.S: tiens à la relecture je m'aperçois que c'est la première fois que je publie un billet sur le ton du spécialiste de la politique. Ce que je ne suis pas. C'est dire si de Villiers est à côté de la plaque.
11:50 Publié dans Un peu d'actualité et de politique | Lien permanent | Commentaires (12) |
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