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15/03/2007

Bayrou, Ségo, Sarko, et le perroquet

Il y a quelques jours, voter à gauche a produit un article assez rigolo au sujet des stratégies de vote pouvant être choisies par les électeurs. Cela fait en effet déjà quelques temps que certains électeurs naturels de la gauche envisagent plutôt de voter Bayrou que Royal au premier tour, parce que les sondages récents indiquent que le béarnais aurait plus de chance que la poitevine à remporter la palme au second tour.

 

Mais hop, les stratégies de ce type n'ayant aucune limite, il se pourrait que dans un savant jeu de billard à trois bandes, les électeurs naturels de Sarkozy votent plutôt Ségo que Nico au premier tour, afin d’être sûr que le second l'emporte face à la première. Evidemment on voit mal pourquoi s'arrêter en si bon chemin, et partis comme ça, pourquoi ne pas imaginer que, sachant que Bayrou gagnerait au second tour (toujours selon quelques récents sondages), ainsi que sarkozy (pour la même raison), les ségolistes appellent à voter en masse pour Marie-Georges ou Olivier, en espérant regrouper dans le même logique tous ceux qui souhaitent faire barrage à Sarkozy, et l’emporter au second tour face à un adversaire sans grande envergure ?

 

Ou comme le dirait notre défunt Louis, on pourrait aussi faire démissionner la vieille, demander au roi d'épouser le perroquet, le faire ensuite cocu par un moineau, le roi divorce, on épouse le perroquet, et nous voilà reine! Qu'est-ce que vous en pensez? (bon la citation est approximative, ok, mais l'esprit est proche, non?)

 

Donc bref, tout ça pour dire que les charmantes "pensées profondes" des stratèges en ci et ça pour nous expliquer pourquoi il faut toujours viser d’abord la bande pour espérer toucher la boule, moi je vous avoue, au risque de paraître naïf, que je n'en suis pas fan. Et qu'accessoirement, j'ose penser que si de tels procédés sont nécessaires, c'est qu'on a comme un problème avec notre système politique.

 

Ca me fait penser aux stratégies, assez similaires, qui étaient avancées parfois par les tenants du oui au referendum constitutionnel de 2005 (mince, le sujet à ne pas aborder), où l'on expliquait que si on votait non, alors on allait avoir Nice, et que comme Nice c'était pire, et bien il ne fallait pas voter non. Evidemment, je ne nie pas que ce raisonnement est cohérent, mais là où il me dérange profondément, c'est que procéder de cette façon c’est témoigner du problème d'offre que l'échéance propose, et faire simultanément mine d'ignorer ce problème.

 

Aujourd'hui, le vote Bayrou me semble assez similaire: il cristallise autour de lui une part importante de mécontent des deux grands partis, qui trouvent en Bayrou un choix qu'ils jugent suffisamment nouveau pour constituer une sorte de rébellion, et en même temps qui offre l'avantage de n'avoir pas le goût de souffre du vote Le Pen. Il montre donc, qu'il existe un vrai problème d'offre tant du côté de l'UMP que du côté du PS.

 

 

Et pour ma part, j’ai beau comprendre que la politique ne soit pas le domaine des idéaux tout roses, j’ai vraiment du mal à accepter que dans une démocratie, enfin, même si celle-ci reste terriblement jeune et immature, on reproche aux uns et aux autres de voter simplement en fonction de leurs envies (je n’écris pas conviction à cause de mon billet précédent, mais j’ai été tenté). Il faut tout de même bien le comprendre, une bonne fois pour toute : si le problème de l’offre politique « standard » est tel qu’il doit pousser les uns et les autres à réfléchir de façon aussi stratégique et alambiqué, c’est que nous ne sommes vraiment pas dans une démocratie adulte et sereine, mais qu’on en n’a qu’un ersatz.

 

Ou pour présenter les choses autrement, si Bayrou n’avait pas été propulsé troisième homme par les sondages, que ce rôle fut échu, une fois de plus, à Le Pen, qu’alors la question du vote utile fut sur toutes les lèvres, et que la réponse apportée fut d’effectivement « voter utile », et bien cela aurait déjà constitué une défaite pour les démocrates.

 

Qu’il n’y ait pas d’ambiguïté sur ma position, je ne sais pas du tout si je vais voter pour Bayrou au premier tour, ou pour un autre. Mais cessons de mettre une épée de Damoclès au-dessus de la tête de personnes qui ne font rien d’autres par leur vote que leur devoir de simples citoyens, et qui ont le droit de préférer tel candidat à tel autre, et de le faire savoir par leur bulletin. Ne pas respecter cela, c’est faire bien peu de cas de l’expression de ces personnes, et ce n’est donc pas précisément se montrer démocrate.

Commentaires

Il est vrai que cette élection et la précédente auront été dominés par le règne de la mauvaise foi et du raisonnement spécieux faisant fonction d'argument, voire d'argumentaire (lorsque l'argumentaire se résume à un argument).

Je reste sidéré du mépris dans lequel le militant (excusable) et le politicien professionnel (inexcusable) confine ceux à qui il s'adresse (qu'il est libre de mépriser) et auxquels il demande leurs suffrages.

Car, enfin, que vaudrait la démocratie si le choix globale exprimé par les électeurs était si peu éclairé que le mépris dans lequel le prosélyte politicien l'entretient ?

Écrit par : Non-inscrit parce que ça me saoûle | 16/03/2007

Je crois qu'un théorème de théorie des jeux indique qu'il n'existe pas de système de vote dans lequel il est toujours optimal pour tout le monde de voter en fonction de ses seules préférences sans tenir compte de ce que voteront les autres et de leurs préférences. Je n'ai que vaguement entendu parler de ce théorème et je ne suis cependant pas un spécialiste, mais il me semble que cela éclaire ce type de discussion.

Par ailleurs, cela n'est pas forcément incompatible avec le fait que si on est obligés de couper les cheveux en 4 pour savoir pour qui voter, c'est lié à la qualité de l'offre politique des 2 candidats principaux.

Écrit par : Pierre | 16/03/2007

Oui pierre à raison, Condorcet puis Arrow ont montré que tout système démocratique entraine ce genre de stratégie.

Econoclaste en a deja parlé:http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2007/02/19/773-le-paradoxe-d-arrow-illustre

Écrit par : ? | 16/03/2007

Surtout dans une élection à 2 tours, où il pourrait sembler raisonnable de s'interdire d'évoquer le second avant de savoir qui y prend part (cf. La Rumeur du Monde sur France Culture ce midi). Suggestion de sondage pour alimenter le jeu mental : "Si l'élection présidentielle ne comportait qu'un seul tour, pour qui voteriez-vous ?"

Écrit par : Julien | 17/03/2007

Un billard à plusieurs bandes dans lequel j'observe que je n'ai qu'une seule adversaire de taille sur la Sphère. Et là la théorie s'applique d'autant mieux. Un seul tour il y aura, moi contre madame Royal. Donc, la Dilgo contre la Ségo-Sphère. J'ai longtemps pressenti que j'allais gagner les élections, puis que je les avais gagnées.

http://yahoo.bondyblog.fr/news/dilgo-contre-mister-ki-episode-35

Écrit par : dilgo | 18/03/2007

? Et Pierre, merci pour ces remarques. J'avais lu le billet d'econoclaste sur le sujet. Très bon, comme toujours.

Julien
Oui, très d'accord.

dilgo
Huhu, et vous faites ça au sabre laser?

Écrit par : pikipoki | 18/03/2007

Les commentaires sont fermés.