12/12/2008

Entraves à dépasser

Doute.jpgLorsque j'ai entamé la rédaction de ce blog il y a maintenant 3 ans et demi (déjà...), j'avais en tête des sujets très précis sur lesquels je souhaitais écrire. Et suffisamment de contenu à l'époque pour ne pas connaître l'angoisse de la page blanche. Pendant environ 2 ans les idées que j'avais m'ont permis d'alimenter cet espace de façon assez régulière sans avoir de vrais trous d'air.  Clairement cette situation à changé depuis de nombreux mois, et je n'écris plus ici que très irrégulièrement. J'aimerais qu'il en soit autrement mais pour être honnête je doute de ma capacité à modifier cet état de fait.

 

Il y a plusieurs raisons à cela.

 

Une certaine lassitude d'abord, en particulier après avoir rédigé ma série sur l'agressivité qui m'a demandé beaucoup d'énergie et d'investissement à une époque où mon rythme de travail était intense. J'en suis sorti très fatigué et avec un besoin important de me reposer et de retrouver du temps pour moi. A cela s'est ajoutée une usure psychologique exacerbée en raison de certains événements (rien de vraiment grave toutefois), et qui m'a marqué pendant quelques mois. Et du coup s'ensuivit la perte de l'habitude d'écrire, ce réflexe du blogueur qui se demande chaque jour ou chaque semaine de quoi il va parler.

 

Des éléments plus conjoncturels aussi, qui me bloquent un peu aujourd'hui. D'abord le fait de savoir que je suis parfois lu par certaines personnes qui me connaissent et dont je préfèrerais qu'elles ne me lisent pas. Il m'arrive ici d'écrire des choses personnelles (et notamment je sais que mes poèmes sont quasi systématiquement vus comme des dévoilements intimes, ce qui est injustifié) que je ne veux pas avoir à développer avec ces personnes. Mais d'un autre côté, je ne conçois pas aborder des sujets d'analyse comportementale, de psychologie ou de développement personnel sans m'impliquer plus ou moins personnellement dans ces travaux. Si je ne le fais pas je pense que ce que je produirai aura moins d'intérêt et de pertinence, que ce sera moins efficace. Je suis donc un peu pris entre deux eaux.

Une autre entrave conjoncturelle concerne une série que j'envisage depuis quelques temps déjà, que je souhaitais initialement dédier à quelqu'un. Mais je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée en soi.

 

Et surtout, je reste encore aujourd'hui perclu de doutes sur ce que j'écris. Lorsque je rédige quelque chose ici je passe un temps fou à reprendre certains mots, certaines lignes, des paragraphes entiers parfois, en me demandant si j'ai vraiment bien compris le sujet, si ce que je dis est vrai ou pas. Le dernier exemple en date est un billet que j'ai déjà intégralement rédigé mais que je ne pense finalement pas publier la faute à un contenu qui m'apparaît à la relecture assez discutable (Samantdi, c'était une réaction à l'histoire de Daisy et Minnie). Produire des textes qui me semblent parfois peu fiables pose forcément souci, ce d'autant plus que les sujets que j'aborde me tiennent parfois à coeur. Je n'ai pas envie d'écrire des bêtises qui pourraient nuire aux lecteurs.

 

Une des questions principales que je me pose d'ailleurs est de savoir quel est le degré d'opportunisme dans ce que je présente comme étant mes convictions. Qu'est-ce que je parviens à présenter honnêtement, sans biais, et qu'est-ce qui risque de n'être en fait que la justification plus ou moins savante de mes préjugés ? J'ai parfois du mal à faire ce tri, à identifier clairement la qualité de mes opinions et isoler celles qui ne sont que des outils de beau parleur.

 

En revanche je crois comprendre une des raisons qui nous amène si souvent à construire ce type de convictions rhétoriques ... (to be followed in the next article - what a teaser !)

Commentaires

Si tu veux, envoie-le moi par mail, je le lirai et je te donnerai mon avis (concernant l'article de Daisy et Minnie)

Plus généralement, je comprends que l'on ait des réticences à publier. C'est sûrement un signe de "bonne santé" de se laisser un temps de recul, de penser aux conséquences sauf si cela mène à la paralysie...

Il m'arrive parfois de renoncer à un sujet parce que je sais que cela déclenchera des réactions polémiques que je sais ne pas avoir le temps ni l'énergie de "gérer" (répondre et aussi encaisser la part d'agressivité de certains)

Écrit par : samantdi | 12/12/2008

Beau billet. Bloguer est si facile, techniquement, que cela met à nu la difficulté d'écrire, le mal à publier.

Heureusement que quelques textes traversent ces obstacles et, petits cailloux du piki-blog, jalonnent la route de l'internaute égaré…

C'est nul comme commentaire ? Oui, et alors ! Je le publie quand même.

Écrit par : FrédéricLN | 13/12/2008

Comme ce billet est joliment écrit!
Parfois nait en moi une jalousie féroce lorsque je lis chez les autres ce que j'aurais aimé être capable d'écrire chez moi... Surtout lorsque je ressens les mêmes doutes, les mêmes inquiétudes.

Ma méthode: écrire un billet que je n'aurais pas honte de soutenir IRL face aux personnes qui me connaissent, ou qui ne me connaissent pas. Après tout, personne ne vous demande de penser comme lui. Tout au plus aurez-vous droit à une remarque du type: "Mais cela ne vous gène pas de vous mettre à nu en public?"

Problème: cela lisse parfois les contenus, par une forme d'autocensure.

Et alors?

Quant au problème de la régularité des billets, il tombe de lui même dès lors que vos lecteurs sont abonnés via des flux RSS qui les préviennent de la publication d'un nouveau billet. Cela vous laisse toute liberté de publier quand ça vous chante et sans contrainte.

Continuez à votre rythme, mais par pitié, ne publiez plus de billets de cette qualité, cela me mine le moral...
:)

Écrit par : Zythom | 13/12/2008

>J'ai parfois du mal à faire ce tri, à identifier clairement la qualité de mes opinions et isoler celles qui ne sont que des outils de beau parleur.

N'est-ce pas là que vos commentateurs peuvent intervenir ? À mon humble avis, un carnet c'est aussi une discution entre le rédacteur et ses lecteurs ; leurs commentaires vous indiqueront les failles de votre raisonnement, vos préconceptions, la pertinence de ce vos propos.

Cela ne veut pas dire que je vous pousse à publier des billets dont la qualité ne serait pas suffisante à vos yeux, la qualité prime sur la régularité si vous souhaitez conserver vos lecteurs, mais plutôt publier les billets qui vous semble plus ou moins biaisés, ils permettent souvent d'engager des conversations intéressantes en commentaires.

En tout cas, j'ai découvert votre blog il n'y a pas si longtemps via L-C, je serais déçu si vous arrêtiez maintenant :)

Écrit par : Bob | 14/12/2008

Merci pour vos commentaires si positifs et sympathiques !

Écrit par : pikipoki | 15/12/2008

"Qu'est-ce que je parviens à présenter honnêtement, sans biais, et qu'est-ce qui risque de n'être en fait que la justification plus ou moins savante de mes préjugés ?"

Présenter sans le biais de la subjectivité me parait impossible, c'est inhérent à la nature humaine, et de ce fait pas forcément malhonnête (il suffit d'en être conscient) et encore moins une "justification de préjugés". Les idées peuvent aussi être le fruit d'une expérience.

Moi aussi écrire me prend du temps car j'essaie de vérifier les faits. Ceci pour dire qu'il faut dans tout écrit faire la part des faits vérifiables et la part des opinions. Un même fait ne sera pas présenté de la même façon dans Libération ou Le Figaro, et c'est normal. Bref il ne faut pas avoir peur de ses opinions :-)

Écrit par : polluxe | 19/12/2008

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