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12/05/2006

La conquête du monde a commencé au Soufflot, autour d'un steak frite.

Malheureusement dans l'incapacité de produire le billet que j'avais promis concernant les rites et les rituels, je vais faire comme quelques-uns de mes petits camarades de lieu-commun, et vous raconter un peu notre dîner de mercredi soir.

 

Evidemment l'objectif de cette rencontre était avant tout d'établir notre plan d'attaque pour nous rendre maîtres du monde (oui, finalement nous avons décidé de ne pas nous arrêter aux frontières hexagonales, on en voit d'ailleurs déjà un indice dans la participation d'Emmanuel à AFOE).

 

En arrivant j'ai d'abord vu François du Swissroll, Jules (futur guide des maîtres du monde), et Grom, qui n'est effectivement resté que 4 secondes 3 dixièmes après que je sois arrivé. Puis est arrivé AD d'Econoclaste, dans ce qu'il nous a dit être une tenue d'économosiste (jean-casquette). Personnellement j'étais assez déçu car il nous avait promis de venir avec un arosoir et un jambon pour qu'on le reconnaisse. Le jean-casquette, c'est sympa, mais moins cocasse.

 

Ensuite, l'ensemble de la bande a finie par arriver, à l'exception notable de quelques-uns, dont l'autre François qui avait pourtant promis de faire un tour. S'ensuivirent de sympathiques discussions. Tout à ma droite, un groupe composé de Hugues, Versac, Emmanuel et du premier François refaisait le monde sur un sujet que je n'ai absolument pas suivi. Devant moi, Jules et Eolas refaisait le droit. Et à ma gauche nous avons discuté de choses variées, de politique, de l'avenir du PS, de l'absence d'une véritable droite libérale conservatrice en France et sans doute aussi de blogs.

 

J'ai pour ma part un peu tourné la tête des deux côtés pour tenter de suivre un peu tout ce qui se disait, en vain évidemment. Mais il semblerait que dans un moment de flottement dont je ne me souviens pas, j'ai fait des promesses fracassantes concernant le contenu à venir de mon blog. Etant donnée ma capacité à tenir la promesse de cette semaine, il n'est toutefois pas déraisonnable de rester sceptique face aux révélations de Vérel.

 

Ah oui, une dernière chose. Si vous commandez la planche Soufflot, insistez bien  sur la cuisson de la viande, afin qu'on ne vous serve pas un steak saignant au lieu d'un steak a point.

09/05/2006

Une année encore utile ?

Utile : adj. des deux genres. Qui est profitable, avantageux, qui sert à quelque chose (définition du dictionnaire N°8 de l’académie française).

 

Il nous a été dit, de façon insistante et répétée, par des personnages qui, à priori, exercent ce qu’on appelle le pouvoir, ou tout du moins une partie de celui-ci (mais de mauvaises langues chuchotent que le pouvoir, en ayant assez de ne pas savoir qui le détient vraiment, envisagerait un exil en Terre de feu), que l’année 2006 ne serait pas sacrifiée et transformée en campagne présidentielle avant l’heure, mais qu’elle serait au contraire une « année utile ». Bref, que ce serait une année profitable, avantageuse, qui servirait à quelque chose.

 

Aujourd’hui, 4 mois de cette année 2006 ont déjà passé (trop vite d’ailleurs à mon goût), et un je-ne-sais-quoi de mal défini me titille les orteils, et me fait lever le sourcil soupçonneux du béotien taraudé par le doute. Est-on parvenu à laisser la campagne présidentielle de côté, là où elle devrait rester tant que les candidats ne sont pas déclarés ? Ces 4 mois passés ont-ils été profitables et avantageux ?

 

Sur la première question, il semble bien évident qu’on a déjà largement entamé les préliminaires. Quasiment tout y contribue. Les candidats, clairement déclarés ou seulement candidats à la candidature, qui rivalisent de mots assassins, de postures, et d’opérations de communications ; les médias, toujours plus pressés de nous sortir le dernier sondage « Sarko-Ségo au second tour, vous votez pour qui ? » (alors que le seul sondage vaguement intéressant est bien entendu celui de premier tour, incluant l’extrême droite et l’extrême gauche)  et d’interpréter les gestes des uns et des autres en termes présidentiels, que de fournir des analyses de fond sur les sujets en cours ; jusqu’à nous dont l’impatience va croissante au fur et à mesure que notre cher Président enterre ce qu’il nous reste de projets politiques et d’institutions pour les porter.

 

Concernant les médias, je trouve vraiment qu’ils jouent une partition très critiquable. Leur propension à tout interpréter en terme de campagne présidentielle et de jeu de pouvoir participe très largement à l’appauvrissement du débat, car elle occulte le fond des sujets pour ne plus s’intéresser qu’à la forme. Bien sûr qu’il y a des jeux de pouvoirs, des rivalités, des coups que les uns veulent porter aux autres. Mais ce n’est pas le rôle premier des médias que de s’intéresser à ces micro-évènements. L’information, ce n’est pas ça. Et en agissant ainsi ils contribuent largement à enfermer les diverses personnalités politiques dans ces comportements, qui ne peuvent que s’empresser de confirmer ou d’infirmer tel ou tel article, telle ou telle impression laissée à la télé, etc.

 

On établit toujours plus ou moins son comportement en fonction de ce que l’autre nous renvoit de nous-même. Il y a un côté mécanique à cela qui est inévitable. En se situant systématiquement sur le terrain de la campagne présidentielle, les médias forcent en partie les politiques à faire de même, alors que ceux-ci restent officiellement dans une position qui les oblige en même temps à ne rien laisser paraître. Et ainsi on assiste à des jeux de dupes atterrants entre journalistes et politiques, où les premiers posant systématiquement leurs questions en terme de jeu de pouvoir, les seconds se trouvent obligés de nous servir des réponses emberlificotées à base de langue de bois. Les médias ne se privent pourtant pas ensuite de critiquer le comportement des politiques. Mais qu’ils nettoient devant chez eux et réalisent à quel point il participe du processus qu’ils critiquent !

 

Ensuite, sur l’impatience qui est probablement celle de beaucoup d’entre nous. Je crois en fait qu’elle est la principale conséquence du 21 avril 2001 2002 (andouille que je suis!). Le quinquennat qui s’achève en est resté marqué parce que la politique qui a été menée durant ces 5 années, personne n’avait votée pour elle, ou en tout cas il est impossible de dire qui et dans quelle proportion. On s’est retrouvé dans une situation « bâtarde » si je peux oser le terme, mal définie. On avait barré la route à l’extrême droite, l’indispensable était fait, mais l’essentiel restait à réaliser, et on ne savait pas par quel bout le prendre. Les élections de 2007 ont donc ce rôle de définitivement clore la page de l’indétermination qui a prévalu pendant le quinquennat, et en quelque sorte de nous « laver » définitivement de ce qui est arrivé en 2001. Etant donnée l’incapacité de Chirac à fixer un vrai cap et à utiliser les énergies qui étaient réelles au soir de sa réélection, il n’est pas illégitime que l’impatience à tourner la page soit grande.

 

Sur le fait que ces 4 mois aient été profitables et avantageux, la réponse est courte je crois : non. La crise du CPE a réuni à peu près tous les défauts imaginables : mesurette sans vrai projet, incapacité à communiquer convenablement, pantalonnade abracadabrantesque en guise de sortie. Franchement, autant de talents révélés en une seule opération, ça relève du grand art. Et l’affaire Clearstream ne fait qu’enfoncer un peu plus un gouvernement à l’agonie, qui enchaîne les ratés comme on enfile des perles, et qui un peu plus chaque jour, éloigne les citoyens de la politique, alors que la toute première mission qui incombait à Chirac après sa réélection était au contraire de les en réconcilier.

 

Sur ce dernier point d’ailleurs, je ne partage pas du tout la conclusion faite par Paxatagore dans son billet sur l’emballement médiatique autour d’une éventuelle démissions de Villepin. Paxa écrit : « Le véritable problème ne me semble pas être que Dominique de Villepin ait cherché à déstabiliser Nicolas Sarkozy. C'est le propre du combat politique. Ceux qui font mine de le découvrir sont d'angéliques nouveaux nés. » Le cynisme semble faire ici office d’intelligence pour rabattre les propos scandalisés émis par certains devant cette barbouzerie. Certes il est souvent de bon ton de montrer qu’on n’est pas un naïf devant les évènements du monde, mais dans le cas de l’espèce, je ne vois pas bien sous quel prétexte il faudrait trouver qu’une tentative de manipulation est une chose normale et excusable. Qu’un type de comportement ait court de façon récurrente ne signifie évidemment pas qu’il est acceptable. La corruption aussi à court dans beaucoup de pays. Estime-t-on pour autant qu’il faut laisser faire parce que c’est comme ça depuis que le monde est monde et qu’on serait trop naïf de faire mine de s’en apercevoir maintenant ? Non.

 

Evidemment, il faut laisser la justice faire son travail et déterminer qui est responsable de quoi dans ce mic-mac. Mais tout de même, ça commence à faire pas mal de gros couacs, en l’espace d’assez peu de temps. Et il n’est pas tout à fait déraisonnable de se demander comment Villepin peut maintenant faire pour mener une action politique efficace, profitable, avantageuse, qui serve à quelque chose… utile quoi.

 

P.S: (Si vous êtes sympas, je posterai cette semaine un autre billet, que j’espère plus intéressant que ce café du commerce, sur le sujet des rites et des rituels. On y découvrira notamment un peu le travail de Mircéa Eliade.)