03/11/2006
Mariage gay et équilibre social
François, du Swissroll a relayé hier un article intéressant sur l’impact qu’a le mariage gay sur le mariage hétérosexuel, et sur la famille. Pour faire très court, l’idée est que, loin de remettre en cause la sacro-sainte organisation de la famille avec le père, la mère et les enfants, le mariage gay est en fait un facteur de renforcement de la valeur du mariage et de la notion de famille.
Les commentaires à l’article de François sont assez intéressants aussi, notamment celui d’Authueil, qui dit en substance que c’est parfaitement logique puisque les gays en se mariant, montrent l’attrait que le mariage (tout court) représente pour un couple, quelque soit son orientation sexuelle, et un autre commentateur (au nom trop long) indique qu’il s’agit en fait là de l’illustration de la démarche mimétique des gays vis-à-vis de ce qu’il appelle « l’esthétisme bourgeois ».
Ces deux commentaires m’intéressent beaucoup, j’adhère complètement à celui d’Authueil, et le second, bien qu’un peu dur, voit quelque chose d’assez juste. Mais ils ne vont pas assez loin dans leur idée pour tout dire, et il passe à côté de l’analyse la plus intéressante qu’on peut faire de ce phénomène (enfin ce n’est que mon avis remarquez…). Je ne vais pas faire un billet trop long ici, mais plus tracer quelques lignes de réflexion qui méritent à mon avis plus d’attention.
La première, et ici j’avance prudemment car pour produire quelque chose d’un peu clair je suis obligé de caricaturer, rejoins une idée que j’ai déjà évoquée il y a quelques temps sur ce blog. En gros cette tendance provient de la nécessité d’équilibrage de la position sociale que les gays pensent avoir.
Ils ont encore bien malheureusement raison lorsqu’ils disent qu’ils font encore l’objet de discriminations. Par discrimination j’entends le fait qu’une personne, en parlant d’eux, ou encore plus simplement en pensant à eux, va inclure dans les éléments de sa réflexion l’orientation sexuelle des gays comme un élément d’analyse parmi d’autres. Je remarque sur ce point que ce processus est plus ou moins conscient chez la personne, et surtout, plus ou moins assumé. La discrimination naît dés cet instant où ce paramètre entre en jeu dans « l’évaluation » de la personne homosexuelle et de ses actes.
Je crois moi aussi que ce type de réaction reste très répandu, et pour être franc je ne suis pas surpris que l’évolution soit lente dans les sociétés de tradition patriarcale. Mais donc, cela génère un sentiment de discrimination bien compréhensible chez les gays. Cette discrimination peut d’ailleurs prendre des détours très sinueux. Il me semble assez évident qu’il existe une discrimination passive non négligeable qui est elle aussi une source de mal-être chez les gays. On la désigne couramment sous l’expression « la pression de la société », mais c’est plus précisément l’ensemble des apprentissages fait par un individu, qui vont à l’encontre de l’expression de sa sexualité comme une expression neutre d’un point de vue moral.
Pour être plus clair, c’est le gosse dont le père exerce une autorité mâle et virile sur la famille et qui ne s’abstient pas de quelques rires sarcastiques lorsqu’il croise un homme peut-être efféminé. L’enfant grandit avec une image salie de l’homosexualité, comme s’il s’agissait là d’une anormalité, d’une déviance à laquelle il aura rattaché une valeur sociale, et plus généralement, morale, négative. Le dilemme de la sortie de l’adolescence et de la découverte de sa sexualité dans un cadre sain est alors immense. Nombreux sont ceux qui adoptent alors une attitude de déni, afin de ne pas « tromper » l’image « saine » que leur entourage a construit d’eux. Le drame de l’étiquette collée au front et dont on ne veut pas soi-même prendre le risque de se séparer.
Mais je bifurque là. Revenons à nos moutons (…). La difficulté, face à cette situation, est de rétablir une situation d’équilibre social. Je l’ai déjà indiqué dans le billet référencé plus haut, nous cherchons tous à tout moment à maintenir notre équilibre, notre homéostasie, on pourrait même dire : nous cherchons tous à maintenir à tout moment l’image de normalité que pensons-nous les autres se sont fait de nous (je remarque rapidement ici, que dans le fond, on se sent « normal » lorsqu’on se sait accepté).
Les gays font face à une situation particulière. Leur orientation sexuelle dit-on, ne leur ouvre pas de voix « naturelle » au mariage. Ce serait contre nature. Ce raisonnement est évidemment une erreur profonde. Car en quoi le mariage procède-t-il d’un quelconque processus « naturel » ? Peut-on me dire ce que l’établissement d’un contrat moral entre deux personnes (tu me seras fidèle, je te serais fidèle) et d’un contrat civil a à faire avec la nature ? Le mariage est exclusivement affaire de culture sociale. Rien d’autre. Et une culture sociale comme son nom l’indique, n’est pas naturelle, elle est culturelle, c'est-à-dire construite, fabriquée sur la base de jugements de valeur valables pour un groupe donné, à une époque donnée, dans un environnement donné. Si le mariage était réellement d’essence naturelle, alors son mécanisme pourrait avoir valeur d’universalité. On se rend bien compte à la lueur de la courte analyse qu’on vient de produire (et qui est bien suffisante) qu’il n’en est rien.
Mais je bifurque encore. Pour répondre donc à ce déséquilibre, les gays ont besoin de compenser d’une certaine façon. Je n’aime pas beaucoup ce terme parce qu’il est souvent accompagné de mauvais sous-entendus, mais je n’en trouve pas vraiment d’autres. Afin donc de rétablir leur orientation sexuelle dans le champ d’une orientation « normale », les gays font comme beaucoup d’entre nous dans d’autres situation : ne pouvant agir sur la substance de la chose (et pour cause, on ne peut pas demander à quelqu’un de « décider » de changer d’orientation sexuelle !), ils agissent sur les signes extérieurs qui, aux yeux de trop nombreuses personnes, et ça va durer encore des siècles comme ça, rendent compte de la substance. Dans cette démarche, vouloir accéder au mariage est évidemment une étape reine. C’est un des signes de normalité sociale les plus forts. Et ce n’est pas qu’une question pour les homosexuels d’ailleurs, les célibataires endurcis, quelque soit leur sexe, ressentent très certainement une « pression sociale » assez proche.
Je voulais poursuivre ce billet avec une deuxième réflexion sur la notion de conformisme, mais je ne vais malheureusement pas avoir le temps. La semaine prochaine, promis.
19:21 Publié dans Un peu d'analyse comportementale | Lien permanent | Commentaires (11) |
Facebook |
Un mauvais logo fait un mauvais logos
Comme à mon habitude, je découvre en retard le logo qui a été sélectionné à Bruxelles pour illustrer les cérémonies du 50ème anniversaire de la signature du traité de Rome, cérémonies qui auront lieu l'an prochain.
Comme M.le maudit je trouve que le choix du vainqueur (logo en haut à gauche) n'est pas formidable. Mais pas vraiment pour les mêmes raisons. Que le terme choisi soit anglais ne me dérange pas, d'ailleurs il y a un petit effort pour intégrer d'autres langues, ce que montre le tréma sur le o, et l'accent sur le e. Le R du registered ne m'interpelle pas non plus beaucoup, et pour ma part je trouve le since 1957 plutôt rigolo.
Mais ce que je reproche le plus à ce logo, c'est qu'il est en fait parfait pour illustrer les meilleures fondements de l'euroscepticisme. Il est d'abord à peu près illisible. J'ai mis plusieurs secondes à comprendre de quoi il s'agissait, le logo poussant il me semble plus à le regarder lettre à lettre qu'à le lire réellement. De là à dire qu'il illustre bien l'opacité tant du projet que des méthodes européennes, il n'y a qu'un pas, que certains ne s'empêcheront pas de franchir.
Et puis surtout, comme le fait remarquer un commentateur chez M.le maudit, ce logo est trop hétérogène. Il n'a aucune uniformité, aucune unité. Ce qui pour un regroupement qui s'appelle Union Européenne pose tout de même un petit problème. Ce logo rend trop une impression de fouilli, d'agrégation d'éléments qui ne vont pas entre eux (ils sont illisibles mis bout à bout) parce qu'ils n'ont pas d'homogénéité.
En regardant la liste des 10 "meilleures" contributions, on trouve quelques exemples qui font mieux passer l'idée d'unité. Pour ma part je ne trouve rien de très emballant dans les autres participations, mais le logo gagnant me semble tout de même le plus mauvais de la liste, car le plus hétérogène. J'aurai peut-être sélectionné celui de Zane Jekabsone, avec ses briques multicolores qui semblent progressivement construire un mur. On aurait eu l'idée d'unité, et aussi de construction et de différences des composants. Peut-être pas formidable, mais mieux en tout cas que ce Tögethér étrange.
10:41 Publié dans Un peu d'actualité et de politique | Lien permanent | Commentaires (1) |
Facebook |

