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25/06/2007

La proximité : le mendiant et l'ami

medium_Le_jeune_mendiant.jpgDeux textes découverts aujourd'hui, l'un au hasard de quelques lectures sur le net, et l'autre dans un petit livre qui me fourni quelques matières abordables pour alimenter ma série sur la proximité.

 

 

 

 

Le premier vient du blog du mendiant :

 

"Tenez mon brave…
– Ce n’est pas assez !
– Je vous demande pardon ?
– Ta pièce, ce n’est pas assez !
– Comment ça pas assez ? Vous devriez être content de ce qu’on vous donne !
– Mais je suis content. C’est toi qui ne le seras pas.
– Mais qu’est-ce que vous racontez ?
– Tout à l’heure, je t’ai vu hésiter entre des centimes et des euros. Tu me donnes finalement les centimes. Ce n’est pas assez : plus tard, tu vas regretter de ne pas avoir été assez généreux. Lorsque l’on hésite, il faut toujours donner le montant le plus important. Il ne faut jamais être radin avec la générosité.
– Je donne ce que je peux donner. Et qu’est-ce que vous avez d'abord à me tutoyer ? Nous n’avons pas élevé les cochons ensemble que je sache!
– Je te tutoie parce que tu es debout et que je suis par terre, parce que tu es dans la société et que j’en suis exclu : je crée un lien entre deux postures antinomiques. Tu considères mon tutoiement comme un manque de respect alors que j’essaye simplement de me mettre à ton niveau. En acceptant cela, en ne te considérant pas comme supérieur, en n’attendant pas de ma part de signes de déférence, tu fais aussi preuve de générosité à mon égard. Je t’en donne encore plus pour ton maigre argent…
"

 

Le deuxième est extrait des Essais, I, XXVIII, "De l'amitié" de Montaigne, que je reproduis tel qu'il est publié.

 

"Eudamidas, Corinthien, avoit deux amis : Charixenus, Syconien, et Aretheus, Corinthien. Venant à mourir estant pauvre, et ses deux amis riches, il fit ainsi son testament: "Je lègue à Aretheus de nourrir ma mère et l'entretenir en sa vieillesse ; à Charixenus, de marier ma fille et luy donner le doüaire le plus grand qu'il pourra ; et, au cas que l'un deux vienne à défaillir, je substitue en sa part celui qui survivra." Ceux qui premiers virent ce testament, s'en moquèrent ; mais ses héritiers, en ayant esté adverti, l'acceptèrent avec un singulier contentement. Et l'un deux, Charixenus, estant trespassé conq jours après, la substitution estant ouverte en faveur d'Aretheus, il nourrit curieusement cette mère, et, de cinq talens qu'il avoit en ses biens, il en donna les deux et demy en mariage à une sienne fille unique, et deux et demy pour le mariage de la fille d'Eudamidas, desquelles il fit les nopces en mesme jour."

 

Ainsi le mendiant auprès de son bienfaiteur, peut-il agir comme l'ami envers son ami. En appréhendant sa requête telle qu'un présent fait à l'autre, et non comme une action dont il serait ensuite redevable. Je laisse chacun libre de trouver cette approche intéressante ou pas. Pour ma part, elle l'est. Mais ce qui m'intéresse le plus ici, c'est en fait la distance qui sépare les personnages. Le mendiant et son bienfaiteur sont des inconnus l'un pour l'autre. Les amis eux ne le sont pas. Et la profondeur de leur amitié éclaire à nos yeux le testament écrit par Eudamidas. On comprend là que tout le dilemme du mendiant est qu'il ne bénéficie pas de la même proximité avec son bienfaiteur. C'est d'ailleurs bien la limite que celui-ci lui oppose en lui indiquant qu'ils n'ont pas élever les cochons ensembles.

 

En réalité, je crois que toute la question de la proximité est là. Dans la distance créée avec l'autre. C'est même son défi. D'une certaine façon, on pourrait peut-être répondre au bienfaiteur du mendiant, que celui-ci doit se comporter tel un ami envers lui. C'est sans doute la vision que l'on peut dégager de la philosophie de Lévinas, et de sa vision éthique de la prise en compte de l'autre. La proximité n'est certes pas une exigence d'amitié obligatoire, ce qui serait absurde à mes yeux, mais c'est une exigence d'attention, de considération. Un appel à devenir proche, ou simplement à se souvenir combien fondamentalement on l'est déjà par notre nature propre, qui partage un morceau même infime de vie, qui accompagne, qui...

 

Image : Le jeune mendiant, de Murillo

 

 

P.S: oui j'ai du retard sur le billet que je voulais écrire il y a 15 jours. Il me prend plus de temps que prévu, mais j'espère qu'il arrivera dans pas trop longtemps. Odanel boude ?

 

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