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21/01/2007

Cohérence cardiaque et marchands de tapis

medium_electrocardiogramme.gifJ'ai reçu il y a dix jours un mail que j'ai trouvé un peu bizarre, de la part d'une société, qui si je ne me trompe pas s'appelle Hearthmath. Au titre je compris que c'était probablement mon blog qui me vallait de le recevoir: "Gérer le stress et l'anxiété avec la cohérence cardiaque" disait-il. Tiens on va me parler de rythme respiratoire me songeai-je alors. Mais voilà, dès les premières lignes, le doute m'assaille, et je soupçonne la démarche pseudo-savante qui cache une certaine ignorance du sujet, et une vraie envie de vendre un produit.
 
Car le message commence en assénant quelques grandes idées, qui sonnent comme des enseignements définitifs, sru lesquels, hum, je ne suis pas franchement très d'accord. Jugez plutôt:
 
"Le stress c'est motivant", "il faut de la pression pour réussir au travail" Faux répond Hearthmath !
"Il y a du bon et du mauvais stress" Faux entonnent-ils encore ! "C'est comme si on disait qu'il y avait du bon et du mauvais poison"
 
Pardon? serais-je tenté de répondre. Y a-t-il quelqu'un qui lit ces lignes et qui songe sérieusement que la pression n'est pas parfois nécessaire pour travailler? Non parce que la seule solution que je trouve pour produire un bon boulot sans ressentir de pression, c'est de le faire par passion (et encore, même dans ce cas il faudrait qu'on définisse de façon assez subjective ce qu'on entend par "pression"). Et comme c'est plutôt rare, je suppose que c'est souvent sous le coup d'une certaine pression que l'on parvient à mobiliser nos forces pour bien travailler.
 
Personnellement par exemple, si je n'ai aucune pression et que le travail qu'on me demande ne soulève pas un grand intérêt chez moi, vous pouvez toujours courir pour que je m'y mette. D'ailleurs j'y pense, un prof de math d'un ami à moi avait dit à sa classe lors de son premier cours que des études montraient de façon convaincante que sous le coup d'une pression extrême, on constatais souvent que les personnes produisaient le meilleur résultat. Et le professeur d'enchaîner, non sans humour noir, qu'il rêvait de pouvoir mettre ses élèves sur une chaise électrique pour qu'ils aient 20 à chacun de leurs examens.
 
Sur la deuxième phrase "analysée" par Hearttruc, soyons direct: ils se plantent complètement. Si il peut y avoir un bon stress. En revanche, ce qui existe ce sont de mauvaise manières de le gérer. Mais ce n'est déjà plus la même chose.
 
Passons à la suite de leur message. En fait il s'agit, nous disent-ils, de gérer son stress en apprenant à gérer son rythme cardiaque. Ce sont les émotions qui sont la sources de notre stress disent-ils (à raison), et celles-ci agissent sur notre physiologie, et notamment sur notre coeur. En apprenant à réguler celui-ci, nous trouveront donc un outil efficace pour mieux gérer notre stress.
 
Et hop, coup de chance, Hearthmath a mis au point le système Freeze Framer, un système interactif de mise au point de sa cohérence cardiaque, et pour une somme qui ferait s'évanouir la reine d'Angleterre, vous pourrez, ma chère Maryse, en devenir l'heureuse propriétaire, et vous promenez dans la rue avec votre petit écran pultionomètre et respiratoiroscope! Heureuse friponne.
 
Donc c'est juste un gadget qui mesure les pulsations cardiaques. Le tout enrobé sous 50 lignes d'explications qui mélangent les mots clés comme on enfile des perles, histoire de donner de la crédibilité auprès de ceux qui ne connaissent pas forcément bien le sujet.
 
Que ce soit dit ici une bonne fois pour toute: ceux qui pensent possible de diminuer leur stress à l'aide de gadgets de ce type, ou simplement en faisant une ou deux séance de relaxation se fourrent le doigt dans l'oeil jusqu'au coude. Ou s'ils pensent allez vraiment mieux après si peu, c'est qu'il n'y avait rien à traiter avant. La gestion du stress commence D'ABORD PAR UN TRAVAIL SUR SOI. Rien de durable ne peut être construit dans ce domaine sans ce travail personnel.
 
Mon conseil du week-end: si vous recevez des prospectus de ce genre, utilisez-les pour vos pliages; s'ils s'agit de mails, ignorez-les. Mais ne perdez pas votre argent dans ces babioles vendus par des gens plus attirés par des gains faciles que par votre bien-être.

18/01/2007

Libre arbitre: une définition

Suite à la demande, fort justifiée de Matthieu, je livre enfin ma définition du libre arbitre.

 

C'est la faculté d'exercer une volonté libre, c'est-à-dire dégagée de tout déterminisme (sociaux, génétiques,etc.).

 

 

 

P.S: post le plus court de la vie de ce blog. Low bloging encore cette semaine, j'en suis navré. D'autant que si je bloguais ma vie professionnelle, on rigolerait bien ensemble.

 

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15/01/2007

Court retour sur le pardon

Je voudrais revenir sur la question du pardon que j’avais déjà abordée il y a fort longtemps, et sur laquelle la lecture de Spinoza, encore elle, enfin lui, m’a apporté un nouvel éclairage.

 

Spinoza, dans les parties 3 et 4, de l’Ethique, procède à une démonstration de la nature des sentiments et de la façon dont ils nous affectent. Il distingue trois sentiments principaux, dont les autres ne sont en réalité que des combinaisons plus ou moins complexes : la joie, la tristesse, et le désir. De ces trois sentiments, nous dit-il, découlent l’intégralité de nos comportements et de nos actions.

 

Ainsi, m’appropriant la méthode de Spinoza (sans évidemment prétendre avoir le moindre espoir d’atteindre son niveau de compréhension et de démonstration), je pourrais dire que la fierté est la joie associée à la perception d’une cause intérieure, la compassion la tristesse ressentie avec et pour autrui, avec l’idée d’une cause extérieure, etc.

 

Concernant le pardon, me mettant dans la peau de celui qui pardonne, et donc qui a souffert, je dirais que celui-ci est l’acte par lequel il efface une tristesse qui fut liée à l’action d’un autre, celui qu’il pardonne, et donc d’une cause extérieure.

 

Cette observation, que le pardon est l’effacement de la tristesse vécue, est à mon avis très importante. Car elle permet d’envisager avec précision ce qui permet au pardon d’être bien réel et de n’en point rester à de simples mots vides de sens. Tant que la personne qui pardonne ne parvient pas à dépasser la douleur que l’autre à pu lui causer, je ne donne pas cher de la solidité du lien qu’il propose à ce dernier de reconstituer.

 

J’y suis attentif, car je me suis récemment demandé si j’avais moi-même pardonné à une personne qui m’avait causé du tort il y a déjà quelques années. Pendant longtemps, je lui en ai voulu, mais sans vraiment lui faire part de mon ressentiment. Elle m’avait demandé son pardon, tout juste après avoir commis sa bévue, et je le lui avais accordé en retour, peu enclin à devoir gérer un conflit.

 

Mais j’ai compris rapidement que ce pardon que j’avais donné immédiatement avait bien peu de contenu. Et sentant, plusieurs années encore après les faits, une certaine tristesse en moi en songeant aux événements en cause, j’ai compris que d’une certaine façon, je ne lui avais toujours pas tout à fait pardonné ce qu’elle avait fait. Je crois que tant que j’en ressentirai de la tristesse, même si celle-ci est très atténuée désormais, cela signifiera que mon pardon n’est pas complet.

 

Et pourtant, je ne pense pas qu’il soit bon d’évoluer, après des événements désagréables causés par d’autres, en attendant que la tristesse que ceux-ci nous ont causée ait tout à fait disparue. Je crois bon de savoir forcer ses sentiments dans ce type de cas, et de parvenir, de façon raisonnée, à ne pas écouter cette tristesse afin de limiter ses conséquences sur nous-mêmes. Pardonner devient ainsi l’action raisonné de celui qui préfère faire prévaloir les liens qui l’unit à celui qui  lui a causé du tort, plutôt que ce qui l’en sépare, et qui veut privilégier le bienfait que lui apporte le pardon donné, plutôt que la tristesse ruminée.

 

Mais, me situant désormais dans la peau de celui qui a quelque chose à se faire pardonner, je comprends qu’en ce qui le concerne, si sa démarche lorsqu’il demande pardon recouvre la moindre sincérité, il est nécessaire qu’il cherche à créer les conditions qui permettent à celui dont il doit se faire pardonner d’effacer sa tristesse. Son objectif ne doit pas être en quelque sort de se faire pardonner, mais de faire en sorte que celui à qui il a causé du tort n’en ressente plus de tristesse.

 

Las, trop souvent voit-on les gens qui demandent pardon, ne réclamer là qu’un laissez-passer pour la tranquillité de leur conscience, sans qu’ils attachent une véritable attention au sort de leur vis-à-vis. Dans leur pardon, c’est encore eux-mêmes qu’ils regardent, et le visage de l’autre leur reste inconnu. C’est désormais très évident pour moi lorsque je remarque que malgré leur demande d’être pardonnés, ils n’entreprennent souvent rien qui puisse aider à atténuer la tristesse de celui auquel ils ont causé du tort.

La raison d'être chez Spinoza

Trouvé à nouveau dans l’Ethique de Spinoza, un petit passage de la partie 4 qui m’a encore beaucoup intéressé, et qui se rapproche à nouveau d’une des idées clé de Laborit :

 

Scolie de la proposition XVIII

 

"La raison ne demande rien contre la nature ; elle demande donc que chacun s’aime soi-même, qu’il cherche l’utile qui est sien, c’est-à-dire ce qui lui est réellement utile, et qu’il désire tout ce qui conduit réellement l’homme à une plus grande perfection ; et, absolument parlant, que chacun s’efforce, selon sa puissance d’être, de conserver son être."

 

Evidemment, je rapproche cette idée de Spinoza, de l’idée centrale de la théorie de Laborit qu’il résume ainsi :

"L’être n’a pas d’autre raison d’être, que d’être."

 

Je n’ignore pas toutefois qu’il y a quelque facilité dans le rapprochement que je fais entre ces deux auteurs. D’autant que Spinoza semble ici partir d’une vision individualiste que Laborit aurait probablement réprouvée. Mais là aussi je vais en fait trop vite et il faut vraiment lire toute l’Ethique pour bien comprendre le positionnement de Spinoza sur ces questions.

 

Si je fais tout de même ce parallèle, ce n’est en fait pas pour laisser croire à une quelconque parenté entre Spinoza et Laborit. Un récent commentaire de Vérel m’a fait comprendre que la présentation que je faisais de ces similarités pouvait porter à confusion. En fait ce qui m’intéresse, c’est de voir que, partant de disciplines fort différentes, il est possible de parvenir à des observations très proches. Ce qui, à mon sens, donne un sens très riche à ces observations.