15/09/2011

La crise est-elle souhaitable ?

, systémique, homéostasieDepuis cet été, les bourses mondiales traversent des orages dont on se demande encore quand ils vont s'arrêter. Pris dans la tourmente de la crise de la dette en Europe et outre-atlantique, la crainte de la récession et les rumeurs délirantes, le système semble bien fragile. Il se maintient pourtant encore et à mes yeux, même si je suis un pur novice en matière économique, il va perdurer. Mais je me suis demandé si cela était forcément souhaitable. En partant d'une idée inspirée par la systémie.

 

La systémie porte son regard sur l'homéostasie du système qu'elle analyse. Rappelons rapidement ce qu'est l'homéostasie. C'est l'ensemble des mécanismes du système, par exemple notre organisme, qui maintiennent le statu quo. Notre organisme par exemple, cherche en permanence à maintenir son équilibre, en se sustentant, en buvant, etc. C'est parce que l'être est programmé, comme tout être vivant, pour conserver son homéostasie, que Laborit disait qu'il n'a pas d'autre raison d'être que d'être.

 

Que fait l'analyste systémique lorsqu'il observe un système malade ? Il cherche quels sont les mécanismes d'homéostasie que le système met en oeuvre pour conserver son statu quo. Dans un système humain, une famille par exemple, c'est en comprenant ces mécanismes qui maintiennent le statu quo qu'on comprend ce qui empêche la famille et chacun de ses membres d'aller mieux.

 

Le jeu de la systémie va être alors de mettre à mal ces mécanismes pour petit à petit détruire l'homéostasie du système et le faire entrer en crise. La crise signifiant très exactement la disparition de l'homéostasie du système. C'est à ce prix que celui-ci pourra retrouver un autre mode de fonctionnement, une nouvelle homéostasie, et qu'il sera débarassé de ce qui le rendait malade. L'analyste systémique pose donc cette hypothèse de départ dans son travail : sans crise, il n'y a pas de réel changement.

 

Un mot rapide sur la notion de changement envisagée d'un point de vue systémique. Deux types de changement peuvent être observés. Le changement de type 1, qui s'apparente plutôt à une simple évolution. C'est par exemple la prescription d'un médicament psychotrope pour le dépressif (on soigne le symptôme mais on ne s'attaque pas à la cause). Le changement de type 1 ne remet pas en cause l'homéostasie. Il ne fait que proposer au système une façon de supporter son malaise. Le changement de type 2 est lui le véritable changement. C'est une remise en cause de l'homéostasie, qui impose au système de défaire ses mécanismes habituels pour en trouver de nouveaux.

 

L'analyste systémique va préférer susciter des changements de niveau 2. Il utilise la crise comme un instrument indispensable pour que le système trouve par lui-même de nouveaux modes de fonctionnement (précisons que ce sont toujours les patients qui sont mis en responsabilité de trouver leur remède). Sans crise, pas de changement de niveau 2.

 

Vous voyez donc où je veux en venir. Durant l'été, on s'est ébahis du comportement de certains riches, Warren Buffet en tête, qui préconisaient d'être plus fortement taxés. Quelle sens des responsabilités ! Quelle vision juste de l'équilibre du monde ! Un article dans la masse a attiré mon attention. Il disait en substance que ces personnes sont surtout très intelligentes, et ont compris qu'elles avaient tout intérêt à ce que le système ne tombe pas en crise. La crise signifierait une remise en cause des mécanismes qui les ont portés là où ils sont. Proposer les mesures qui permettent de maintenir le statu quo est donc très bien vu de leur part (ici, nulle critique ni moquerie de ma part).

 

Mais donc la question reste à mon sens entière. La crise est-elle souhaitable ? Nombre de personnes critiquent le système économique actuel. Et je lui trouve également bien des défauts. Il ne me semble pas fou de penser que sans remise en cause profonde, aucune amélioration réelle ne viendra. Par ailleurs, il peut paraître particulièrement irresponsable de tirer vers la crise dans un système aussi globalisé que le nôtre. A ma place je n'ai pas le sentiment d'être le plus en risque (peut-être ai-je tort ...), mais qu'en est-il de ceux qui crèvent déjà de faim ? Bref je n'ai pas de réponse, juste une interrogation persistante.