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01/12/2006

Petite main

medium_img_main_parent_enfant.jpg

 

 

 

 

La main qui tient l’autre est celle qui a le plus sûrement besoin d’être tenue.

 

 

 

Je le tiens de l’enfant qui, l’autre soir,

retenait par sa petite poignée son père,

si roidement debout qu’il

semblait à tout moment devoir tomber

Déjà petit

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Déjà petit, déjà tendre

           

Les joueuses dansaient dans ses yeux

 

 

 

Des rosées joufflues aux rires éclatants

 

 

 

Au gré des pentes d’herbes,

    des roulades,

        et des mains sur les yeux

 

Des cerises chipées, et des flaques convoitées,

 

 

 

 

Leur empreinte reste plus forte

    que celle du jouet de bois heurté

 

Elles mènent comme au bal,

    et pour encore des années

 

 

30/11/2006

De la juste utilité du vote blanc

medium_vote-blanc.png[note un peu remaniée pour corriger quelques coquilles]

Découvert hier soir lors de la 4ème république des blogs : le parti blanc, et son représentant, Mehdi, avec qui j’ai pu discuter quelques instants, ainsi qu’avec l’ami Hugues.

 

Pour ma part l’initiative de ce groupe me plaît pas mal, car comme beaucoup d’autres, je regrette que les votes blancs ne soient pas comptabilisés lors des différents votes qui ont lieu. Cela donne une image un peu faussée des résultats sortant des urnes, et surtout, cela fait proprement disparaître des dizaines de milliers d’électeurs, qui manifestent par ce vote leur insatisfaction devant le choix qui leur est proposé.

 

C’est d’ailleurs d’autant plus regrettable que les personnes qui votent blancs, contrairement aux abstentionnistes, manifestent leur intérêt pour la chose publique et montrent par leur démarche qu’ils ont un vrai sens civique. Une démocratie qui déconsidère ces personnes là se tire un peu une balle dans le pied, non ?

 

Mais en revanche, le « programme » proposé par le parti blanc me semble un peu étrange et pour tout dire assez hors sujet. Pour moi la seule bataille qu’ils ont à livrer c’est celle de la reconnaissance et du comptage des votes blancs. C’est déjà pas mal, mais ça s’arrête là.

  

Dans son introduction, et Mehdi a d’ailleurs fortement plaidé hier soir en ce sens, le parti blanc se donne pour mission de rétablir la confiance entre les citoyens et la classe politique. Et, prétend-il, cette confiance viendra lorsque les votes blancs seront comptabilisés. Là, je dois dire que je ne comprends pas la logique.

 

Je crois que l’argument qui serait présenté par le parti blanc pour justifier cette idée, c’est que lorsque les votes blancs seront comptabilisés, on pourra établir une règle disant qu’à partir d’un certain niveau de ceux-ci, le vote qui a eu lieu devra être reconnu comme nul. Et là s’engagerait une procédure de dialogue pour que les personnes qui ont voté blanc indiquent les raisons de leur choix. Et donc on aboutirait à une nouvelle offre politique lors d’un vote ultérieur.

 

Il y a à mon avis plusieurs erreurs dans ce raisonnement. D’abord, je serais surpris que le pourcentage de vote blanc dépasse fréquemment un plafond raisonnable pour annuler des élections. Leur niveau a été indiqué une ou deux fois, grâce à des sondages, lorsqu’ils semblaient particulièrement élevés : ils ne dépassaient pas les 5%. On comprend bien que c’est très insuffisant pour annuler quelque élection que ce soit.

 

Ensuite, parce que je serais encore plus surpris que l’on puisse trouver une véritable unité dans la démarche des votes blancs, si ce n’est celle d’avoir voté blanc. Les raisons de ce type de vote sont naturellement très diverses, et leur réconciliation serait à mon avis bien difficile.

 

Et puis surtout, je trouve que cet un outil plutôt inefficace pour arriver à la fin, louable, que le parti blanc entend lui donner. Car tout de même, il existe d’autres façons, plus directe, pour réconcilier les gens avec la politique non ? Et le dialogue qu’on instaurerait après une annulation d’un vote, pourquoi on ne le fait pas avant ? Ce n’est pas parce qu’on va comptabiliser les votes blancs qu’on va réduire l’incompréhension qu’ont les gens de la politique ni les votes de sanctions.

 

Pour cela, il y a des démarches plus efficaces, de communication plus transparente des partis politiques, de participation plus facile des gens à la constitution des programmes, d’instauration de débats, que ce soit dans un espace public bien défini (les communes organisent souvent des débats dans les salles qu’elles ont à leur disposition), ou chez soi, via Internet et les blogs par exemple.

 

Et surtout, surtout, il y a la nécessaire implication de chacune et de chacun pour découvrir soi-même quelles sont les propositions des uns et des autres. Je l’avais déjà dis dans mon billet de synthèse sur le TCE (n’allez pas relire ça malheureux, c’est affreusement long, je ne l’indique que pour faire chic), on ne peut pas pester contre l’incompréhension que l’on a de telle ou telle position politique et de tel ou tel texte, si l’on ne fait pas déjà soi-même l’effort de s’informer et d’analyser les choses. C’est bien cela la démocratie, la responsabilité de chacun de la faire vivre en se donnant le maximum de chances de faire des choix éclairés. Et on ne peut pas attendre toujours que cet éclaircissement vienne des autres. Les politiques ont un devoir d’effort pour rendre leur démarche plus transparente. Les personnes qui se prétendent citoyennes ont un devoir d’effort pour s’informer de ces démarches.

29/11/2006

Les lettres de motivation d'Albain

medium_geai.jpgBonjour, je m’appelle Albain, je suis jeune et je compte le rester encore longtemps. Je suis né en Isère mais je peux vivre partout. J’aime la nuit, j’aime attendre, j’aime regarder, j’aime être seul. Je me sentirai très bien dans ce travail que vous proposez, dans votre entreprise de télésurveillance. Je voudrais juste savoir une chose : vous surveillez quoi ? Je joins une enveloppe timbrée pour la réponse. Je vous contacterai après.

 

Bonjour, je m’appelle Oriane, quand j’étais petite ma mère me laissait souvent jouer avec les morceaux de tissus qui tombaient de sa machine à coudre. Ce que je préférais, c’était quand elle oubliait un grand morceau et que je pouvais me rouler dedans. Bref, j’aimerais bien travailler dans votre magasin de vêtement. J’ai déjà vendu des gâteaux avant, ça ne doit pas être très différent de vendre des vêtements. Appelez-moi si vous voulez.

 

Bonjour, je m’appelle Eloïse et j’ai 22 ans. Je suis née en Vendée, pas très loin d’une grande ville. J’aime bien me promener et rester seule pour regarder les gens, ou alors les animaux, ou même juste le paysage. Je pensais que je ferai une très bonne gardienne pour votre musée. Qu’en pensez-vous ? Je vous appellerai dans deux jours pour qu’on en discute ensemble.

 

Bonjour,

 

L’autre jour en passant près de la patinoire qui est juste derrière la mairie de ma ville, j’ai vu deux canards qui jouaient en caquetant. J’ai pensé qu’ils avaient de la chance d’avoir cet instrument amusant dans leurs gorges. Et que j’aimerais bien en savoir un peu plus sur eux. Je me demandais si vous cherchiez quelqu’un pour vous assister dans votre cabinet vétérinaire. Si c’est le cas contactez-moi.

 

Bonjour, je m’appelle Benjamin et je suis savoyard. Je suis au chômage depuis 4 mois et j’aimerais bien travailler chez vous dans votre entreprise informatique. Je ne connais rien du tout à tout ça, mais je suis prêt à travailler dur pour apprendre. Ma motivation c’est surtout de gagner de l’argent, mais pas forcément beaucoup, juste ce qu’il faut pour payer mon loyer, ma nourriture, et aussi les cours de piano que je voudrais prendre les samedis. Je laisse ma lettre au concierge de votre immeuble car j’ai vu que votre boîte aux lettres était abîmée. Il vous la remettra.

 

Bonjour, je m’appelle Marc, et depuis que je suis tout petit j’aime beaucoup la musique. Je ne vais plus beaucoup à des concerts ces derniers temps à cause de mon budget réduit, mais je me souviens encore avec beaucoup d’émotion du dernier opéra auquel j’ai assisté il y a deux ans. C’était La Traviata, de Verdi, et le spectacle était vraiment magnifique, surtout l’orchestration et la soprano. Sauf le ténor peut-être qui était bizarrement agressif par moments. Bref, j’ai vu que votre cabinet de conseil était situé juste à côté de l’opéra et je suis sûr que la joie de travailler si près de ce théâtre suffira à me donner tout l’enthousiasme nécessaire pour vous fournir un bon travail. Je vous appellerai très bientôt car je suis curieux de savoir si vous aussi vous avez voulu travailler là pour être près de l’opéra.

 

 

Ce billet est directement inspiré de la lecture ancienne de Geai, de Christian Bobin. Un petit livre que j’ai particulièrement aimé, très tendre et poétique, dont on quitte les pages avec un sourire apaisé et heureux. La première lettre du billet vient du livre.

28/11/2006

Alain et le passé

medium_coast_road.jpgEn ce moment, je lis un petit bouquin du philosophe Alain (Emile Chartier en vrai, mais il a cédé aux sirènes d’un nom vachement plusse pipole), ça s’appelle Propos sur le bonheur. Emi… Alain d’ailleurs, à écrit vachement de propos. Des Propos sur la religion, des Propos sur l’éducation, des Propos sur l’esthétique, vraiment les propos, c’était son truc.

 

Et dans ma lecture métronale (oui, c’est un barbarisme, mais je compte le faire valider par l’académie française avant ce soir) de ce matin j’ai trouvé cette petite chose qui m’a bien plût :

 

 

"Compter sur le passé est justement aussi fou que se plaindre du passé"

 

 

Une petite saveur stoïcienne dans cette phrase je trouve (non, il n’y a pas de virgule quand Yoda m’habite). Vraiment j’aime bien ce type de réflexion. Vous vous souvenez de la remarque faites par un internaute en réponse à la question posée dans les forums Yahoo sur le stress ? Il indiquait qu’il séparait les événements en trois catégories : ceux qui étaient de son ressort et qui étaient importants, ceux qui étaient de son ressort mais qui n’étaient pas importants, et enfin ceux qui n’étaient pas de son ressort.

 

Et bien le passé, fait en quelque sorte partie de la troisième catégorie. On ne peut pas agir sur le passé, on ne peut pas le modifier. Le passé n’est pas de notre ressort. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas s’en inspirer, l’analyser. Cela ne veut pas dire non plus qu’on doit chercher à découdre tous les points d’influence qu’il exerce sur nous (si vous tentez d’ailleurs, bon courage). Mais simplement, qu’il faut le gérer pour ce qu’il est, et ne pas lui accorder, par la force de la représentation que nous nous en faisons (Alain dirait plutôt par notre imagination), une importance excessive.

 

Pour ma part je dois reconnaître que pendant de nombreuses années j’ai été un grand ruminant du passé. Je me souvenais de chaque douleur, et notamment de tous les torts qu’on me faisait, j’enregistrais tout, ne disais à peu près rien, mais chacun avait sa note. Un sacré piège c’était.

 

Alors désormais, même si cette évolution est lente, j’apprends à ne plus grossir le passé. Je lui laisse une petite pièce à lui dans mon cerveau, que j’essaie de maintenir au chaud, mais il ne va plus déranger ses colocataires aussi souvent qu’avant. Et il m’arrive même de plus en plus souvent, seulement quelques microsecondes après un événement désagréable, de faire un grand sourire et de me dire : "C’est le passé, out. Et maintenant ?"

 

Pourrais-je conseiller ce petit remède aux "débatteurs"  (je mets entre guillemets, parce que je ne suis pas sûr qu'ils soient vraiment en train de débattre) qui s’empoignent actuellement chez Embruns ?

27/11/2006

Vers une société de dématérialisation

medium_terre.JPGNicolas Hulot était hier soir l’invité de l’émission France Europe Express dans laquelle il présentait notamment le pacte écologique qu’il a mis au point avec bon nombres de scientifiques réputés au bout d’un travail de plusieurs mois. Le débat fut plutôt intéressant, sans doute grâce à un sujet de départ qui est finalement assez peu polémique et qui oblige plutôt à une vraie réflexion plutôt qu’aux réactions politiciennes pavloviennes habituelles.

 

Mais ce n’est pas vraiment du sujet de l’émission dont je voudrais parler, mais plutôt d’une idée qui m’est venue lors d’une remarque d’un des intervenants.  En effet, vers le milieu de l’émission, Jacques Attali a fait une remarque à Nicolas Hulot, et lui a dit en gros : « le plus grand défi pour l’avenir, c’est de parvenir à gérer notre passage à une société de l’information ».

 

Immédiatement cette formule de « société de l’information » a fait tilt dans ma tête. D’abord parce que je me méfie toujours des formules de ce style que tout le monde feint de comprendre mais que chacun définirait d’une façon différente des autres. Mais aussi, et surtout, parce que je vois une imperfection dans cette formule qui la rend finalement parfaitement inefficace pour rendre compte des défis que justement nous avons à relever.

 

medium_information.jpgCar il est faux de dire que nous entrons dans une société de l’information. Cette formule laisse à croire qu’il s’agit là d’un avenir, alors qu’il n’en est rien. La société de l’information, nous y sommes déjà, et depuis de nombreuses années. Depuis même beaucoup plus longtemps que vous ne l’imaginez en lisant ces mots. Cette société de l’information ne date pas des dernières décennies qui se sont accompagnées de tant d’évolutions technologiques. En réalité, la première société que l’homme a créée, il y a des milliers d’années de cela, était déjà une société de l’information.

 

Aujourd’hui nous avons le réflexe d’associer ce terme d’information à une activité de type tertiaire, abstraite. N’ayant entendu parler d’économie tertiaire étendue que tardivement dans le XXème siècle, nous datons donc l’émergence de la « société de l’information » dans les quelques décennies qui viennent de s’écouler. Certains même estiment qu’elle n’est encore qu’à venir (ça semble être le cas de Jacques Attali).

 

Mais depuis qu’il vit, l’homme ne fait pourtant rien d’autre que de traiter de l’information. L’information de son environnement, qui lui indique ce qu’il va pouvoir manger et boire, l’information venant des autres êtres vivants qui peuplent le même territoire que lui, et qui lui indiquent  notamment quelles sont les limites de sa propre action, l’information lui venant de lui-même, enfin, de son corps, qui lui dis quand il est malade, affamé, assoiffé, triste, heureux, etc. Ce que nous faisons chaque jour, ce n’est rien d’autre que traiter toutes ces informations, les mélanger ensemble et réagir aux messages qu’elles nous envoient.

 

Tout ce qui existe dans notre société n’est que le résultat d’un traitement de l’information. C’était le cas notamment dans les décennies qu’on a baptisées « ère industrielle ». Car lorsqu’un industrie, quel que soit son activité, produit un objet, une barre de fer, une voiture, une coque de navire, tout ce que vous voulez, elle ne fait rien d’autre que transformer une multitude d’informations (de savoirs), et la condenser dans un résultat palpable. Mais que ce résultat soit palpable ne signifie en rien qu’il n’est pas lui-même un condensé d’information.

 

A ce stade on estimera peut-être que la remarque que je fais dans ce billet est un peu oiseuse. Après tout, il ne suffit donc que de définir ce qu’est l’information dans l’expression « société de l’information », en disant qu’il s’agit des informations non matérielles, des pensées, des opinions, etc. et hop, le tour sera joué. Je crois qu’il n’en est rien pourtant, et je persiste dans mon idée.

 

Dans le fond, il me paraît beaucoup plus juste de définir une société par le support qu’elle utilise pour traiter l’information. Puisque toutes les sociétés sont des sociétés de l’information, presque par définition, puisqu’elles sont composées d’hommes, et que les activités de hommes ne consistent qu’à traiter de l’information, il me semble plus pertinent pour les décrire, d’identifier quel est le support par lequel elles traitent prioritairement cette information. Au XIXème siècle, il s’agissait principalement de l’industrie. On a donc, à juste titre, qualifié cette période d’industrielle.

 

Alors aujourd’hui comment peut-on appeler notre société ? Quel support utilise-t-elle en priorité pour traiter ses informations. Et bien je propose une formulation, qui il me semble apporte de vraies lumières pour comprendre notre monde moderne. Notre société utilise de plus en plus des supports immatériels pour traiter son information. Nous sommes dans une société de dématérialisation de l’information. C’est cela la vraie révolution que nous vivons ces dernières années, révolution qui s’accélère, on le comprend sans difficulté, avec le développement d’Internet et de toutes les technologies de télécommunication.

 

Ce terme permet à mon avis de mieux comprendre certains défis qui se posent à nous aujourd’hui. Car je crois que cette tendance à la dématérialisation pose à chacun de nous, de façon individuelle, un problème, hum, vais-je oser le terme, hum, un problème ontologique. Car elle va en quelque sorte à l’encontre des stratégies que notre nature biologique à mises au point pendant tant d’années pour maîtriser son environnement.

 

En effet, la première chose par laquelle nous apprenons à connaître le monde, à l’appréhender et à l’intérioriser, ce sont nos sens. Notre vue, notre ouïe, notre toucher, notre odorat, et notre goût. Nous connaissons le monde avant tout en le palpant, en le sentant, en l’observant de toutes les façons qu’il nous est donné de pouvoir le faire. C’est cette découverte sensorielle qui permet au nouveau-né de progressivement sortir de son « moi tout », en comprenant qu’il ne fait que partie d’un ensemble, d’un univers avec lequel il va devoir création des interactions afin de trouver les bonnes réponses à ses propres besoins.

 

C’est par cette démarche, avant tout autre, que nous nous définissons nous-mêmes, et que nous nous connaissons nous-mêmes. D’ailleurs, il n’y a pas que les bébés qui passent leur temps à s’observer, à se tâter, à se regarder, etc. Les adultes le font également, et au-delà du narcissisme qu’on peut y voir, cela montre aussi que nous avons besoin de ce lien des sens avec notre corps.

 

Les technologies qui se développent de nos jours modifient de plus en plus la façon dont nous pouvons traiter les informations qui nous entourent. Et pour ma part, je me demande si cette remise en cause de l’appréhension de notre environnement et de notre corps par les sens au profit d’une démarche plus immatérielle, n’est pas justement la cause de ce qu’on appelle de plus en plus dans nos sociétés modernes, la crise DU sens.

 

Pourquoi sinon proposerait-on si vivement le retour à la nature, qui n’est rien d’autre qu’un retour à une information primaire, basique ? Pourquoi observe-t-on tant de personnes qui se sentent perdues dans leurs vies, perdues dans leurs activités professionnelles, perdues dans leurs relations avec les autres ? Il me semble très possible, étant donné la place qu’occupe le traitement de l’information dans l’activité des hommes au quotidien, que la dématérialisation, qui en quelque sorte le déracine de lui-même, soit en grande partie la cause de cette crise du sens, de cette crise d’identité, de cette crise ontologique (choisissez l’expression qui vous convient le mieux, pour moi elles sont à peu près équivalentes).

 

Peut-être est-on en train de vivre une nouvelle mutation, d’une forme un peu inédite. Pas une mutation biologique à proprement parler, mais une mutation sociale, une mutation des esprits, qui vont devoir s’acclimater à des supports de traitement de l’information qui relèguent l’utilisation des sens à une place moins dominante.