20.11.2009
En viendrons-nous tous aux mains ?
Mercredi soir nous avons assisté à un bien triste match entre la France et l'Irlande. Triste par la faiblesse du jeu proposé, et aussi bien sûr par la façon dont son dénouement s'est dessiné.
Authueil aujourd'hui, et d'autres commentateurs avant lui, regrettent et fustigent même les regrets de certains supporters. A le lire, il faut savoir filer avec la caisse quand on n'a pas été pris. Ce comportement serait celui des gagneurs, des gens qui savent aller de l'avant. Tandis que les regrets et les scrupules seraient les caractéristiques des faibles. Il s'agit de "bouffer ou d'être bouffer".
Je ne partage pas sa vision des choses et veut espérer qu'il y a autre chose qui nous attend que cette désespérante bataille de loups qu'il nous promet (et dans laquelle nous serions déjà d'ailleurs). Sinon, alors très franchement, je ne vois aucun intérêt à vivre.
Il s'agit en fait ici de divergences de croyances. Des croyances de base qui fondent le comportement. Il se trouve que je trouve la sienne néfaste (aux autres comme à lui en passant), fondée sur une vision horrible des choses. Personnellement je suis souvent très pessimiste sur nos facultés à être autre chose que des machines à broyer les autres. J'en ai d'ailleurs largement fait écho ici en abordant notre propension si insatiable à chercher le pouvoir et la domination sur les autres. Mais pourtant je n'ai pas envie de croire qu'il est impossible que des gens puissent se comporter en fonction d'une morale qui leur est propre, et que des joueurs de foot pour revenir à l'exemple de la semaine, ne puissent pas respecter les règles et valeurs de leur sport et ne fassent que s'en remettre aux autorités autorisées pour décider du cours des choses. Ils ne sont pas des pantins, et comme tous les autres ils sont responsables de ce qu'ils font.
En psychologie et en développement personnel il y aurait pas mal de choses à dire sur ce point. Sur la responsabilité d'abord. Qu'est-ce qu'agir de façon responsable ? Une personne qui s'appuie sur les autres pour rendre compte de ses actes n'agit pas de façon responsable. Qu'est-ce qu'elle perd ? L'estime en soi. En agissant par soi-même et en reconnaissant la responsabilité de ses actes on participe à la construction de l'estime de soi. Sur les valeurs ensuite. Agir de façon conforme à ses valeurs renforce également l'estime de soi. Tandis que les actes faits en dépits ou contre ses valeurs personnelles affaiblissent l'estime de soi. C'est cette prise de conscience qui m'a décidé à ne plus accepter sans broncher certaines décisions de mon ancien employeur. Et j'ai senti clairement le gain que j'en retirais.
Ceci dit, pour en revenir au foot, la prochaine fois que nous nous rendrons à Dublin pour jouer un match il ne faudra pas s'étonner si le fond de l'Eire effraie... (^^).
(Ok c'est en grande partie un copyright Gothlib - tu vois Samuel, j'aurais été gêné de tirer toute la couverture à moi)
18:12 Publié dans Un peu d'actualité et de politique | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
27.10.2009
Choisit-on les trottoirs de Manille, de Paris ou d'Alger...
... pour apprendre à marcher ?
Eric Besson, dans le grand débat qu'il souhaite ouvrir sur la définition de l'identité nationale, nous pose deux questions : "Qu'est-ce qu'être français ?"et "Quel est l'apport de l'immigration à l'identité nationale ?". Derrière ce débat, sa véritable intention, qu'il ne cache d'ailleurs pas vraiment, est de réaffirmer un message nationaliste. Ceci étant notamment matérialisé par l'idée de chanter la marseillaise dans les écoles et de promouvoir la fierté d'être français.
Sa démarche, aux relents forts nauséabonds, est bien sûr une caricature d'opportunisme. Elle semble en effet viser à la fois à détourner partiellement les regards des récentes polémiques qui ont affaiblit la majorité, et à préparer les prochaines élections régionales. Tout ceci sur un terrain qu'il a savamment miné en déterminant dès le départ l'orientation des conclusions auxquelles il espère qu'on arrive. Mais au-delà de cette manoeuvre, le débat posé a-t-il une chance de faire émerger une idée intéressante ?
Personnellement j'en doute. Je ne vois pas bien comment on pourrait aboutir à autre chose qu'à des affrontements binaires et stériles. Ceci d'autant qu'il me semble qu'il y a un piège dans la question posée autour de l'idée de nation et de projet auquel les uns et les autres nous adhèrerions ou pas. Car je ne crois pas que qui que ce soit adhère véritablement à un quelconque projet de nation dans notre pays. Pas plus d'ailleurs que ne le font les peuples des autres pays de la planète.
D'abord parce qu'il me semble qu'il y a bien peu de pays qui ont un projet de ce type. La plupart du temps, on a plutôt l'impression que la politique des uns et des autres est faite d'un mélange plus ou moins maîtrisé de mesures pour la croissance économique, de quelques dispositions sociales (souvent guidées par des considérations économiques) et de postures pseudo-morales qui soit ne coûtent rien et donc n'engagent à rien soit sont en réalité elles aussi guidées par des visées économiques(c'est le cas par exemple de plusieurs positions des pays développés autour des guerres menées dans les pays pauvres). Mais bien malin à mon avis qui pourrait déceler dans tout cela un projet de société ou de nation. En tout cas pour ce qui concerne notre pays j'en suis moi bien incapable.
Mais surtout, quand bien même un pays se doterait d'un projet de ce type, je doute très fortement de la possibilité que ses habitants soient nombreux à se l'approprier et à choisir de vivre dans ce pays en raison de ce projet. Un projet de nation, pour la très grande majorité des gens, cela n'a pas beaucoup de sens. Ce qui a du sens c'est ce qui est palpable au quotidien, qui touche la vie de tous les jours. Il n'y a que face à un défi global, comme une guerre par exemple, qu'un projet de société (qui se borne en fait à chercher la survie dans l'exemple que j'ai donné) peut exister. On peut le regretter mais c'est ainsi.
Mais il y a plus encore. La chanson évoquée en titre, d'une sagesse élémentaire, répond en filigrane qu'on ne choisit pas le pays où l'on naît. Elémentaire, car l'on voit mal comment il pourrait en être autrement n'est-ce pas ? On peut peut-être plus raisonnablement se poser la question de savoir si l'on choisit d'y vivre. Et la réponse me semble invariablement la même. Pour la très grande majorité d'entre nous, on ne choisit pas véritablement. On se contente de vivre là où l'on est né. On grandit en s'arrangeant avec ce que nous offre notre pays, sauf à ce que les conditions soient exceptionnellement mauvaises. Mais même dans les pays très pauvres, je ne crois pas que la part des gens qui cherchent à partir soit supérieure à celle des gens qui restent.
Si donc un projet de société existe dans tel ou tel pays, on n'y adhère pas réellement. Il se trouve juste qu'il existe et qu'on habite dans ce pays. Point. On peut ensuite l'avoir compris et trouver qu'il recouvre des points positifs. Mais guère plus. Qui dans sa vie a déjà songé à mener une enquête aboutie pour découvrir le pays dont le projet de société serait le meilleur à ses yeux et d'aller y vivre ? On s'arrange avec ce que l'on a sous la main, et si l'on ne va pas vivre ailleurs c'est simplement parce que cet ailleurs nous est inconnu (avec le sentiment de risque que cela implique).
Mais aucun choix de vivre dans tel ou tel pays n'est jamais fait par qui que ce soit en totale connaissance de cause. L'adhésion dont on parle ici ne peut donc être qu'à minima. Elle ne peut exister en fait que dans un seul cas, lorsque pour se rassurer on fabrique son adhésion au projet de son pays. Et encore il ne s'agit là que d'un cas d'école. Les seules adhésions fortes à un projet de société qui se soient vues n'ont à mon avis eu lieu que dans les pays fascistes, où le nationalisme servait de projet. Sa simplicité et son objectif de domination sur les autres expliquant son succès. Mais même dans ces cas il ne s'agit pas d'une adhésion positive, mais plutôt d'une adhésion par rejet du reste, une adhésion fondée sur la peur.
Chercher à débattre autour de la question de projet de nation peut paraître au premier abord une chose légitime. Pour la seule raison que le mot nation existe, et qu'il apparaît donc normal de chercher à le définir. Mais je me demande si ce n'est pas finalement un angle de réflexion qui n'apporte rien. La première préoccupation politique est de savoir comment créer les conditions du bonheur pour un peuple. Peu importe que cela vienne d'un projet national ou d'autre chose. Ce n'est là qu'un éventuel qualificatif de plus qu'on pourra adosser à la démarche entreprise, mais qui n'a dans le fond rien d'important. La seule chose qui compte c'est qu'on parvienne à cet objectif. Le reste ne répondrait en réalité qu'à un objectif d'affichage devant les autres pays (et donc forcément sur un mode "notre pays est plus beau que le vôtre"). Je n'y vois donc qu'une impasse générée en réalité par un piège de langage.
22:23 Publié dans Un peu d'actualité et de politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
23.03.2009
Mauvaise foi
J'ai découvert comme tout le monde la semaine dernière les propos du pape sur les préservatifs lors de son départ pour l'Afrique. Comme Hugues aujourd'hui ces propos me semblent parfaitement irresponsables. Ils ne sont à mon sens que l'expression d'une théorie déconnectée du réel, du terrain. Qui ne fonctionne que sur la base d'un raisonnement pur dans lequel est absente toute tentative de saisir ce que vivent les gens là-bas. Or il s'agit ici de comportements que l'on analyse, et que l'on souhaite visiblement réformer. Et dans ce domaine des comportements, c'est peu de dire que les raisonnements purs qui en restent à l'état de théories désincarnées sont inefficaces. Ils sont ineptes.
Les propos de Benoît XVI me semblent condamnables en particulier du fait de leur poids considérable sur le continent africain. L'impact de ces paroles est grand, car le pape sur ce continent est écouté, admiré encore par de très nombreux croyants. On aurait tort je crois de considérer qu'ils n'ont qu'un faible impact. Bien sûr je ne pourrai jamais le vérifier précisément mais je pense au contraire qu'ils peuvent avoir une influence néfaste très importante. Ils risquent d'aggraver les comportements à risque, bien plus que ne pourrait le faire la liberté d'usage des préservatifs. Le pape constitue un leader d'opinion pour beaucoup de personnes, et ses propos ont donc un poids considérable.
J'ai lu chez certains blogueurs un peu proches de moi (les derniers que je prends le temps de lire en fait, raison pour laquelle je les mentionne eux plutôt que d'autres) des défenses du pape qui m'ont semblées surprenantes. Surprenantes surtout de mauvaise foi, car elles s'attachent visiblement à trouver dans les propos de Benoît XVI les détails qui, lus à la lettre et sans aucun recul, pourraient permettre en effet de l'absoudre de sa responsabilité, au mépris du sens général de son discours.
Eolas notamment soutient que le pape a seulement dit "On ne peut pas résoudre le problème du sida avec la distribution de préservatifs; au contraire elle aggrave le problème". Et Eolas d'enchaîner que le pape n'a donc pas dit que c'était l'usage du préservatif qui posait problème mais seulement sa distribution. On se demande pourtant bien ce que le pape pouvait avoir en tête lorsqu'il disait que la distribution de préservatifs aggravait le problème. Et il faut avoir une bien singulière vision des choses pour imaginer qu'il n'envisageait pas ainsi l'usage pouvant être fait desdits préservatifs. Car en effet si l'on ne s'en sert ensuite que pour faire des bombes à eau, la distribution de préservatifs n'est pas une solution. D'accord. Cependant, faille dans le raisonnement, pourquoi en revanche aggraverait-elle le problème ? Des bombes à eau ça ne refilent quand même pas des MST ! Les propos du pape signifient à l'évidence que l'usage des préservatifs aggravent le sida, rien d'autre. Il faut ne pas vouloir comprendre pour ne pas comprendre.
J'ai grosso modo la même réaction face aux commentaires qui disent que la presse a déformé et amplifié les propos du pape alors qu'il suivait un raisonnement fin et précis. L'étonnement ici vient de commentateurs comme Koz ou surtout Authueil, qui semblent s'éffarer de ce que la presse agisse comme une loupe grossissante sur le comportement ou les idées tenues par un homme public. Authueil émet souvent des commentaires appelant au pragmatisme, au réalisme face aux événements et à la façon de les interprêter. Le pape est un personnage public, ses paroles, lorsqu'elles sont recueillies par la presse, sont diffusées dans le monde entier. Il ne peut agir en ce domaine comme s'il se trouvait chez lui près de la cheminée en discussion avec des amis en leur disant "non mais attendez, ce que je veux dire plus précisément c'est patati patata". Ou alors il n'a pas compris qu'elle était sa place. C'est là où sa responsabilité est engagée. Parce qu'une fois de plus ses propos ont un impact très particulier, que n'ont pas ceux portés par tant d'autres individus. S'il souhaite développer des opinions plus subtiles, il ne peut le faire de cette façon.
Dans ce domaine, il faut toutefois reconnaître que l'attitude de la presse n'arrange rien. La course au scoop et à la phrase qui choque joue clairement ici un rôle lui aussi particulièrement destructeur. Et qui est lui aussi parfaitement condamnable. Las, il s'inscrit dans un mode de fonctionnement qui aura bien du mal à être modifié, car pris dans le train innarêtable d'une logique économique dont il est difficile de sortir sauf à ce que tous les acteurs du secteur décident ensemble du même coup de modifier soudainement les règles du jeu. La presse est ici dans un dilemme quasi insoluble car il y a trop d'acteurs à mettre d'accord au même moment.
Il y a encore sans doute beaucoup à dire sur ce sujet. Mais il revient de façon régulière et l'occasion se représentera sans doute prochainement. Je voudrais toutefois finir sur deux remarques.
La première vient du billet de Koz, qui avance une idée que je trouve très intéressante. ll rapporte vers la fin de son billet (environ après une centaine de lignes, c'est toujours long un billet de Koz) une citation de Edward C. Green, directeur du Projet de Recherche sur la Prévention du Sida au Centre pour les Etudes de la Population et du développement d’Harvard, qui dit donc : "Il conviendrait de se demander si nous sommes plus soucieux de promouvoir la notion occidentale de liberté sexuelle que de sauver des vies". Il y a là une remarque qui m'apparaît très juste. Dans les réactions contre les propos du pape il y a sans doute une part de volonté de défendre un mode de vie à l'occidentale, incluant donc une certaine notion de la liberté sexuelle.
Peu m'importe qu'il s'agisse de la question de la liberté sexuelle en fait. Ce qu'il y a derrière cela c'est à mes yeux l'idée qu'une frange de la population cherche effectivement derrière ces accusations des propos du pape à sauvegarder leur mode de vie. Je vais être plus clair encore : ce qu'ils cherchent me semble-t-il n'est pas de sauver les africains d'un fléau, mais de sauver leur façon de vivre. Je ne dis pas que ce soit le cas de tous bien sûr, mais je crois qu'il y a tout de même chez de très nombreuses personnes cette volonté, que je juge inconsciente d'ailleurs, de conserver leur mode de vie occidental. Pour résumer, leur conclusion me semble la bonne, à savoir promouvoir l'usage et donc la distribution des préservatifs en Afrique, en revanche il me semble très probable qu'ils le font au moins en partie pour des raisons inconsciente dont celle de conserver leur mode de vie, ce qui n'a donc rien à voir avec le sauvetage de l'Afrique.
Car encore une fois, et c'est ma deuxième remarque, il n'y a rien qui ressemble plus à un homme qu'un autre homme. Et tous les deux, pape et défenseur du préservatif, face à face, souffrent du même défaut dans leurs jugements et leur façon d'aborder les choses, défaut qui fait que l'un aborde le sujet d'une façon apparemment désincarnée, et l'autre pense d'abord à lui-même plutôt qu'à celui qui a besoin de protection : ce défaut c'est le manque de proximité. J'y mets le temps, mais cette idée fait son chemin petit à petit : dans le domaine humain, il n'y a pas de bon raisonnement, de bon comportement sans proximité. Et on comprend qu'il ne s'agit évidemment pas de proximité géographique, mais de proximité d'appartenance, un sentiment de vie commune qui souffle parmi les individus. Ce qui contribue à créer cette proximité est à favoriser, à développer, autant que possible. C'est le vrai grand défi des hommes.
23:57 Publié dans Un peu d'actualité et de politique | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
Une remarque sur la crise

J'ai assisté il y a quelques jours à une conférence intéressante sur la crise économique actuelle. L'interlocuteur principal était l'actuel dirigeant de la société de réassurance SCOR, et à la fin de son discours il a indiqué une idée qui m'a plût parce qu'elle me semblait sortir un peu des sentiers battus et des discours tout faits.
Lorsque l'on évoque aujourd'hui les solutions de sortie de crise, une des idées réflexes que l'on entend souvent exprimées est que nous avons besoin d'un retour de la confiance de la part des acteurs économiques. Confiance des investisseurs dans la viabilité de leurs projets, confiance des entreprises quant-à leur avenir, confiance des ménages pour leur paniers, etc. Mais quand on a dit ça, au final on n'a pas dit grand chose. Car se pose alors la question : et comment fait-on pour rétablir cette confiance ? Ce qui nous fait revenir au point de départ.
Dire qu'il est nécessaire de retrouver confiance en l'économie et ses perspectives n'apporte donc pas grand chose à mon avis. M.Kessler, puisqu'il s'agit de lui, nous a indiqué une autre idée qui donc a retenu mon attention. Ce dont nous avons besoin ce n'est pas réellement d'un retour de la confiance, mais d'un retour de divergence d'anticipation des acteurs économiques.
Il se place ici dans la peau d'un investisseur en bourse. Le marché, d'une façon générale, s'équilibre par l'intervention de ses acteurs qui agissent les uns les autres dans des sens divergents. Les uns anticipent une hausse d'un produit, d'autres anticipent une baisse, et c'est par ce jeu que le prix du produit trouve un niveau d'équilibre. Si tous les acteurs anticipent dans le même sens, alors il n'y a tout simplement pas de prix pour le produit en question puisque personne n'est prêt à acheter, ou à vendre.
En temps de crise, la difficulté est que les anticipations se mettent soudain à converger. Tout le monde prédit la même chose : le désastre. On entre alors dans un schéma qui ne permet plus d'équilibre et le marché s'en trouve bloqué. Il est donc nécessaire de retrouver une divergence d'anticipation de la part des acteurs économiques. Sans cette divergence, il n'y a pas de marché.
En sortant de cette conférence j'étais ravi d'avoir entendu cette intervention et j'avais bien notée cette remarque finale que je trouvais très éclairante. Elle a pourtant un défaut. Voire deux.
Le premier défaut m'a en fait sauté aux yeux assez vite. En effet une fois qu'on a dit qu'il fallait retrouver une divergence d'anticipation que fait-on ? Se pose alors la question : comment retrouver une divergence d'anticipation ? Et patatra, on n'a pas plus avancé que dans le premier cas. Et deuxièmement, il suffit de réfléchir un chouya pour comprendre que retrouver cette divergence d'anticipation ne signifie rien d'autre qu'il est nécessaire que certains acteurs redeviennent haussiers, c'est-à-dire, roulement de tambour, qu'ils retrouvent confiance dans les perspectives économiques ! On en revient donc bien au même point que précédemment.
Il y a tout de même un gagnant dans cette histoire : notre conférencier qui est sorti de là avec l'admiration du public présent, et un commentaire de l'animateur de la réunion sur sa faculté à "penser par lui-même". J'indique cela avec un brin d'ironie exagérée car son intervention était tout de même très intéressante, mais je garde à l'esprit qu'il est très facile de se faire berner ou de se berner soi-même si l'on est pas attentif au fond des arguments.
21:48 Publié dans Un peu d'actualité et de politique | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
04.12.2008
Prud'hommes méconnus
Les élections prudhommales ont connu cette année un très faible intérêt avec un taux d'abstention record à 74,4%. Verel en a proposé 3 billets répartis avant et après les élections, là, là et là. J'ai eu quelques échanges sous son premier billet avec lui et ses commentateurs sur le sujet et je voulais revenir rapidement dessus.
Je remarquai donc qu'autour de moi l'intérêt porté à ses élections semblait a peu près nul. Mes collègues, et en particulier les plus jeunes, se contrefichent de tout ça, je n'ai trouvé personne qui avait sa carte d'électeur avec lui, et ceux qui pensait l'avoir quelque part ne savaient pas où. La personne officiellement en charge de la partie RH dans mon entreprise n'était d'ailleurs dans ce domaine pas un exemple puisque comme les autres elle n'avait pas sa carte et ignorait où elle se trouvait, et elle n'avait aucune idée du lieu où notre vote pourrait être effectué. La petite taille de mon cabinet explique sans doute une partie de ces faits, néanmoins je trouve intéressant de les relever à titre d'exemple.
J'ai fini par pouvoir voter hier, après pas mal de recherches sur l'endroit où cela m'était possible. Mais la journée d'hier a selon moi jeté la lumière de façon assez crue sur une carence forte du monde de l'entreprise en France. Car je crois qu'en amont du désintérêt marqué pour les élections des prud'hommes il y a une culture redoutablement pauvre du droit du travail. Je le constate autour de moi, et pas que chez mes collègues, et j'ai dans l'idée que ce manque a des impacts non négligeables sur notre façon d'aborder les choses. Il est peut-être aussi issu d'une forme de fatalisme ou de passivité vis-à-vis du travail, comme si l'on subissait ce monde là.
Ca ne fait guère plus de 2 centimes tout ça, mais je compte revenir ici pour d'autres choses que j'ai en tête depuis pas mal de temps déjà. Je dois juste me mettre d'accord avec moi-même sur la façon de le présenter.
14:48 Publié dans Un peu d'actualité et de politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
06.05.2007
Une victoire et demie !
21:20 Publié dans Un peu d'actualité et de politique | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note
23.04.2007
Ségolène Royal pense-t-elle avoir perdu ?
00:22 Publié dans Un peu d'actualité et de politique | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
22.04.2007
Deux victoires, au moins
Les résultats du premier tour présentent pour moi deux victoires. Au moins deux.
La première, c'est la victoire du taux de participation. Entre 83% et 85% en gros. Soit un taux similaire aux élections du début de la Vè république, largement au dessus de celui des dernières présidentielles, et bien sûr bien supérieur à celui de 2002 (pour rappel, un peu plus de 71%). Ce taux de participation est loin, très loin d'être un détail. Il montre une chose importante : les français se sentent concernés par la politique, ils s'y intéressent vraiment. Ce qui me marque là, c'est de faire ce constat, en sachant que parallèlement, plusieurs études montrent qu'environ les 2/3 d'entre eux, euh pardon d'entre nous, ne nous reconnaissons pourtant pas dans la manière dont elle est menée depuis des années. Il y a là le signe d'un essai qui ne demande qu'à être marqué, mais qui ne l'est toujours pas. Peut-on espérer?
La deuxième victoire, c'est le score faible de Le Pen, qui est certainement en partie le reflet du fort taux d'abstention. On sait qu'historiquement des taux de participation bas favorisent l'extrême droite, ce qu'on a vu en 2002. Cette année, le FN est enfoncé à un score très bas par rapport à ce qu'il espérait sans doute. Et voir ce soir le visage de Le Pen, si amer et fermé, et l'entendre dire qu'en gros, les français sont des cons parce qu'ils lui ont mis une claque, était particulièrement jouissif.
Aaah, dommage que je ne sois finalement pas à La république des blogs ce soir. J'aurai aimé partager ce plaisir avec mes camarades.
21:40 Publié dans Un peu d'actualité et de politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.04.2007
Prédisposition et déterminisme : court retour sur les propos de Nicolas Sarkozy
"J’inclinerais pour ma part à penser qu’on naît pédophile, et c’est d’ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie-là. Il y a 1200 ou 1300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n’est pas parce que leurs parents s’en sont mal occupés ! Mais parce que génétiquement ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les fumeurs : certains développent un cancer, d’autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l’inné est immense"
"1200 ou 1300 jeunes [..] se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que génétiquement ils avaient une fragilité"
23:45 Publié dans Un peu d'actualité et de politique | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note
05.04.2007
Nicolas Sarkozy et les singes de Delgado
Il y a deux choses qui me semblent intéressante à relever dans son compte-rendu. D’abord, et c’est certainement ce point qui sera principalement repris par la presse, les propos tenus par Nicolas Sarkozy concernant la prédestination génétique des individus.
Je reprends pour en rendre compte de façon synthétique, le même extrait que Le Monde
"J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a mille deux cents ou mille trois cents jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les fumeurs : certains développent un cancer, d'autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l'inné est immense."
Cette vision, contredit une grande partie des recherches tant dans le domaine génétique que dans les disciplines de sciences humaines. Sarkozy peut donc s’attendre ici à recevoir une petite volée de la part du monde scientifique. Je ne compte pas revenir de façon détaillée sur l’impact génétique sur nos comportements. Il me semble avoir déjà démontré à mainte reprise que celui-ci était minime.
Il me suffit de rappeler succinctement, que jamais un bébé laissé à l’abandon sans la moindre possibilité d’expérimenter ce qui fait le monde humain (le rapport avec les autres essentiellement) ne se construira d’une façon que nous jugerions « humaines ». Il ne pourrait au mieux que devenir une sorte de sauvage, totalement inapte à la civilisation, mais les comportements humains de sociétés lui seraient parfaitement étrangers. L’inné encore une fois n’est qu’un potentiel, bien difficile à évaluer d’ailleurs. C’est l’apprentissage qui peut lui donner sa valeur. Il suffit pour s’en convaincre de remarquer qu’un enfant né de bonne famille mais élevé dans une famille pauvre n’aurait que très peu de chance de « réussir » socialement, alors qu’un enfant né d’une famille pauvre mais élevé dés son plus jeune âge dans une famille aisée suivrait exactement le chemin inverse. Mais je ne vais pas réécrire le scenario de La vie est un long fleuve tranquille, n’est-ce pas ?
Cette vision que rapporte Sarkozy, et Michel Onfray le rappelle, constitue l’une des bases de divergence philosophique fondamentale entre la gauche et la droite politique. Impossible ici de faire court sans caricaturer, mais en gros la droite s’accroche volontiers à la notion de l’inné, tandis que la gauche est plus attachée à celle de l’acquis. Parce que l’inné est ce qui permet de poser de façon simple des valeurs sur les personnes, et de les juger à l’aune de principes moraux, de mérite, etc. Et également d’agir de façon pragmatique, c’est-à-dire en faisant « avec ce qu’on a », et non avec ce que l’on peut espérer. Alors que l’acquis suppose une projection dans le temps, une évolution, un changement de l’homme. C’est la base de l’idéalisme où il n’est pas question de ce que l’on est, mais de ce que l’on peut devenir.
Je ne m’attarde pas plus sur ce point. Onfray le développe plus, et bien mieux que moi dans son billet. Et une littérature sans doute riche en rend compte pour ceux qui sont curieux. Ne m’en voulez pas trop si je suis un peu fainéant, mais si je voulais faire quelque chose de convenable à ce sujet, il me faudrait des heures.
Le deuxième point qui m’intéresse, c’est le comportement général de Sarkozy lors de cet entretien : son agressivité. Evidemment, il est tout à fait possible que celle-ci soit plus le résultat d’une mauvaise journée et de circonstances désagréables pour lui que d’autre chose. Mais l’article d’Onfray confirme une impression générale que le personnage Sarkozy véhicule il me semble : celle d’un individu agressif. Sans doute pas physiquement parlant, mais verbalement. Qu’il soit à la télé, ou ailleurs, c’est souvent l’impression qui se dégage de lui. Il me semble que c’est en grande partie ce qui explique la méfiance particulière qu’on entend s’exprimer contre lui.
On aurait très certainement tort de penser que les autres candidats, en tout cas ceux qui peuvent croire à la victoire, n’expriment aucune agressivité dans leur comportement, mais Sarkozy me semble être celui chez qui cette agressivité est la plus forte, en tout cas à tout le moins la plus visible.
Je voudrais à ce titre évoquer ici, de façon un peu provocatrice je le reconnais, une expérience menée par le physiologiste Jose Delgado (eng) sur des singes. Delgado s’est rendu célèbre en posant des implants électroniques dans le cerveau d’animaux et en parvenant, à l’aide de consoles radios, à guider et modifier les comportements de ceux-ci. Son expérience la plus célèbre a eu lieu à Cordoue avec un taureau de corrida, qu’il a pu stopper net alors que l’animal se ruait sur lui.
Delgado a également réalisé des expériences sur des singes, pour étudier leur comportement agressif et trouver les moyens de le modifier. Il a ainsi montré, qu’un groupe de singes ayant appris à stimuler à l’aide d’un appareil électrique, la zone de leur cerveau qui régule leur niveau d’agressivité, utilise cet outil pour jouer à monter et descendre dans l’échelle hiérarchique du groupe. En effet, plus les singes stimulaient leur agressivité grâce à l’engin, plus ils montaient dans l’échelle hiérarchique du groupe. Les singes qui étaient normalement les dominés accédaient au statut de dominant grâce à quelques stimulations. Et ceux qui étaient normalement les dominants, se voyaient alors dépassés dans l'échelle hérarchique du groupe par les autres, pour devenir à leur tour des dominés. Ayant compris le truc, les singes l’ont apparemment abondamment utilisé pour modifier leur rang et leur statut de dominant ou de dominé dans le groupe.
La conclusion de l’expérience de Delgado est simple et claire comme de l’eau de roche : c’est l’individu le plus agressif du groupe qui en devient l’élément dominant. En tout cas c’est le cas chez les singes sur lesquels l’expérience fut conduite.
Bien sûr, il y a une limite à l’analogie de ce type d’étude éthologique avec la nature humaine. Et ceci même si les animaux étudiés sont ceux dont nous sommes les plus proches. Mais je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a dans cette étude une vérité que l’on peut rapprocher du vade mecum de l‘homo politicus. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’idée est si largement répandue que la politique, ce n’est pas le monde de Candy et des idéalistes évangéliques. Les nombreux cyniques qui officient en tant qu’analystes dans cette discipline, en sont bien pétris.
En l’état je ne vois pas bien comment ce phénomène est évitable. Les hommes politiques n'ont guère de chance d'exister aux yeux du grand public s'ils n'ont pas une forme d'agressivité comportementale qui leur fait vouloir être sur le devant de la scène, vouloir le pouvoir, vouloir être des dominants. D’une certaine façon, ce n’est là que le reflet du schéma de construction de nos sociétés modernes, qui se sont faites en grande partie à partir de l’agressivité de compétition (j’aborderai ce point plus en détail prochainement).
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