06.05.2007

Une victoire et demie !

medium_Drapeau-France.gifNicolas Sarkozy vient d'être élu président de la république. Pour ma part, je ne me réjouis pas de cette élection, tant son programme et ses idées me plaisent peu.
 
Mais à côté du nom qui s'est affiché sur nos écrans tout à l'heure, ce qui constitue bien sûr l'information la plus importante de la soirée, deux choses me semblent aussi importantes, et qui elles emportent plus mon enthousiasme : le taux de participation de ce second tour, auquel je ne m'attendais pas du tout, et également le discours de Ségolène Royal, dont le message principal me semble repris pour l'essentiel par plusieurs personnages importants du PS.
 
Le taux de participation d'abord, aux alentours de 86%, est exceptionnel, et montre que la démocratie n'est pas un vain mot aujourd'hui en France, et cela vraiment, je trouve qu'on peut légitimement en être heureux. Beaucoup de personnes ont fait la démarche d'aller s'inscrire sur les listes électorales alors qu'elles pensaient il y a encore quelques années que tout cela n'en valait pas la peine. Ce sentiment semble aujourd'hui dépassé, et c'est tant mieux. La légitimité du novueau président de la république en est d'autant plus forte, sans compter son score du premier tour, ce qui tranche remarquablement avec la situation qu'on avait trouvé au lendemain des élections de 2002. Et je trouve cela plutôt sain.
 
Ensuite, le discours de Royal, repris sans surprise par Strauss Kahn, soutenu également par Hollande, qui enfin, en appelle clairement à une refondation du PS, qui en termine avec ses vieilles lunes de grand soir révolutionnaire et qui peut, si cet essai est transformé, se transformer en un vrai parti social démocrate moderne. Le score de Royal, qiu n'est pas ridicule du tout à mon avis, est un élément qui peut vraiment permettre cette transformation. En tout cas je l'espère, et serai sans doute très intéressé par les débats et les mouvements qui auront lieu d'ici aux élections législatives.
 
 
Sarkozy est président, je n'en voulais vraiment pas. Mais punaise, 85% au premier tour, 86% au second: bravo les gens! Vive nous ! 

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23.04.2007

Ségolène Royal pense-t-elle avoir perdu ?

Les candidats présents au second tour étant connus, la question qui est désormais sur toute les lèvres est : Ségolène Royal peut-elle battre Sarkozy? A mon avis non. Il faudrait qu'elle fasse une extraordinaire campagne durant les 15 prochains jours, ou que Sarkozy commette tout à coup une sacrée bévue pour qu'il en soit autrement.
 
Le réservoir de voix à gauche est trop faible, et le score de Royal, d'une certaine façon, reste un peu étriqué si l'on considère qu'elle a sans doute bénéficié de façon importante du vote utile (même si ceci reste bien difficile à évaluer). Il aurait fallu qu'elle arrive en tête pour avoir un véritable espoir de l'emporter.
 
D'ailleurs, son intervention de ce soir m'a donné le sentiment qu'elle était consciente qu'elle avait presque déjà perdu. Enfin, je ne pas être sûr qu'il s'agit bien de cela, mais j'ai été très surpris de voir à quel point son visage était fermé lors de son discours, à quel point elle semblait peu à l'aise, paraissant encore plus mécanique qu'à l'habitude. Alors que Sarkozy lui, a fait un discours bien plus détendu, et donc bien plus porteur.
 
On l'a vu jusque dans leurs réactions à chaud auprès des journalistes: Sarkozy, dans sa voiture, répond ouvertement aux journalistes, alors que Ségolène lance un "Ah non, je viens de faire une déclaration".
 
Si elle souhaite battre Sarkozy, il va lui falloir un peu plus qu'un simple mantra "tout sauf Sarko", il faut qu'elle montre une humanité qui plaise, qui attire, il faut qu'elle offre un peu de chaleur humaine. Sa défaite le 6 mai sera quoi qu'il arrive moins grave que celle de 2002. Car sa présence au second tour permettra sans doute que nous ayons cette fois-ci une opposition plus forte à l'assemblée. Mais si elle ne parvient pas à transformer son image de rigidité, ce pourrait être un peu plus qu'une simple défaite.
 
 
P.S: au fait, pour ceux qui se poserait la question, même si la réponse n'a que peu d'intérêt, j'ai voté Royal aujourd'hui. Et ferai sans doute de même dans 15 jours.
 
 

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22.04.2007

Deux victoires, au moins

Les résultats du premier tour présentent pour moi deux victoires. Au moins deux.

 

La première, c'est la victoire du taux de participation. Entre 83% et 85% en gros. Soit un taux similaire aux élections du début de la Vè république, largement au dessus de celui des dernières présidentielles, et bien sûr bien supérieur à celui de 2002 (pour rappel, un peu plus de 71%). Ce taux de participation est loin, très loin d'être un détail. Il montre une chose importante : les français se sentent concernés par la politique, ils s'y intéressent vraiment. Ce qui me marque là, c'est de faire ce constat, en sachant que parallèlement, plusieurs études montrent qu'environ les 2/3 d'entre eux, euh pardon d'entre nous, ne nous reconnaissons pourtant pas dans la manière dont elle est menée depuis des années. Il y a là le signe d'un essai qui ne demande qu'à être marqué, mais qui ne l'est toujours pas. Peut-on espérer?

 

La deuxième victoire, c'est le score faible de Le Pen, qui est certainement en partie le reflet du fort taux d'abstention. On sait qu'historiquement des taux de participation bas favorisent l'extrême droite, ce qu'on a vu en 2002. Cette année, le FN est enfoncé à un score très bas par rapport à ce qu'il espérait sans doute. Et voir ce soir le visage de Le Pen, si amer et fermé, et l'entendre dire qu'en gros, les français sont des cons parce qu'ils lui ont mis une claque, était particulièrement jouissif. 

 

Aaah, dommage que je ne sois finalement pas à La république des blogs ce soir. J'aurai aimé partager ce plaisir avec mes camarades. 

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12.04.2007

Prédisposition et déterminisme : court retour sur les propos de Nicolas Sarkozy

medium_chromosome.gifJe voudrais revenir rapidement sur les propos tenus par Nicolas Sarkozy sur la question de la place de l'inné dans nos destins personnels. Non pas pour profiter de la polémique et l'alimenter encore, mais pour clarifier un point qui ne me semble pas l'être vraiment.
 
Qu'a-t-il dit sur cette question ?
 
"J’inclinerais pour ma part à penser qu’on naît pédophile, et c’est d’ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie-là. Il y a 1200 ou 1300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n’est pas parce que leurs parents s’en sont mal occupés ! Mais parce que génétiquement ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les fumeurs : certains développent un cancer, d’autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l’inné est immense"
 
J'ai lu des interprétations de ces propos qui m'ont particulièrement étonné, tant ils semblaient tomber en plein déni de ce que ceux de Sarkozy signifiaient. Chez Koz, mais aussi chez Xavier (dont j'ai lu le billet grâce à koz). Le billet le plus intéressant je trouve, est celui de Xavier, dont je partage complètement toute la démonstration sur la différence entre prédisposition et déterminisme génétique absolu. Effectivement, qu'il existe chez certaines personnes une prédisposition à tel ou tel caractère comportemental, ne signifie en rien que ce caractère va réellement se développer chez la personne, et encore moins qu'il va se développer obligatoirement du fait de son déterminisme biologique. En d'autres termes, pour reprendre une expression que j'ai déjà utilisée ici, prédisposition n'est pas disposition, et si l'individu n'est pas élevé dans un cadre qui "permet" que s'expriment ses prédisposition, jamais ses comportements n'en seront marqués.
 
Mais Xavier me semble conclure son billet étrangement, en disant que Sarkozy n'a parlé que de prédisposition et non de déterminisme biologique. Je suis d'accord avec lui, et avec koz, sur le fait que Sarkozy n'a pas fait valoir un déterminisme biologique absolu. Cependant, ce n'est pas de prédisposition dont il a parlé, mais bien de disposition. En effet, lorsqu'il dit : "on naît pédophile", il envisage déjà le caractère pédophile en acte, et non comme une possibilité. Ce qu'il dit, c'est en substance: "on naît, étant pédophile", et non pas "on naît, pouvant être pédophile". Ce n'est donc nullement de prédisposition dont il est question ici, mais bien de déterminisme.
 
La suite de son commentaire porte sans doute à confusion, car effectivement il avance la notion de guérison, et montre que selon lui ce déterminisme n'est pas absolu. Mais il rappelle encore :
 
 
"1200 ou 1300 jeunes [..] se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que génétiquement ils avaient une fragilité"
 
Là encore, je ne vois pas la place laissée à l'apprentissage, à l'acquis, à l'expérience personnelle. Je ne vois pas la nuance dans ce propos. Et accessoirement, avancer la question du suicide pour faire une démonstration sur l'inné est sans doute ce qu'il y a de plus totalement à côté de la plaque. On naît suicidaire ? Mais alors le gène du suicide défini aussi à quelle date doit se passer la chose ?
 
 
Donc oui, les propos de Nicolas Sarkozy me semblent choquants et stupides. Ceci dit, probablement est-il plus important dans ce type de débat de bien comprendre pour soi quelle différence il convient de faire entre déterminisme et prédisposition, et pour cela la lecture de Xavier est excellente. 

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05.04.2007

Nicolas Sarkozy et les singes de Delgado

medium_Singe.jpgJe découvre ce soir via un article du monde, le billet intéressant qu’a rédigé Michel Onfray  suite à sa rencontre avec Nicolas Sarkozy. Onfray indique dans son texte, d’une façon qui me paraît honnête, qu’il savait bien avant d’aller à cette interview que celle-ci pourrait être difficile du fait de l’opposition de ses opinions avec celles de Sarkozy. Il n’a visiblement pas été déçu.

 

Il y a deux choses qui me semblent intéressante à relever dans son compte-rendu. D’abord, et c’est certainement ce point qui sera principalement repris par la presse, les propos tenus par Nicolas Sarkozy concernant la prédestination génétique des individus.

 

Je reprends pour en rendre compte de façon synthétique, le même extrait que Le Monde

 

"J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a mille deux cents ou mille trois cents jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les fumeurs : certains développent un cancer, d'autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l'inné est immense."

 

Cette vision, contredit une grande partie des recherches tant dans le domaine génétique que dans les disciplines de sciences humaines. Sarkozy peut donc s’attendre ici à recevoir une petite volée de la part du monde scientifique. Je ne compte pas revenir de façon détaillée sur l’impact génétique sur nos comportements. Il me semble avoir déjà démontré à mainte reprise que celui-ci était minime.

 

Il me suffit de rappeler succinctement, que jamais un bébé laissé à l’abandon sans la moindre possibilité d’expérimenter ce qui fait le monde humain (le rapport avec les autres essentiellement) ne se construira d’une façon que nous jugerions « humaines ». Il ne pourrait au mieux que devenir une sorte de sauvage, totalement inapte à la civilisation, mais les comportements humains de sociétés lui seraient parfaitement étrangers. L’inné encore une fois n’est qu’un potentiel, bien difficile à évaluer d’ailleurs. C’est l’apprentissage qui peut lui donner sa valeur. Il suffit pour s’en convaincre de remarquer qu’un enfant né de bonne famille mais élevé dans une famille pauvre n’aurait que très peu de chance de « réussir » socialement, alors qu’un enfant né d’une famille pauvre mais élevé dés son plus jeune âge dans une famille aisée suivrait exactement le chemin inverse. Mais je ne vais pas réécrire le scenario de La vie est un long fleuve tranquille, n’est-ce pas ?

 

Cette vision que rapporte Sarkozy, et Michel Onfray le rappelle, constitue l’une des bases de divergence philosophique fondamentale entre la gauche et la droite politique. Impossible ici de faire court sans caricaturer, mais en gros la droite s’accroche volontiers à la notion de l’inné, tandis que la gauche est plus attachée à celle de l’acquis. Parce que l’inné est ce qui permet de poser de façon simple des valeurs sur les personnes, et de les juger à l’aune de principes moraux, de mérite, etc. Et également d’agir de façon pragmatique, c’est-à-dire en faisant « avec ce qu’on a », et non avec ce que l’on peut espérer. Alors que l’acquis suppose une projection dans le temps, une évolution, un changement de l’homme. C’est la base de l’idéalisme où il n’est pas question de ce que l’on est, mais de ce que l’on peut devenir.

 

Je ne m’attarde pas plus sur ce point. Onfray le développe plus, et bien mieux que moi dans son billet. Et une littérature sans doute riche en rend compte pour ceux qui sont curieux. Ne m’en voulez pas trop si je suis un peu fainéant, mais si je voulais faire quelque chose de convenable à ce sujet, il me faudrait des heures.

 

Le deuxième point qui m’intéresse, c’est le comportement général de Sarkozy lors de cet entretien : son agressivité. Evidemment, il est tout à fait possible que celle-ci soit plus le résultat d’une mauvaise journée et de circonstances désagréables pour lui que d’autre chose. Mais l’article d’Onfray confirme une impression générale que le personnage Sarkozy véhicule il me semble : celle d’un individu agressif. Sans doute pas physiquement parlant, mais verbalement. Qu’il soit à la télé, ou ailleurs, c’est souvent l’impression qui se dégage de lui. Il me semble que c’est en grande partie ce qui explique la méfiance particulière qu’on entend s’exprimer contre lui.

 

On aurait très certainement tort de penser que les autres candidats, en tout cas ceux qui peuvent croire à la victoire, n’expriment aucune agressivité dans leur comportement, mais Sarkozy me semble être celui chez qui cette agressivité est la plus forte, en tout cas à tout le moins la plus visible.

 

Je voudrais à ce titre évoquer ici, de façon un peu provocatrice je le reconnais, une expérience menée par le physiologiste Jose Delgado (eng) sur des singes. Delgado s’est rendu célèbre en posant des implants électroniques dans le cerveau d’animaux et en parvenant, à l’aide de consoles radios, à guider et modifier les comportements de ceux-ci. Son expérience la plus célèbre a eu lieu à Cordoue avec un taureau de corrida, qu’il a pu stopper net alors que l’animal se ruait sur lui.

 

Delgado a également réalisé des expériences sur des singes, pour étudier leur comportement agressif et trouver les moyens de le modifier. Il a ainsi montré, qu’un groupe de singe ayant appris à stimuler à l’aide d’un appareil électrique, la zone de leur cerveau qui régule leur niveau d’agressivité, utilise cet outil pour jouer à monter et descendre dans l’échelle hiérarchique du groupe. En effet, plus les singes stimulaient leur agressivité grâce à l’engin, plus ils montaient dans l’échelle hiérarchique du groupe. Les singes qui étaient normalement les dominés accédaient au statut de dominant grâce à quelques stimulations. Et ceux qui étaient normalement les dominants, se voyaient alors dépassés dans l'échelle hérarchique du groupe par les autres, pour devenir à leur tour des dominés. Ayant compris le truc, les singes l’ont apparemment abondamment utilisé pour modifier leur rang et leur statut de dominant ou de dominé dans le groupe.

 

La conclusion de l’expérience de Delgado est simple et claire comme de l’eau de roche : c’est l’individu le plus agressif du groupe qui en devient l’élément dominant. En tout cas c’est le cas chez les singes sur lesquels l’expérience fut conduite.

 

Bien sûr, il y a une limite à l’analogie de ce type d’étude éthologique avec la nature humaine. Et ceci même si les animaux étudiés sont ceux dont nous sommes les plus proches. Mais je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a dans cette étude une vérité que l’on peut rapprocher du vade mecum de l‘homo politicus. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’idée est si largement répandue que la politique, ce n’est pas le monde de Candy et des idéalistes évangéliques. Les nombreux cyniques qui officient en tant qu’analystes dans cette discipline, en sont bien pétris.

 

En l’état je ne vois pas bien comment ce phénomène est évitable. Les hommes politiques n'ont guère de chance d'exister aux yeux du grand public s'ils n'ont pas une forme d'agressivité comportementale qui leur fait vouloir être sur le devant de la scène, vouloir le pouvoir, vouloir être des dominants. D’une certaine façon, ce n’est là que le reflet du schéma de construction de nos sociétés modernes, qui se sont faites en grande partie à partir de l’agressivité de compétition (j’aborderai ce point plus en détail prochainement).

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28.03.2007

L'adoption par les couples homosexuels

En commentaire d’une de ses longues brèves, Koz a indiqué quels étaient ses arguments contre l’adoption par des couples homosexuels. En bref, enfin j’espère ne pas trahir sa pensée en écrivant cela, Koz considère qu’il en va de l’équilibre de l’enfant, qui a besoin d’un père autant que d’une mère pour bien se construire, et qu’il n’est pas normal d’exposer dés son plus jeune âge aux risques de quolibets de ses camarades s’il devait avoir deux papas ou deux mamans.

 

Je dois dire que cette opinion était encore la mienne il ya quelques années, et que je faisais alors exactement la même démonstration que lui pour défendre mon propos. Dans un environnement social où la place de la famille est encore forte, on serait plutôt surpris que les gens pensent autrement. Mais mon opinion a changé, sans doute pas radicalement car je ne me sens pas farouchement opposé à une argumentation comme celle de koz, mais tout de même, je crois qu’elle est erronée.

 

J’ai changé d’opinion le jour où j’ai discuté de ce sujet avec un de mes cousins qui m’a dit en même temps qu’il était homosexuel. Il a avancé quelques arguments, et un en particulier qui disait que trop souvent, les parents élevaient leurs enfants comme « leur chose », avec donc une forte notion de possessivité vis-à-vis de leur progéniture. Biais qui selon lui était moins susceptible d’intervenir dans le cadre d’une adoption, et en particulier chez un couple homosexuel puisque ceux-ci du fait de leur situation risquaient moins que les autres de reproduire le schéma classique d’un couple hétérosexuel. En s’appropriant moins « leur » enfant que les autres, peut-être laissent-ils celui-ci plus libre de devenir ce qu’il veut. Et évidemment, le fait que ses parents soient homosexuels ne peut en aucun cas faire douter de l’amour qu’il pourra recevoir de ceux-ci.

 

Mais au–delà de ces quelques arguments, ce que j’ai plus ou moins senti ce jour là c’est qu’il y avait quelque chose d’étrange à envisager le risque que faisait éventuellement courir des parents homosexuels à leur enfant adoptif.  Manquer d’un père ou d’une mère est une fragilité ? Affronter les sarcasmes de ses camarades est douloureux ? Ce n’est sans doute pas faux. Mais au risque de paraître provocateur j’ai un peu envie de répondre : et alors ?

 

Oui et alors ? Qui s’imagine aujourd’hui que les enfants qui grandissent n’ont pas d’épreuves à affronter, d’humiliation à subir et desquelles se relever, de doutes auxquels faire face ? Quels parents songent sérieusement maîtriser le chemin de vie de leurs enfants au point de les préserver de quelques vraies désillusions et de certaines douleurs profondes ? J’en vois une au moins qu’ils prendront tous un jour en pleine poire et dont peut-être on sous-estime l’impact dans la construction personnelle des individus : la déception amoureuse.

 

Bien sûr on rétorquera sans doute que si tout cela est vrai, il n’y a pas de raison d’en rajouter pour autant. Et que lorsque l’on peut éviter quelques désagréments supplémentaires aux enfants, il est presque coupable de ne pas le faire  Mais il me semble que le fond de cette idée vient d’une vision comptable de la vie qui n’a pas beaucoup de sens. On ne peut pas envisager l’éducation d’un enfant en calculant le nombre de moments positifs et le nombre de moments négatifs qui se dresseront sur son parcours personnel. Et on aurait tout à fait tort je crois d’envisager l’éducation offerte par un couple homosexuel comme créant un handicap de base, comme un handicap physique peut l’être.

 

L’éducation est un processus très complexe, fait d’automatismes culturels reproduis par les parents plus ou moins consciemment, d’apprentissages que ces derniers font pour une part non négligeable en même temps qu’ils les enseignent à leurs enfants, de circonstances et d’événements extérieurs sur lesquels ils n’ont pas d’influence, d’un nombre incalculable de micro-événements qui par touche successives construisent un personnage particulier, qu’un jour les parents, s’ils regardent leurs rejetons avec clairvoyance, s’apercevront qu’ils ne peuvent pas voir complètement, qui garde en lui une part insaisissable, même à eux, même alors qu’il est le premier à hériter de ce qu’ils sont (au fait, je crois que c’est ça aimer : reconnaître et accepter la part fuyante de l’autre).

 

Ce processus peut tout à fait être mené de façon positive par des parents homosexuels. Peut-être auront-ils quelques difficultés de plus que les autres à affronter, à commencer par ce regard négatif qu’une certaine population continue de porter sur eux. Mais ils n’auront pas moins de faculté que les hétérosexuels pour gérer ces difficultés. C’est de maturité comportementale dont il est vraiment question ici : si celle-ci est forte, des parents homosexuels sauront faire grandir leur enfant sainement, et si elle est faible, et bien ils ne sauront pas, mais il en ira de même pour des parents hétérosexuels.

 

Enfin cette question ne doit à mon avis pas être présentée comme une vraie question de société. Ou plus exactement, je ne pense pas qu’ouvrir l’adoption à des couples homosexuels puisse avoir un impact sociétal réel. C’est une décision qui changera la vie de certains individus, mais pas le visage de la société dans son ensemble. Simplement parce qu’ils ne seraient sans doute pas si nombreux à y avoir recours (qu’on songe simplement au nombre d’enfant adoptés par rapport au nombre d’enfants naturels, je n’ai pas les chiffres, mais je serais surpris que ce ratio soit très élevé).

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26.03.2007

La veste d'Eric Besson

Petit billet court aujourd’hui, pour répondre à la requête formulée par Verel la semaine dernière suite à la nouvelle salve lancée par Besson contre son ancien camp dans son récent livre repris pour partie dans un article du Monde. Verel semble se demander comment la position de Besson peut être désormais aussi fortement anti-Ségolène alors qu’il était encore il n’y a pas si longtemps l’un des bons ouvriers du PS. La question mérite sans doute d’être posée, et je vais tenter d’y apporter quelques éclairages.

 

J’émets toutefois une réserve immédiate sur les pistes que je pourrai ouvrir : je ne connais pas le personnage Besson, je subodore que nous ignorons une grande part de ce qui a pu se dire en coulisse du PS avant son éviction de la campagne de Ségolène Royal, et je ne prétends donc nullement que mon explication puisse être prise au pied de la lettre. En fait, ce billet est plus un prétexte pour illustrer à travers l’exemple de Besson quelques idées que j’ai déjà développées ici. Où l’on verra que probablement, le comportement d’Eric Besson n’a en fait rien de très extraordinaire.

 

D’abord, pour bien comprendre le comportement de l’ex secrétaire national à l’économie du PS après son éviction, il faut comprendre son comportement pendant qu’il était au PS. Je l’ai dit tout récemment, ce que nous appelons par commodité, et non sans quelques trémolos dans la voix et un certain lyrisme, nos convictions, sont en réalité souvent constituées, avec une apparence plus ou moins cohérente selon la maîtrise du langage que nous avons, par un ensemble hétéroclite d’intérêts bien compris, tout à fait personnels et égocentrés (c’est-à-dire qui ne visent rien d’autre que l’intérêt de notre personne, qui visent donc à notre conservation propre, biais naturel auquel nous ne saurions échapper).

 

Pour réaliser cela, nous avons recours de façon régulière, à de petits dénis courants, de menus rejets de certaines valeurs qu’hier encore nous déclarions importantes à nos yeux, mais dont la mise en œuvre sans entrave nous semble entraîner plus de dommages que d’avantages. Nous optons alors naturellement pour ce qui nous avantage le plus, dans le cas de Besson pour l’appartenance à un parti politique qui est proche de l’idée qu’il se fait de la politique, ou en tout cas le moins éloigné (il faut l’espérer tout de même), et nous acceptons de mettre sous l’éteignoir certaines revendications qu’en d’autres circonstances nous aurions volontiers mises en avant.

 

Besson, dans son entretien avec Claude Askolovitch, semble faire grand cas des sacrifices intellectuels qu’il a dû concédés dans son travail au parti socialiste. Qu’il se console toutefois, tous ses anciens camarades sont certainement dans la même situation, et il ne peut qu’en aller de même de l’autre côté de l’échiquier politique. Le fond de ce comportement là, c’est tout simplement que ces gens perçoivent que le gain qu’ils font ainsi est plus grand que la perte y attachée. Ils savent bien que s’ils avaient tout le pouvoir pour eux ils procéderaient autrement, mais tant qu’ils ne l’ont pas, ils acceptent de se plier aux règles établies pour bénéficier des avantages que leur donne le groupe qui répond à ces règles. Ce n’est rien d’autre que du conformisme de soumission, dont on s’aperçoit à cette occasion qu’il peut trouver application dans tous les types de population.

 

Besson donc, a jonglé pendant plusieurs années avec ses propres valeurs et avec les exigences de son parti, il a manipulé ses propres convictions, a adapté son langage pour le faire correspondre à celui du groupe, afin de maintenir la cohérence de celui-ci, cette cohérence ayant été pendant tout ce temps la garantie personnelle dont il avait besoin pour progresser et s’assurer un avenir correspondant à son ambition (sans que je ne mette sous ce terme l’idée d »ambition « a tout prix »).

 

La rupture, qui pour l’individu se situe en amont de sa manifestation observable par le grand public, étant par essence une affaire intime, qui se déroule uniquement en lui-même, cette rupture donc a fait tomber d’un coup toutes ces exigences de conservation du groupe. Tous les compromis acceptés jusqu’alors n’ayant plus de contrepartie et n’offrant plus aucun avantage en retour, n’ont plus de raison d’être, et ils deviennent même, en s’associant à une expérience douloureuse (une rupture de ce type n’étant jamais facile, cette difficulté étant précisément le nœud gordien du déni), des complices au mal être ressenti. Ils doivent donc être abattus afin que l’individu retrouve pleinement l’équilibre psychologique que la rupture à rompu.

 

D’ailleurs, il faut parier ici que si la rupture n’était pas complète, le rejet qui s’ensuit ne serait pas aussi radical. Il faudrait à Besson conserver un moyen de revenir dans le jeu, de se réintroduire dans le groupe qu’il a quitté et qui lui offrait ses gratifications. Il me semble probable que sa réaction est aussi absolue que la rupture est définitive. Un intérêt personnel très fort dans un retour au bercail pourrait contrarier cette prédiction, mais celle-ci ne me semble vraiment pas absurde. On peut même peut-être penser que c’est parce que la rupture est déjà totale que l’opinion de Besson atteint une telle extrémité de rejet du projet de Ségolène Royal, alors que je ne vois guère de possibilité qu’il ne soit pas sur quelques points en accord avec ce qu’il a soutenu il fut un temps.

 

Besson fait mine du contraire, mais j'y vois le signe de la bête blessée, qui a besoin de retrouver une position d’apparence digne pour lui-même, de s’extraire de l’humiliation subie, et qui pour cela dresse un tableau aussi brutal de ses nouveaux adversaires que ceux-ci ont pu l’être avec lui. Cela n’empêche d’ailleurs nullement que ses convictions entrent bel et bien en jeu dans ce rejet, et qu’elles en constituent une part importante. Je ne cherche pas ici à dénier à Besson quelque raison dans son attitude, ni a contredire la profondeur de ses valeurs, mais je ne crois pas que celles-ci soient suffisantes à expliquer la radicalité extrême dont il témoigne désormais. Il est entré dans le rapport de force, et pour que celui-ci ne soit pas trop inégal, alors qu’il est seul contre tous, il a besoin de mettre autre chose dans son discours que des éléments raisonnés et mesurés. Il faut des émotions fortes, de l’agressivité, de la culpabilisation, une critique sur tous les niveaux possibles. Vous fonctionner très différemment vous quand on vous donne la possibilité de vous exprimer après avoir été agressés verbalement ?

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15.03.2007

Bayrou, Ségo, Sarko, et le perroquet

Il y a quelques jours, voter à gauche a produit un article assez rigolo au sujet des stratégies de vote pouvant être choisies par les électeurs. Cela fait en effet déjà quelques temps que certains électeurs naturels de la gauche envisagent plutôt de voter Bayrou que Royal au premier tour, parce que les sondages récents indiquent que le béarnais aurait plus de chance que la poitevine à remporter la palme au second tour.

 

Mais hop, les stratégies de ce type n'ayant aucune limite, il se pourrait que dans un savant jeu de billard à trois bandes, les électeurs naturels de Sarkozy votent plutôt Ségo que Nico au premier tour, afin d’être sûr que le second l'emporte face à la première. Evidemment on voit mal pourquoi s'arrêter en si bon chemin, et partis comme ça, pourquoi ne pas imaginer que, sachant que Bayrou gagnerait au second tour (toujours selon quelques récents sondages), ainsi que sarkozy (pour la même raison), les ségolistes appellent à voter en masse pour Marie-Georges ou Olivier, en espérant regrouper dans le même logique tous ceux qui souhaitent faire barrage à Sarkozy, et l’emporter au second tour face à un adversaire sans grande envergure ?

 

Ou comme le dirait notre défunt Louis, on pourrait aussi faire démissionner la vieille, demander au roi d'épouser le perroquet, le faire ensuite cocu par un moineau, le roi divorce, on épouse le perroquet, et nous voilà reine! Qu'est-ce que vous en pensez? (bon la citation est approximative, ok, mais l'esprit est proche, non?)

 

Donc bref, tout ça pour dire que les charmantes "pensées profondes" des stratèges en ci et ça pour nous expliquer pourquoi il faut toujours viser d’abord la bande pour espérer toucher la boule, moi je vous avoue, au risque de paraître naïf, que je n'en suis pas fan. Et qu'accessoirement, j'ose penser que si de tels procédés sont nécessaires, c'est qu'on a comme un problème avec notre système politique.

 

Ca me fait penser aux stratégies, assez similaires, qui étaient avancées parfois par les tenants du oui au referendum constitutionnel de 2005 (mince, le sujet à ne pas aborder), où l'on expliquait que si on votait non, alors on allait avoir Nice, et que comme Nice c'était pire, et bien il ne fallait pas voter non. Evidemment, je ne nie pas que ce raisonnement est cohérent, mais là où il me dérange profondément, c'est que procéder de cette façon c’est témoigner du problème d'offre que l'échéance propose, et faire simultanément mine d'ignorer ce problème.

 

Aujourd'hui, le vote Bayrou me semble assez similaire: il cristallise autour de lui une part importante de mécontent des deux grands partis, qui trouvent en Bayrou un choix qu'ils jugent suffisamment nouveau pour constituer une sorte de rébellion, et en même temps qui offre l'avantage de n'avoir pas le goût de souffre du vote Le Pen. Il montre donc, qu'il existe un vrai problème d'offre tant du côté de l'UMP que du côté du PS.

 

 

Et pour ma part, j’ai beau comprendre que la politique ne soit pas le domaine des idéaux tout roses, j’ai vraiment du mal à accepter que dans une démocratie, enfin, même si celle-ci reste terriblement jeune et immature, on reproche aux uns et aux autres de voter simplement en fonction de leurs envies (je n’écris pas conviction à cause de mon billet précédent, mais j’ai été tenté). Il faut tout de même bien le comprendre, une bonne fois pour toute : si le problème de l’offre politique « standard » est tel qu’il doit pousser les uns et les autres à réfléchir de façon aussi stratégique et alambiqué, c’est que nous ne sommes vraiment pas dans une démocratie adulte et sereine, mais qu’on en n’a qu’un ersatz.

 

Ou pour présenter les choses autrement, si Bayrou n’avait pas été propulsé troisième homme par les sondages, que ce rôle fut échu, une fois de plus, à Le Pen, qu’alors la question du vote utile fut sur toutes les lèvres, et que la réponse apportée fut d’effectivement « voter utile », et bien cela aurait déjà constitué une défaite pour les démocrates.

 

Qu’il n’y ait pas d’ambiguïté sur ma position, je ne sais pas du tout si je vais voter pour Bayrou au premier tour, ou pour un autre. Mais cessons de mettre une épée de Damoclès au-dessus de la tête de personnes qui ne font rien d’autres par leur vote que leur devoir de simples citoyens, et qui ont le droit de préférer tel candidat à tel autre, et de le faire savoir par leur bulletin. Ne pas respecter cela, c’est faire bien peu de cas de l’expression de ces personnes, et ce n’est donc pas précisément se montrer démocrate.

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27.02.2007

Un ou deux trucs sur la récente enquête de l'IFOP

medium_Graphique2.JPGComme le disait Le Monolècte récemment avec justesse, le premier parti de France reste aujourd'hui encore, et c'est bien navrant, l'abstentionnisme. C'est en tout cas ce qui ressortait clairement des résultats du premier tour lors de la dernière élection présidentielle. J'ai repensé à cette information lorsque j'ai lu la dernière enquête de l'IFOP qui témoignait entre autres choses de la montée en puissance du candidat Bayrou dans les intentions de vote.

 

Evidemment, je prends tout ça un peu en retard, mais après tout c'est déjà une habitude bien ancrée ici, et puis je peux faire chic en disant que j'ai ainsi pris le temps de prendre du recul face aux chiffres présentés.

 

L'info principale de ladite enquête donc, c'est que Bayrou, l'emporterait tant face à Royal que face à Sarkozy s'il était présent au second tour de l'élection. Ce résultat constitue tout de même une vraie surprise lorsqu'on constate simultanément qu'au premier tour, le même Bayrou serait devancé de 10 points ou plus par les deux mêmes candidats. Il me semble que l'on peut tirer quelques informations intéressantes de cet apparent paradoxe. Et même si je suis en retard sur ce coup, et qu'on ne m'attend franchement pas sur ce terrain, hop, je les tire.

 

Tout d'abord, on sait que le premier tour est celui de l'adhésion. C'est-à-dire celui où les électeurs se positionnent vers le candidat qui répond réellement de la façon la plus proche à leurs aspirations. Le deuxième rempli moins cette fonction et constitue plus un choix par défaut. C'est là où réside pour moi la véritable information des chiffres de l'IFOP. Bayrou ne réunit pas un nombre de votes d'adhésion suffisants pour prétendre au deuxième tour, et pourtant il l'emporterait dans toutes les configurations s'il y était. Le second tour ne serait donc pas pour Bayrou non plus un vote d'adhésion. Mais il serait bel et bien un vote de rejet de l'autre candidat.

 

Ce résultat montre que les personnes qui feraient alors pencher la balance en faveur de Bayrou sont clairement dans une stratégie d'opposition au candidat "mainstream" opposé, plus que dans une stratégie d'adhésion au leur. Ce qui n'est guère réjouissant et montre encore une fois, s'il était besoin, qu'il existe une vraie désaffection des personnes envers la politique telle qu'elle est menée dans notre pays. L'enquête du CEVIPOF de l'an dernier avait montré cela de façon très cru puisque 2/3 des personnes interrogées disaient alors leur divorce avec les deux grands partis. Cela conforte à mon avis le fait que leur position n'est pas une adhésion à celui pour lequel ils se déclarent favorables mais plus un rejet de celui d'en face.

 

 

Il me semble aussi que l'écart fort que l'on constate au premier tour entre Bayrou et les autres est dû pour une part significative à l'application du vote utile par une certaine frange d'électeurs: celle qui ne défend pas de façon militante l'un ou l'autre, et est encore sujette à un changement d'humeur, celle donc, qui au final décide du résultat de l'élection.

 

Les chiffres de l'enquête IFOP montrent visiblement que sur l'ensemble des personnes se prononçant, la grande majorité entend établir son choix sans prendre en compte le vote utile. Mais il me semble qu'une lecture fine indique que cette majorité est principalement constituée des électeurs ayant déjà fait un choix définitif de candidat, et que ceux qui restent en partie indécis, sont eux plus prêt à utiliser le vote utile. Ce qui signifie in fine que le vote utile aura bien un impact important sur cette élection.

 

C'est probablement là que se situe la limite des chances de Bayrou, et en passant également de Le Pen, puisqu’ils vont bien devoir affronter l'obstacle de ce vote utile s'ils veulent être au deuxième tour.

 

 

Et pour en finir là dessus, je ne crois pas du tout à la présence de Le Pen au second tour cette année. Mais dans le fond, savoir qu'il fera encore un score d'environ 15%, même si cela est insuffisant pour créer un nouveau séisme, suffit déjà bien assez à m'assombrir.

 

 

 

 

 

aaah, ben nous voilà plus avancés là. On dit merci qui?

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14.02.2007

Deuxième tonte

medium_laine.jpgAvant qu’on ne m’en fasse ouvertement la critique, je voudrais revenir rapidement sur mon billet d’hier soir. Il ne s’agissait pas pour moi d’y exposer une méfiance définitive envers tout ce qui touche à la politique et à la gestion du pouvoir. La position de l’ignorant qui tente de se dresser au dessus de la mêler en balançant à l’emporte pièce son dédain pour la chose publique ne m’attire pas. Mais depuis que la campagne présidentielle a démarré, j’ai vraiment du mal à y trouver de l’intérêt. C’est de cet agacement que je voulais témoigner.

 

Du côté des candidats d’abord, les choses sont plutôt décevantes. Ségolène Royal ne m’enchante guère, même si je dois reconnaître que je suis plutôt porté à voter à gauche. Je trouve qu’elle a trop tardé à apporter du fond à sa démarche, qu’elle a trop cherché à surfer sur la vague de l’image. Il y avait bien quelques souffles dans son discours de dimanche dernier, mais enfin j’en suis sorti sans vraiment savoir clairement où elle comptait aller. On trouvera peut-être la formule un peu méprisante, mais j’ai trouvé que ça faisait un peu programme de ménagère : un peu de sel par ci, un peu de laurier par là. Pas trop d’idée directrice, et donc un peu creux.

 

Sarkozy n’est pas franchement meilleur à mes yeux (sans doute en partie parce que comme je l’ai dit je suis plutôt naturellement tourné vers la gauche de l’échiquier politique). Il parvient au même sentiment de vide, mais avec des moyens inverses : la profusion de prises de position et de proposition, qui donne tellement l’image d’un package intenable et irréalisable qu’il s’effondre de lui-même. Il me semble être constamment dans la surenchère, il joue trop au monsieur plus. Bien sûr c’est le jeu de toute élection, mais qu’on ne me demande pas d’y croire.

 

Bayrou, bof aussi. Il a quelques idées c’est vrai, et peut-être plus de sincérité que les deux autres, absence de pouvoir et d’espoir de pouvoir oblige. Mais à trop jouer la carte du perdant magnifique, il se rend un peu inaudible. Je ne parle pas des extrêmes en sûr, ni des petits candidats qui dans le fond sont surtout là pour jouer le rôle d’apporteurs d’idées plus que pour se faire élire. Donc vous voyez, au final, il n’y a pas de quoi pavoiser.

 

Et puis (il y a Frida ?), ce qui me désole le plus dans le fond, ce sont les militants. Je sais, je sais, être militant, c’est donner de son temps pour une cause en laquelle on croit, c’est avoir des convictions et les défendre en donnant son sel à la démocratie. Et blablabla. Mais être militant, c’est aussi choisir un camp, s’y assimiler, se mettre en jeu soi-même, et donc se fermer les portes, naturellement ajouterais-je, au reste. C’est cadenasser son positionnement. Pour moi c’est très clair, je n’irai pas former mon opinion sur les blogs militants, car je sais qu’ils ne sont pas capables d’être vraiment honnêtes dans leur présentation des choses. Quasiment par principe. Sinon ils ne seraient pas militants.

 

Vous dirais-je maintenant, qui sont les moutons ? Qui cherche à tout prix à se trouver un surfer d’argent, un champion magnifique, incarnant à la fois leurs prétendues valeurs et leur désir de soumission à l’être supérieur ? (ok j'en rajoute, je me défoule un peu que voulez-vous)

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22.01.2007

Peine crispée

medium_l-abbe-pierre-02.jpgAujourd'hui, en apprenant la mort de l'abbé Pierre, j'ai d'abord hésité à écrire quelque chose à son sujet. Son combat bien sûr, comme à tous m'était connu, comme la grande majorité des gens, je l'admirais, et j'aurais voulu pouvoir écrire un beau billet pour le saluer, un billet qui fasse passer de façon sincère l'émotion commune que beaucoup partagent.
 
Mais pourtant je suis gêné, et ce billet il ne vient pas, en tout cas pas comme j'aurais aimé qu'il puisse venir. Non, soyez sans crainte, ma gêne ne vient pas de "l'affaire Garaudy", qui a permi à certains d'accuser l'abbé d'antisémitisme aggravé. Je trouve ces accusations minables. Elles ne sont que l'alibi des méchants, qui sont à dix lieux d'avoir donné autant aux autres que ce que fit cet homme juste.
 
Non, ma gêne, elle ne vient pas de l'abbé Pierre et des ombres qu'il pourrait porter sur lui. Elle vient de moi, et de celles qui me collent peut-être bien à la peau.
 
J'ai revu rapidement ce soir, dans la foule des hommage et des rappels historiques précipités, une séquence que je ne connaissais pas, tournée dans les années 80 ou 90, je ne sais plus bien. On y voit l'abbé, arranguant un parterre de gens aisés dans un colloque ou une réunion quelconque. Et il ne les brosse pas précisément dans le sens du poil pour recueillir leurs dons.
 
Non. Ils les engueule. Il leur dit que dans leur ignorance, dans leur inconscience de la chance qu'ils ont d'être dans leur confort et de n'avoir à affronter que leur soucis secondaires de gens aisés, et l'inconscience de la malchance que les autres ont de ne pas partager ce sort, ce sont probablement eux les vrais coupables. On sent poindre la critique d'un mode de vie, d'un comportement généralisé de course à la réussite et à la performance. Et après tout le temps déjà passé à certaines études comportementales, ce discours résonne désormais fortement à mes oreilles.
 
Les économistes viendront peut-être me rappeler à plus de raison, et m'inviter à ne pas sombrer dans l'obscurité des théories de la décroissance. Me rappeler ce que la course du monde telle qu'elle est menée depuis plusieurs décennies a apporté en bienfaits et en progrès.
 
Il n'empêche. J'ai du mal à être vraiment convaincu. Il me suffit de savoir qu'ils ignorent les raisons profondes qui les a fait un jour pencher pour ces analyses plutôt que vers d'autres, pour qu'un doute persiste en moi.
 
Mais moi donc? Qu'est-ce qui m'autorise à célébrer le grand homme, en restant tranquillement dans mon canapé à tapoter mon clavier? Ne serais-je pas, si je cède à cela, moi-même coupable d'inconséquence? Aujourd'hui mon "engagement" si tant est qu'on puisse lui donner ce nom, se résume à donner un peu d'argent à l'Unicef, et à donner une part du mon sandwich aux clochards que je croise parfois (quand j'ai un sandwich).
 
J'appelle souvent ici les gens à se regarder bien en face. De plus en plus même, et pour tout dire, je compte continuer. Mais je ne peux pas être conséquent si j'évite mon propre regard. Il y a du boulot.

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Nicolas Hulot n'en sera pas

medium_Hulot_pas_candidat.jpgNicolas Hulot a donc annoncé ce matin qu'il ne sera pas candidat à la prochaine élection présidentielle. Pour ma part je n'en suis pas surpris, tant il me semble difficile pour un homme non aguerri au milieu politique, à sa dureté, à ses regrettables attaques aussi, de faire entendre sa voix et de mener une campagne où il ne se sente pas démuni faces aux aggressions.
 
Nicolas Hulot renonce, et je me pose la question de ce qu'il adviendra des 10% dont on le créditait. Dominique Voynet me semble peu apte à récupérer ces suffrages. Elle a répondu ce soir de façon mauvaise à une interview. On la sentait poussée par la déclaration d'Hulot, mais ses paroles sonnaient creux. Creux quand elle dit que cette décision doit naturellement lui permettre de prendre le flambeau et de porter les valeurs qu'il défendait. Hypocrite même lorsqu'elle dit que l'animateur avait dû trouver bien du courage pour se retirer.
 
Je ne crois pas qu'elle bénéficiera du transfert de voix qu'elle espère. D'abord parce qu'elle n'incarne pas les enjeux écologiques de façon aussi claire et percutante que Hulot, mais aussi parce que ce dernier n'incarnait, à mon avis, pas que ça.
 
Le vote Hulot c'était aussi la sincérité de celui qui n'a qu'un thème à présenter, qui s'y attache avec la conviction de celui qui en fait son combat depuis des années, et qui ne l'a pas parasité par des sujets de moindre importance ou par des querelles d'appareil. C'est aussi le vote du simple type, justement détaché des intérêts politiques habituels et dont on ne cesse de voir à travers enquêtes et sondages qu'ils repoussent les gens.
 
Dans le fond, Hulot cristalisait probablement sur lui une bonne partie des indécis. Hulot a conclu lui-même son intervention en disant qu'il ne soutiendrait officiellement aucun candidat. Ses ex potentiels electeurs pourraient bien être nombreux à le prendre à la lettre, et à n'apporter leur suffrage à personne.

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13.01.2007

Campagne au pathos

medium_ligue-contre-cancer.gifJ'ai vu aujourd'hui la dernière campagne télévisée de sensibilisation sur le cancer. Et, troublante coïncidence, juste après avoir lu le billet de David Abiker sur le sujet, billet dont je partage complètement l'opinion. Apparemment, nous apprend David, cette campagne a été montée pour changer notre regard sur cette maladie.
 
Probablement pour le rendre plus adulte, plus responsable, et moins ignorant. Mais si l'idée de base de cette campagne peut être défendue, son procédé lui, est franchement douteux. David Abiker me semble avoir tout à fait raison de s'étonner qu'on veuille faire des héros de gens qui sont malades. On a du mal en effet, à voir où se trouve le regard adulte dans cette vision fabriquée des choses.
 
Bien au contraire, on tombe ici dans une approche émotive qui l'éloigne de son objectif. Car enfin, savoir si des gens malades sont des héros ou non est une question totalement hors sujet. L'important pour eux n'est pas de pouvoir enfiler le collant de superman à la sortie de l'hôpital, mais c'est juste d'en sortir, en bonne santé.
 
Les publicitaires qui ont mis au point ces spots ont voulu construire une argumentation positive pour transformer notre vision des choses, mais ils montrent leur totale déconnection avec le vrai sujet qui se présentait à eux. Et à quel point désormais il est difficile pour certains de sortir d'une vision "Star académie" de la vie courante.
 
Il y a quelque chose d'inquiétant dans cette campagne, car finalement, elle ne fait rien d'autres que ne pas montrer ces gens tels qu'ils sont. Elle reproduit exactement l'inquiétude qu'elle prétend combattre. Comme si elle avait peur de regarder en face la réalité de cette maladie. Ou comme si nous devions nous-mêmes en avoir peur. Elle renforce le tabou qui existe chez certains face à la maladie. On tombe donc vraiment dans le résultat complètement inverse de l'intention affichée au départ.
 
Comment en sont-ils arrivés là? Comment ont-ils pu à ce point se tromper de méthode et de message? A mon avis la réponse est assez simple: les gens qui ont monté cette campagne n'ont pas compris que pour bien parler d'un sujet de ce type, il faut le faire avec la sensibilité de la proximité, en se montrant concernés par le sujet abordé. Les visions fantasmagoriques sont donc à mon avis à bannir de ce type de campagne. On n'ouvre pas les yeux des gens en leur faisant croire en des rêves inaccessibles. Mais en leur parlant de façon juste, vraie. Il faut les aider à apprendre ce que sont ces situations, pour que eux aussi se sentent concernés, et proches des malades. Il faut du réel, sans pathos, ni magie, mais des images qui ont du sens parce qu'elles sont le juste reflet de ce qui existe.

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08.01.2007

Les règles du débat

medium_Le_debat.JPGEn ce début d’année électorale, et malgré le peu d’illusion que je me fais des chances que ma présente démarche exerce une quelconque influence sur le déroulement des choses, je voudrais proposer un petit rappel sur ce que sont, à mon avis, les règles de base d’un débat. Au moins je l’aurai dit, et pourrai, à l’occasion, renvoyer les contrevenants à la bienséance à cette lecture.

 

La règle principale du débat, à mon sens, celle qui absolument nécessaire, même si elle n’est pas suffisante, pour le rendre possible, c’est qu’un débat ne doit à aucun moment tomber dans des considérations ad hominem. Dés qu’il quitte le terrain des arguments, pour se porter sur celui des évaluations de personnes, le débat n’existe plus, il disparaît. Bien souvent même, les chances pour qu’il réapparaisse, avec les mêmes intervenants, sont minces.

 

Le fond de cette règle, c’est celui auquel je renvoie désormais assez fréquemment, parce qu’il est une des bases les plus solides et les plus saines de nos comportements : nous ne sommes pas ce que nous faisons ni ce que nous avons (lien être faire et avoir). En particulier nous ne sommes pas ce que nous écrivons ou ce que nous disons. Le débat, donc, ne peut tomber dans les remarques personnelles sous peine de s’engager dans des errements aussi inutiles qu’infondés.

 

Je n’ignore pas pourtant que se tenir à cette règle, que je crois donc fondamentale, relève d’un effort très important. Pour une raison très simple, et qui explique en passant que les procédés d’attaques ad hominem comptent autant de disciples : ceux-ci permettent d’établir une dominance. J’ai déjà assez montré, en m’appuyant sur les travaux de Laborit, combien cette recherche relevait d’un processus naturel, et donc quasiment universel. Que son dépassement nous soit difficile est donc une évidence. 

 

J’en vois déjà qui s’agacent de cette nouvelle référence à Laborit, et sur son concept qui remet le plus fortement en cause les grandes idées que nous aimerions pouvoir continuer de nous faire tranquillement sur nous-mêmes. Que ceux-là me disent alors, ce qui peut bien intervenir d’autres que le désir de dominance, lorsqu’on lance des attaques personnelles en fait d’arguments.

 

Je profite d’ailleurs de cette remarque pour faire un nouveau petit aparté sur le langage. On a vu déjà, que le langage, parce qu’il s’est incroyablement complexifié au fil des siècles, camoufle désormais une part importante des causes pour lesquelles il agit. Et qu’aujourd’hui, du moins est-ce le cas dans les sociétés développées et dites « modernes », il est l’outil le plus important du pouvoir.  Ceux en effet qui possède la maîtrise de l’abstraction et de la rhétorique, sont aujourd’hui les dominants. Il n’est donc pas étonnant que les comportements de recherche de dominance interviennent aussi fréquemment dans un débat où s’affrontent la rhétorique des uns à celle des autres.

 

Pour en terminer avec des indications un peu moins théoriques, voici quatre points qui me semblent devoir être gardés à l’esprit lorsque l’on entend débattre avec quelqu’un :

 

 

  • Refuser, pour soi, et en provenance des autres, tout ce qui ressemble de près ou de loin à de l’agressivité ou à des menaces. Les attaques physiques bien sûr, mais également les insultes, sont absolument à proscrire. Elles ne sont acceptables dans aucun cas. De même que les comportements menaçants. Qu’il soit définitivement dit que je ne les accepterai jamais sur mon blog, même si elles venaient de quelque illustre blogueur qui perdrait momentanément les pédales. Et que tout commentaire qui s’y apparenterait sera systématiquement supprimé. Je note toutefois que ma faible notoriété m’expose peu à ce type de dérive. Et que mes rares commentateurs montrent au contraire une tenue dans leurs discussions dont je les remercie.

 

  • Refuser, pour soi, et en provenance des autres, tout ce qui ressemble de près ou de loin à de la moquerie, à des sarcasmes et à des persiflages prétentieux. Ils sont la plus pure expression de la recherche de dominance. C’est peu de dire que je les trouve ridicules et méprisables. Parce que ceux qui en usent ne se rendent même pas compte que ceux-ci leur servent plus à justifier leurs propres actions et donc leurs propres désirs que leurs arguments. Ils me font ainsi l’effet d’aveugles dressés fièrement sur leur rocher, et clamant avec un rictus en coin avoir une meilleure vue que quiconque à la ronde.

 

  • Essayer, autant que possible, même si c’est là également un difficile exercice, d’abandonner sa carte, ou au moins d’entrer dans le débat en étant conscient que sa carte n’est pas le territoire, que notre représentation de la réalité n’est pas la réalité, mais seulement la représentation que nous-mêmes nous en faisons, et que cette représentation est très probablement différente chez les autres débatteurs. C’est cela qui permet de réellement écouter.

 

  • Savoir se taire. Penser à toutes les fois où l’on s’est senti frustré d’être coupé alors que nous parlions ; songer à toutes ces autres où nous avons vu notre vis-à-vis n’avoir fait qu’attendre son tour pour enfin nous asséner sa vérité, sans avoir le moins du monde pris en compte ce que nous avions pu dire. S’appliquer à soi-même les conseils que nous voulions lui donner.

 

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30.11.2006

De la juste utilité du vote blanc

medium_vote-blanc.png[note un peu remaniée pour corriger quelques coquilles]

Découvert hier soir lors de la 4ème république des blogs : le parti blanc, et son représentant, Mehdi, avec qui j’ai pu discuter quelques instants, ainsi qu’avec l’ami Hugues.

 

Pour ma part l’initiative de ce groupe me plaît pas mal, car comme beaucoup d’autres, je regrette que les votes blancs ne soient pas comptabilisés lors des différents votes qui ont lieu. Cela donne une image un peu faussée des résultats sortant des urnes, et surtout, cela fait proprement disparaître des dizaines de milliers d’électeurs, qui manifestent par ce vote leur insatisfaction devant le choix qui leur est proposé.

 

C’est d’ailleurs d’autant plus regrettable que les personnes qui votent blancs, contrairement aux abstentionnistes, manifestent leur intérêt pour la chose publique et montrent par leur démarche qu’ils ont un vrai sens civique. Une démocratie qui déconsidère ces personnes là se tire un peu une balle dans le pied, non ?

 

Mais en revanche, le « programme » proposé par le parti blanc me semble un peu étrange et pour tout dire assez hors sujet. Pour moi la seule bataille qu’ils ont à livrer c’est celle de la reconnaissance et du comptage des votes blancs. C’est déjà pas mal, mais ça s’arrête là.

  

Dans son introduction, et Mehdi a d’ailleurs fortement plaidé hier soir en ce sens, le parti blanc se donne pour mission de rétablir la confiance entre les citoyens et la classe politique. Et, prétend-il, cette confiance viendra lorsque les votes blancs seront comptabilisés. Là, je dois dire que je ne comprends pas la logique.

 

Je crois que l’argument qui serait présenté par le parti blanc pour justifier cette idée, c’est que lorsque les votes blancs seront comptabilisés, on pourra établir une règle disant qu’à partir d’un certain niveau de ceux-ci, le vote qui a eu lieu devra être reconnu comme nul. Et là s’engagerait une procédure de dialogue pour que les personnes qui ont voté blanc indiquent les raisons de leur choix. Et donc on aboutirait à une nouvelle offre politique lors d’un vote ultérieur.

 

Il y a à mon avis plusieurs erreurs dans ce raisonnement. D’abord, je serais surpris que le pourcentage de vote blanc dépasse fréquemment un plafond raisonnable pour annuler des élections. Leur niveau a été indiqué une ou deux fois, grâce à des sondages, lorsqu’ils semblaient particulièrement élevés : ils ne dépassaient pas les 5%. On comprend bien que c’est très insuffisant pour annuler quelque élection que ce soit.

 

Ensuite, parce que je serais encore plus surpris que l’on puisse trouver une véritable unité dans la démarche des votes blancs, si ce n’est celle d’avoir voté blanc. Les raisons de ce type de vote sont naturellement très diverses, et leur réconciliation serait à mon avis bien difficile.

 

Et puis surtout, je trouve que cet un outil plutôt inefficace pour arriver à la fin, louable, que le parti blanc entend lui donner. Car tout de même, il existe d’autres façons, plus directe, pour réconcilier les gens avec la politique non ? Et le dialogue qu’on instaurerait après une annulation d’un vote, pourquoi on ne le fait pas avant ? Ce n’est pas parce qu’on va comptabiliser les votes blancs qu’on va réduire l’incompréhension qu’ont les gens de la politique ni les votes de sanctions.

 

Pour cela, il y a des démarches plus efficaces, de communication plus transparente des partis politiques, de participation plus facile des gens à la constitution des programmes, d’instauration de débats, que ce soit dans un espace public bien défini (les communes organisent souvent des débats dans les salles qu’elles ont à leur disposition), ou chez soi, via Internet et les blogs par exemple.

 

Et surtout, surtout, il y a la nécessaire implication de chacune et de chacun pour découvrir soi-même quelles sont les propositions des uns et des autres. Je l’avais déjà dis dans mon billet de synthèse sur le TCE (n’allez pas relire ça malheureux, c’est affreusement long, je ne l’indique que pour faire chic), on ne peut pas pester contre l’incompréhension que l’on a de telle ou telle position politique et de tel ou tel texte, si l’on ne fait pas déjà soi-même l’effort de s’informer et d’analyser les choses. C’est bien cela la démocratie, la responsabilité de chacun de la faire vivre en se donnant le maximum de chances de faire des choix éclairés. Et on ne peut pas attendre toujours que cet éclaircissement vienne des autres. Les politiques ont un devoir d’effort pour rendre leur démarche plus transparente. Les personnes qui se prétendent citoyennes ont un devoir d’effort pour s’informer de ces démarches.

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16.11.2006

Mon opinion sur le premier tour au PS

On ne me l’a pas demandé, donc comme c’est d’usage dans une telle situation, je vais donner mon avis sur le premier tour du vote des militants socialistes qui les invite à désigner leur champion. Comme il est d’usage sur ce blog, je commente tout cela un peu tard, mais bon. J’ai mon verre en main, le bistrotier semble d’accord pour me laisser sa dernière bouteille de Cognac, donc allons-y.

 

D’abord je dois dire que je trouve que la démarche adoptée par le parti socialiste pour désigner son candidat à la prochaine élection présidentielle est plutôt positive. Le principe d’une primaire me plaît bien car elle donne une meilleure clarté et une meilleure transparence sur la démarche suivie par le PS, ce que la tenue des débats a encore renforcé. Evidemment on pourrait gloser des heures pour savoir si les débats, dont le fonctionnement amène naturellement à soulever des divergences parfois importantes, n’ont pas contribué à affaiblir dès le départ la position du candidat qui sera au final choisi. Mais si l’on accepte ce raisonnement, et que l’on craint un affaiblissement trop fort de nos différents favoris, alors il faut tout de suite cesser de débattre de quoi que ce soit et aussi oublier tout principe de vote dans nos élection. Ce n’est pas tant le problème de la qualité de nos candidats que cela poserait, mais bien plus celle de notre profondeur politique, à nous qui sommes appelés à voter.

 

D’ailleurs dans le fond, ces débats n’auront pas été bouleversifiants d’agressivité. Ils ont bien comporté leur lot de piques et de petites phrases vinaigrées, mais rien de vraiment regrettable, et la tenue de tout cela aura été à mon avis très correcte. En tout cas il n’y a là rien qui pourrait être insurmontable lorsqu’il sera question pour les uns et les autres de se rallier au choix des militants en abandonnant leur champion sur son strapontin.

 

Maintenant les candidats

 

Fabius

Franchement pour moi c’est le plus mauvais choix. Fabius ne m’inspire absolument aucune confiance, et je ne lui trouve aucune stature de chef d’état. Aucune confiance d’abord, parce que Fabius me fait l’impression du type qui s’est réveillé un jour en se disant : « je vais faire comme les autres, je vais être hypocrite et démago, il n’y a que ça qui marche », mais qui ne sait pas vraiment faire. Du coup il me semble toujours être en porte-à-faux, double. J’ai systématiquement le sentiment en l’écoutant qu’il n’est pas franc du collier, qu’il en cache la moitié, et qu’il n’a suivi que la moitié de ses cours du « sourire pour les nuls », ce qui expliquerait qu’ils soient toujours faits en décalage avec ses propos.

 

Et puis, c’est un détail, mais qui m’a vraiment agacé, il y a sa proposition sur le SMIC à 1500 euros