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29/12/2005

La 101ème !

La période de fin d'année est traditionnellement propice aux retours en arrières et aux bilans ou autres florilèges de l'année. Je me prête, assez nombrilistiquement (sic) je dois l'admettre, à l'exercice concernant mon propre blog, en guise de billet d'adieu à l'année 2005.

 

Quelques statistiques d'abord. Hier j'ai rédigé sans m'en rendre compte sur le moment ma 100ème note sur ce blog. Les lecteurs les plus attentifs m'objecteront à ce sujet que ce n'est pas absolument exact puisque 4 notes ont été supprimées quelques jours après leur publication, mais à mon avis elles valaient peu la peine d'être conservées. A priori je ne devrais pas procéder à d'autres suppressions à l'avenir, afin d'essayer de respecter une certaine ligne de rédaction. Ces notes ont suscité jusqu'à maintenant 330 commentaires, dont la moitié peut-être m'est imputable, ce qui fait donc un taux assez faible de commentaire par note.

 

Depuis sa création, il y a un peu plus de 6 mois, ce blog a d'ailleurs eut un succès plutôt modéré, même si quelques surprises heureuses sont venues l'égayer dont des liens chez des blogueurs prestigieux, voire même des notes chez eux évoquant mes billets. Il a attiré un peu plus de 7000 visiteurs uniques depuis l'installation de mon compteur, environ 200 de plus en tout et pour tout, pour bientôt 11500 pages lues (enfin lues, ouvertes disons), ce qui reste modeste.

 

Evidemment je suis le premier à m'imputer ce résultat, dû peut-être à un "positionnement" peu clair au démarrage, et qui sait encore maintenant? Gestion du stress, débats sur des sujets de société, haïkus, tout cela est fort divers et la ligne de mon blog est donc difficilement identifiable. En fait il n'y en a pas vraiment si ce n'est l'intention de débattre et/ou de proposer des outils de réflexion, sur soi ou sur le monde. Initialement j'ai ouvert cet espace essentiellement pour pouvoir mettre au propre un certains nombres d'idées et de réflexions que j'avais en tête, afin de me forcer à les structurer, à les travailler véritablement au lieu de m'en tenir à un magma un peu informe. Le sujet de la gestion du stress notamment m'intéressait particulièrement, mais ayant beaucoup écris dans les premiers temps sur ce thème, je suis aujourd'hui un peu à court de textes de fond pour le renouveller.

 

Les billets du début donc, notamment sur la communication, les inférences, la gestion des priorités, l'orgueil, la différence entre être, faire et avoir, etc. sont les éléments essentiels que j'ai pour ma part retenus de l'apprentissage fait en gestion du stress. J'invite les lecteurs intéressés à s'en retourner à mes archives, et s'ils le souhaitent à me contacter pour plus d'information. Je suis à votre disposition pour ça, dans la mesure de mes possibilités bien sûr.

 

Concernant les points les plus positifs, je retiens certains débats très intéressants, souvent suscités par vous-mêmes lecteurs, et à travers lesquels j'ai déjà pas mal appris. Et aussi quelques grands éclats de rire grâce notamment aux blogs BD, un genre qui figure certainement parmi ce qui se fait de mieux dans la blogosphère.

 

Les projets? Rien de très précis, si ce n'est essayer de continuer de participer aux différents débats qui nous agitent, et peut-être un jour trouver un moyen de modifier l'aspect visuel de mon blog (il lui manque un design un peu sympa, personnalisé, plus agréable que ce bleu trop neutre). Et qui sait, attirer quelques nouveaux lecteurs ?

 

Il me reste maintenant à vous souhaiter à tous une excellente année 2006 ! A l'année prochaine ! (à moins qu'un imprévu me ramène dans ces parages d'ici au 31... ;o) )

28/12/2005

Antonio Gramsci et la théorie de l'hégémonie

Intéressé par la papote de mes lecteurs préférés sous un ancien billet je me suis renseigné un peu sur ce qu’est le "gramscisme" évoqué par Olivier. Déjà en commentaire j’indiquais un petit doute personnel qui naissait de notions apparemment floues entourant ce mot. Après vérification, ce doute est plutôt confirmé puisque le mot grascisme n’existe tout simplement pas, pas plus que le mot "gramsciste" d’ailleurs. Il figure donc parmi ces « ismes » créés afin de faire court pour exprimer une idée (parfois plus pour donner un air érudit à ses opinions), mais qui ne revêtent pas une réalité bien grande.

 

Mais qu’importe l’inexistence de ce "gramscisme", l’argumentation d’Olivier m’intéressait suffisamment pour que je passe quelques temps à faire des recherches dessus. Et si le gramscisme n’existe pas, Antonio Gramsci (j’indique ici le lien en français mais pour ceux que ça intéresse vraiment je conseille de lire l’article de la version anglaise de la Wikipedia qui est, comme souvent, beaucoup plus riche) lui, a bel et bien existé et ses idées, notamment sa théorie de l’hégémonie, méritent un petit détour sur ce blog, qui permettra entre autre, en tout cas je l’espère, d’éclairer un peu mes lecteurs sur la question et de leur éviter quelques confusions.

 

Et avant tout, petite biographie du personnage, pompée sur Wikipédia et mon encyclopédie personnelle. Comme ça vous pourrez éviter d’avoir à suivre les liens que j’ai indiqué plus haut (ah vous l’avez déjà fait ?). Antonio Gramsci était un philosophe et homme politique italien, né à Sales en Sardaigne en 1891 et mort à Rome en 1937, à 46 ans donc. Sa famille figurait plutôt dans la petite bourgeoisie, mais son père dû faire face à des difficultés avec ses finances et avec la police, difficultés qui forcèrent la famille à se déplacer à plusieurs reprises d'un village à un autre, toujours en Sardaigne.

 

Mais Gramsci était un étudiant brillant et c’est à l’université de Turin qu’il poursuivit ses études, pendant une période de forte industrialisation où les entreprises embauchaient majoritairement des travailleurs des régions italiennes plus pauvres. Gramsci fut fortement influencé par son enfance à travers la Sardaigne et par cette expérience à Turin. Et il s’engagea en 1913 au Parti Socialiste Italien. Il fut notamment connu à l’époque pour ses travaux de journaliste, et il fonda en 1919, notamment avec Palmiro Togliatti, le journal l’Ordine Nuovo dont il devint le directeur. Il fit un séjour en Russie en 1922 pour représenter le Parti Communiste Italien, créé en 1921 à partir du groupe qu’il avait formé avec d’autres au sein du PSI. C’est là qu’il rencontra sa femme. Il devint enfin député de Vénétie en 1924, alors que Mussolini était déjà au pouvoir depuis 2 ans. Et en 1926 il fut arrêté par la police et emprisonné, quasiment jusqu’à sa mort. C’est d’ailleurs en prison qu’il produisit une grande partie de ses écrits politiques.

 

Parmi les grandes idées développées par Gramsci, qui était un marxiste convaincu, figure la théorie de l’hégémonie. Il avance que le contrôle des moyens coercitifs de l’état (la police, l’armée, les tribunaux) ne peut suffire pour que le prolétariat conquiert réellement le pouvoir, et qu’il lui faut en plus, et même avant cela, instaurer son hégémonie sur la société civile (les syndicats, les partis, l’école, les medias), notamment à travers la culture qu’il convient d’influencer voire de changer au profit d’une culture qui véhicule les valeurs et les repères du prolétariat. Pour Gramsci c’est uniquement en imposant ce changement de culture et de morale que le prolétariat peut réussir sa révolution.

 

Il insiste donc sur le travail politique important qui est à mener avant d’entreprendre la révolution. A ce titre, il publia le 24 novembre 1917, suite à la révolution bolchevique d’octobre un article intitulé : « La révolution contre Le Capital » (Le Capital faisant ici référence au livre de Marx). Il estimait en effet que les bolcheviques, après avoir constaté l’inéluctabilité de la révolution, avaient sous-estimé l’importance du travail politique qui devait être mené pour installer durablement leur système. C’est notamment le cas pense-t-il en occident où la société civile exerce un pouvoir beaucoup plus fort qu’en Russie à l’époque (et aujourd’hui probablement encore, ce qui peut notamment expliquer l’écart d’influence qu’exercent les médias russes par rapport aux nôtres). Il pousse même sa réflexion jusqu’à voir la société civile prendre la pas sur l’état qui ne serait plus à terme qu’un « veilleur de nuit » selon l’expression empruntée à Ferdinand Lassalle.

 

A la lumière de ces éléments je dirais donc qu’Olivier a employé le terme grascisme un peu rapidement, et qu’il aurait été plus juste d’utiliser le terme hégémonie dans la plupart de ces remarques. Aujourd’hui une des critiques les plus forte exprimée contre la bourgeoisie et « les puissants », c’est qu’ils disposent effectivement de cette hégémonie culturelle sur le reste de la population. Nous vivons dans une société encore dominée par sa bourgeoisie, c’est certain. Reste à savoir si cette hégémonie de la bourgeoisie est plus souhaitable qu’une hégémonie du prolétariat.

 

Certains pencheraient certainement plutôt en faveur d’une hégémonie de la bourgeoisie, d’autres plutôt en faveur du prolétariat. Pour ma part j’adhère assez à l’argumentation que présentait il y a quelques temps Raveline (cf. lien précédent). Je crois que notre histoire a montré que la culture bourgeoise avait été un moteur et aussi un garant important de la démocratie. Pour ne prendre qu'un exemple, ce sont notamment les philosophes des lumières qui ont porté l’idée de la Révolution et qui ont proposé les systèmes qui permettraient une organisation politique plus juste. Tous des bourgeois, voire des aristocrates il me semble.

 

Car quel est le principal argument du prolétariat pour légitimer sa prise de pouvoir ? C’est le nombre. Puisqu’ils sont plus nombreux alors ils sont plus représentatifs du peuple dans son ensemble et de ses aspirations. Et puisqu’ils sont plus nombreux dans le fond, ils ont aussi un potentiel de force plus grand que la bourgeoisie. Dès lors pourquoi devraient-ils subir la frustration d’être sous la coupe d’une culture qui n’est pas la leur ? Evidemment l’argument de la meilleure représentativité du peuple par le prolétariat est assez fort, et il faut bien l’admettre, difficilement contestable. Mais il a une limite forte. Et pour bien en rendre compte, je vais à nouveau devoir faire référence à La sagesse de l’amour de Finkielkraut.

 

Finkielkraut montre dans son livre (dans les derniers chapitres) que dans la logique communiste l’élément liberticide ne vient pas vraiment du pouvoir excessif donné à l’état mais du fait que parce que celui-ci est dirigé par la masse du peuple, et donc ne peut qu’être le reflet de la volonté souveraine de celui-ci, alors on lui donne tous les droits.

 

« Ce n’est pas l’état en tant que tel qui est liberticide, mais l’idée qu’un état a tous les droits du moment que les masses en ont pris possession. »

 

C’est donc "l’idolâtrie du peuple" qui a mené le communisme au totalitarisme, pas celle de l’état [voir edit en fin de billet]. Parce qu’une décision émane de la volonté du peuple elle est légitime pensent certains. Evidemment dit comme ça, ça semble juste. Il s’en faut pourtant de beaucoup. Car la légitimité d’une décision, son aspect moral, juste et bon, ne s’évalue pas au nombre de gens qui y souscrivent. En fait dans ce débat on confond la légitimité de l’appareil chargé de prendre les décisions politiques et la légitimité de ces décisions. Ce sont deux choses différentes pourtant. Et si un gouvernement (et/ou un appareil législatif) trouve pleinement sa légitimité dans le choix qu’en fait le peuple, les décisions qu’il prend ne sont pas illégitimes dans l’absolu quand elles ne sont pas le reflet de la volonté du peuple. Si une population entière exprime demain le souhait que des lois racistes soient instaurées, et bien cette décision ne sera pas légitime, fut-ce 100% de la population qui la souhaite.

 

Mais qu’on ne se méprenne pas, ce n’est pas de ma part une prise de position contre l’expression populaire, surtout pas. Je crois même qu’il serait bon, voire urgent, qu’on mette en place des systèmes qui permettent une expression plus grande et plus efficace de ces « masses ». Car aujourd’hui je crois qu’on entretient une situation dans laquelle l’hégémonie est détenue par un groupe de plus en plus restreint. Et c’est je pense cette restriction grandissante qui est à la source de la crise de représentativité et de confiance dont on souffre, et qui écarte de plus en plus les gens de la politique. Je crois d’ailleurs que c’est là où certains blogueurs comme Versac trouvent un intérêt particulier aux blogs.

 

En d’autres termes, si l’hégémonie de la bourgeoisie ne me semble pas nécessairement devoir être combattue, ce qui importe en revanche c’est de rendre plus accessible les canaux d’expression et de communication, c’est d’étendre l’embourgeoisement pour que ce groupe qui détient l’hégémonie s’élargisse, sans s’en tenir de façon exclusive à la culture qu’il détient, mais en s’enrichissant de ce que ses nouveaux membres vont lui apporter. Ce n’est pas un embourgeoisement imposé que j’imagine mais plutôt un embourgeoisement par ouverture.

 

[Edit: Krysztoff en commentaire m'indique que je me trompe en disant que c'est l'idolâtrie du peuple qui a mené le communisme au totalitarisme, et que le phénomène est bien plus sûrement imputable à la confisquation du pouvoir par l'appareil d'état à son seul profit au mépris justement de celui du peuple. Et il a raison. Je dois confesser que je me suis mélangé les pinceaux sur ce point car en lisant sa réplique j'étais moi-même étonné d'avoir écris cela. Mon idée donc était que l'idolâtrie du peuple fait prendre le risque de dériver vers le totalitarisme, et qu'un peuple tout puissant, et ayant tous les droits sous le seul prétexte qu'il est le peuple, devient nécessairement liberticide s'il n'accompagne pas l'exercice de son pouvoir de règles morales, et de la notion de devoir.

 

Il y a toutefois une petite remarque que l'on peut faire à Krysztoff je crois. C'est que Lénine ou Staline, par le système qu'ils représentaient, et par la personnification très forte à laquelle s'est prêté le communisme russe, étaient eux-mêmes le peuple en quelque sorte. Ils n'étaient pas ses simples représentants comme peuvent l'être nos élus chez nous. Ils étaient plus que ça, ils étaient les icônes personnifiées du peuple russe tout entier. Je crois d'ailleurs que c'est en partie pour ça que leur culte a été si vif. A travers leurs héros, c'est tout le peuple qui se célébrait lui-même. S'ils n'y avaient pas eut ce culte du peuple, peut-être les conditions du totalitarisme stalinien n'auraient-elles pas existé.]