18/12/2009

Proposition pour Manuel

Dans un billet qui reste récent à l'échelle de mes propres mises à jour, Samantdi a évoqué la remarque faite par un de ses élèves lors d'un cours de conjugaisons au passé simple. Celui-ci, arrêté sur "Nous nous tûmes", fit remarquer à Samantdi, qui est, on l'aura compris, son professeur, qu'un de ses camarades, Manuel, lui "ne pense qu'à ça, se tuer." Et Manuel de confirmer, et d'ajouter que "la vie ne sert à rien". Cette idée évoquée par des enfants fait toujours un peu frémir. Parce qu'il nous semble bien dur qu'elle leur vienne à leur âge, mais aussi parce qu'on ne sait pas bien quelle réponse y apporter. Ce billet constitue une proposition, que je formule en vous invitant à toutes les précautions de lecture, d'interprétations et d'applications.


D'abord il faudrait savoir à quel point Manuel pense ce qu'il dit. Difficile de le percevoir dans un texte, peut-être Samantdi a-t-elle pu s'en apercevoir de façon plus précise en cours.


Ensuite, et c'est le point central de mon billet, il m'apparaît que c'est un travail sur ses croyances qui doit être entrepris. En effet il semble avoir construit une croyance qui fait souche aux autres : "la vie ne sert à rien". Aujourd'hui, il est possible que cela soit déjà une croyance forte chez lui, qu'elle lui vienne déjà du ventre et pas de la tête. Il est possible aussi qu'elle ne soit encore que des mots, par exemple répétés de ce qu'il entend chez lui (s'il a un parent qui répète cette phrase comme un leitmotiv sans faire attention à l'influence que cela exerce sur ses enfants). Dans ce deuxième cas, le risque est bien sûr que cela se transforme en croyance forte.

 

Deux niveaux d'inquiétude doivent être pris en compte. D'abord le risque qu'il veuille effectivement un jour se tuer. A lire Samantdi il semble que cette hypothèse semble encore loin. Du moins on l'espère. Deuxième niveau : cette croyance négative sur ce que l'on peut attendre de la vie va affecter sa manière de grandir, de voir les choses, les opportunités qu'il saura saisir, etc. Bref lui pourrir l'existence (avec l'influence que cela aura aussi sur son entourage - on peut créer ainsi des schémas familiaux où chaque génération transmet son "sort" aux autres).

 

Comment agir sur une croyance ? Difficile. D'abord il faut trouver d'où elle vient. Qu'est-ce qui la construit et qui l'alimente ? Pour les enfants, c'est souvent les parents vers lesquels on peut se tourner. Un défaitisme de vie de leur part peut amener leurs enfants à avoir ce type de pensée. Mais ça peut être autre chose. Une fois la cause trouvée, il faut en discuter avec lui, la détricoter. Comme si on mettait à plat sur une table tous les éléments qui la constituent, en terme de personnes, de contenu, de temps, de lieu, etc., bref toutes les caractéristiques qui forment cette croyance, mais isolées les unes des autres. On peut même faire un exercice ludique là-dessus, en fonctionnant avec des légos.

 

Cette idée me vient quelques temps après avoir assister à une démonstration d'une méthode innovante de réflexion pour les entreprises qui s'appelle Lego serious play(TM). Cette méthode se base sur une idée simple : modéliser avec ses mains permet de mieux réfléchir. Dans notre cas, il va permettre à l'enfant de matérialiser des idées et le sens qu'il peut leur rattacher. 

 

Première étape : il façonne avec les légos une forme qui représente sa croyance. A priori, même si je n'ai pas encore les idées claires sur ce point, je dirais qu'il vaut mieux le laisser agir librement et faire le montage qu'il veut.

 

Deuxième étape : une fois la forme réalisée, il l'explique. Il met des mots dessus, raconte une histoire en lien avec la forme. Cela lui permet mentalement de la désigner de façon concrète. En la modélisant avec les légos il peut l'identifier, et comprendre ainsi que lorsqu'il dit "la vie ne sert à rien" il s'agit d'une croyance. Il sort de l'indéfini dans lequel nous sommes tous avec la plupart de nos croyances, et surtout il visualise quelque chose qui me semble fondamental : sa croyance n'est pas lui, et même dans le cas présent, et c'est un pas qui me semble très intéressant, sa croyance est en dehors de lui, puisqu'elle est à ce moment là sur la table.

 

Troisième étape : il défait les légos, et les présente posés sur la table, chacun isolément. Ici vient le travail pour lui proposer des alternatives à sa croyance. Les légos peuvent ici avoir un grand avantage. Il suffit de lui demander de construire quelque chose de nouveau avec les mêmes légos. En effet, en lui demandant de réaliser une forme nouvelle en se servant des mêmes légos, on lui fait donner forme, littéralement, à l'idée qu'une autre croyance est possible. On ouvre la prison mentale dans laquelle sa croyance l'a fait entrer pour lui permettre de construire ... ce qu'il veut ! A partir de là il est peut-être possible que cet exercice participe d'une véritable prise de conscience chez lui et qu'il puisse ainsi travailler de façon efficace sur sa croyance limitante.

 

Bien sûr l'habileté de la personne qui mène ce type de démarche est très importante. La forme du discours tenu, la manière d'amener les différentes étapes, etc. Mais je suis convaincu que travailler sur ses croyances est quelque chose de fondamental. Cela nous permettrait à tous de mieux nous comprendre, et de mieux appréhender ce qui constitue les bases de nos comportements et de nos convictions. Et par ailleurs il m'a semblé que cette idée des légos était assez bonne, surtout pour un enfant qui est peut-être plus sensible à une approche ludique qu'à une discussion. Et je pense qu'elle marche aussi très bien pour les adultes, sinon la démarche Lego Serious Play(TM) n'aurait pas le même succès.

 

Je reviendrai très vite, avant la fin de l'année, sur les croyances. C'est un point que j'ai déjà soulevé dans mes derniers billets, je crois que des choses très intéressantes peuvent en sortir.

(et image à venir je l'espère, j'attends une autorisation d'utilisation)

20/11/2009

En viendrons-nous tous aux mains ?

Main d'Henry.jpgMercredi soir nous avons assisté à un bien triste match entre la France et l'Irlande. Triste par la faiblesse du jeu proposé, et aussi bien sûr par la façon dont son dénouement s'est dessiné.

 

Authueil aujourd'hui, et d'autres commentateurs avant lui, regrettent et fustigent même les regrets de certains supporters. A le lire, il faut savoir filer avec la caisse quand on n'a pas été pris. Ce comportement serait celui des gagneurs, des gens qui savent aller de l'avant. Tandis que les regrets et les scrupules seraient les caractéristiques des faibles. Il s'agit de "bouffer ou d'être bouffer".

 

Je ne partage pas sa vision des choses et veux espérer qu'il y a autre chose qui nous attend que cette désespérante bataille de loups qu'il nous promet (et dans laquelle nous serions déjà d'ailleurs). Sinon, alors très franchement, je ne vois aucun intérêt à vivre.

 

Il s'agit en fait ici de divergences de croyances. Des croyances de base qui fondent le comportement. Il se trouve que je trouve la sienne néfaste (aux autres comme à lui en passant), fondée sur une vision horrible des choses. Personnellement je suis souvent très pessimiste sur nos facultés à être autre chose que des machines à broyer les autres. J'en ai d'ailleurs largement fait écho ici en abordant notre propension si insatiable à chercher le pouvoir et la domination sur les autres. Mais pourtant je n'ai pas envie de croire qu'il est impossible que des gens puissent se comporter en fonction d'une morale qui leur est propre, et que des joueurs de foot pour revenir à l'exemple de la semaine, ne puissent pas respecter les règles et valeurs de leur sport et ne fassent que s'en remettre aux autorités autorisées pour décider du cours des choses. Ils ne sont pas des pantins, et comme tous les autres ils sont responsables de ce qu'ils font.

 

En psychologie et en développement personnel il y aurait pas mal de choses à dire sur ce point. Sur la responsabilité d'abord. Une personne qui s'appuie sur les autres pour rendre compte de ses actes n'agit pas de façon responsable. Qu'est-ce qu'elle perd ? L'estime de soi. En agissant par soi-même et en reconnaissant la responsabilité de ses actes on participe à la construction de l'estime de soi. Sur les valeurs ensuite. Agir de façon conforme à ses valeurs renforce également l'estime de soi. Tandis que les actes faits en dépits ou contre ses valeurs personnelles affaiblissent l'estime de soi. C'est cette prise de conscience qui m'a décidé à ne plus accepter sans broncher certaines décisions de mon ancien employeur. Et j'ai senti clairement le gain que j'en retirais.

 

Ceci dit, pour en revenir au foot, la prochaine fois que nous nous rendrons à Dublin pour jouer un match il ne faudra pas s'étonner si le fond de l'Eire effraie... (^^).

 

(Ok c'est en grande partie un copyright Gothlib - tu vois Samuel, j'aurais été gêné de tirer toute la couverture à moi)

10/11/2009

Euthanasie et dignité

Lit d'hôpital.jpgEn prévision des débats prévus le 19 novembre sur la proposition de loi N°1960 relative au droit de finir sa vie dans la dignité Koz a produit aujourd'hui un billet sur le sujet dans lequel il affirme à nouveau sa position contre l'euthanasie. Koz argumente notamment sur la question de la dignité, et martèle que tout homme est et reste toujours digne. C'est ce qui constitue selon lui l'égarement de la proposition de loi, celle-ci inscrivant en creux l'indignité humaine comme une possibilité qu'il conviendrait d'atténuer par la légalisation de l'euthanasie.

 

Cette question de l'euthanasie à travers le prisme de la dignité, je me la suis posée suite à la lecture du livre de deux psychiatres, François Lelord et Christophe André, intitulé La Force des émotions. Leur ouvrage n'a pas pour but d'analyser ce point de façon spécifique, mais ils s'y arrêtent au détour du chapitre qu'ils consacrent à la honte, d'une façon que je trouve intéressante car ils permettent de préciser la notion de dignité, et donc les présupposés sur lesquels la question de l'euthanasie peut être traitée.

 

Car c'est selon moi la première et la plus importante erreur que Koz commet dans son article : il ne définit pas ce qu'est selon lui la dignité. Elle naît dans son argumentation de façon désincarnée, comme créée de façon divine et détachée de toute réalité. Elle semble dans ses mots se rattacher aux humains de façon absolue, parce que c'est comme ça. A proprement parler je crois que l'on doit considérer qu'il s'agit là de sa part d'une pure idéologie. La dignité selon lui se présente comme un préalable qui existe quoi qu'il arrive, et qui semble ne pouvoir jamais s'éroder, comme un phare inébranlable face aux vents.

 

L'intérêt de l'approche de Lelord et André est qu'ils étudient les émotions en les replaçant dans le vivant. En indiquant leurs sources, les facteurs qui les favorisent, ceux qui les éteignent, les méthodes et les techniques pour les gérer, etc. Leur vrai sujet d'analyse dans le fond, ce ne sont pas les émotions, ce sont les hommes et les femmes qui les vivent. On m'objectera peut-être que la dignité n'est pas une émotion. C'est vrai. Mais le sentiment d'être digne, lui, est au coeur de notre vécu. Il fonde notre confiance en nous-même lorsqu'il est présent, et creuse le lit de la honte et du sentiment d'humiliation lorsqu'il s'efface. Et lorsque l'on se pose la question de l'euthanasie, c'est bien des hommes et de leur sentiment de dignité qu'il nous faut traiter, et non de la dignité envisagée toute seule. Parce que la dignité toute seule, ça n'existe pas.

 

Dans leur livre, Lelord et André abordent la question de la dignité et de la fin de vie en reprenant à leur compte une phrase extraite des archives médicales titrées Shame and humiliation in the medical encounter de A.Lazare, phrase qui vise à mon avis très juste. La voici :

 

"Quand les malades parlent de mourir avec dignité, ils expriment ce besoin d'autonomie et de contrôle que la maladie grave met en danger. D'où l'intérêt de préserver leur dignité en soulageant leur douleur, en leur laissant le plus d'autonomie possible, en leur évitant des situations humiliantes d'attente, de nudité ou de malpropreté, ou en évitant de désigner leurs symptômes ou handicaps par un vocabulaire dévalorisant."

 

Un terme m'apparaît comme central dans cette citation : l'autonomie. C'est la faculté de se sentir autonome qui fonde pour l'essentiel le sentiment de dignité d'un homme, qui qu'il soit, et où qu'il vive. La possibilité de rester maître de soi, de son corps et de son esprit avant tout. C'est à travers cette faculté que l'on se sent humain et digne. La retirer à quelqu'un n'est rien d'autre que de lui signifier sa mort sociale, je devrais même dire malgré la force du terme, sa mort au sein de l'humanité. C'est tuer en lui ce qui le fait être à ses yeux un participant de l'humanité.

 

C'est ce terme qui m'a fait profondément réagir lorsque j'ai lu ce livre. Parce que j'y ai vu toute l'injustice de la position anti-euthanasie se dessiner. Car quoi ? Nous passons notre temps à chercher les moyens de contrôler nos vies et ce qui les entoure. A vouloir asseoir notre emprise sur les événements, afin de nous en rendre mâîtres. L'homme n'accepte pas de vivre dans le doute et l'incertitude, et toujours essaie d'accroître ses connaissances et sa domination sur le monde. C'est par la recherche de domination, de pouvoir, que nous espérons apaiser nos craintes sur un avenir incertain. Depuis les temps des premiers chasseurs-cueilleurs ce mode de fonctionnement ne s'est jamais démenti.

 

Et cette autonomie que nous, gens encore valides, recherchons par tous les pores de notre anatomie,, parce que nous sommes biologiquement programmés pour cela, tout corps vivant cherchant toujours à déployer les meilleurs moyens de survie à sa portée, cette autonomie disais-je, nous la refuserions à ceux qui ont le malheur d'être mourrants ?

 

Deux choses me viennent à l'esprit en conclusion.

 

Tout d'abord que le langage n'a décidemment pas fini de nous tromper sur nous-mêmes. Sur un simple mot, interprété de façon désincarnée, nous pouvons parvenir à des raisonnements et des argumentations qui sont "beaux" au premier abord, mais qui, une fois décortiqués, montrent leurs errements. Il est souvent très difficile de manier de façon convenable les concepts abstraits sans s'y perdre soi-même entre lyrisme des paroles et réalité des choses, et je ne suis pas le dernier à m'y faire prendre.

 

Ensuite que ces errements du langage révèlent bien à mon sens que la vérité de nos orientations spirituelles et intellectuelles est souvent à  chercher ailleurs qu'au bout de notre langue. Comme je l'avais indiqué lors du dernier débat sur l'usage des préservatifs, sur des sujets de ce type il y a bien plus à voir que la seule défense du sujet précis qui est abordé. C'est un mode de vie que l'on cherche à défendre derrière, c'est nous dont il est question dans nos discours, pas des personnes dont on prétend parler (ici les personnes en fin de vie qui manifeste leur souhait de mourir, là les utilisateurs ou non du préservatifs), qui ne sont finalement que des alibis, des instruments. Koz, je crois, devrait s'interroger sur les véritables fondements qui font que cette question, parmi tant d'autres tout aussi crûment d'actualité, le fait réagir si fortement. Et moi aussi.

05/11/2009

Internaute, lance ta Lefebvrinade !

Frédéric Lefebvre.jpgJ'arrive tout juste de chez Jules dont le dernier article sur une récente sortie de l'inénarrable Frédéric Lefebvre m'a fait réagir. Jules rapporte des propos du porte-parole de l'UMP au sujet du débat sur l'identité nationale. Je les recopie à nouveau ici pour que mon article soit clair :

 

"La question de l’identité nationale, c’est en réalité la question de la langue française. C’est la question de notre culture, de notre identité culturelle. Le texte Hadopi, moi je considère qu’il faut aller plus loin sur certaines questions pour défendre l’exception culturelle française (…)."

 

L'argument est tellement ridicule que je le trouve drôle. Il donne le sentiment que le terme Hadopi lui est venu dans la bouche comme un réflexe myothatique tant il est incohérent avec le sujet abordé. Donnez un coup de pied dans la chaise de Lefebvre endormi et il criera "Hadopi ! "en se réveillant en sursaut. Du coup j'ai eu une idée, que j'ai indiqué en commentaire chez Jules mais que je reprends ici. Pourquoi ne pas créer des variations sur la phrase de Frédéric Lefebvre et proposer nous aussi des défenses absurdes du texte Hadopi ? Et dans la mesure justement où l'on part sur un humour absurde je pense qu'avec un peu de talent on doit pouvoir aller assez loin.

 

Pour ma part je me contente de deux propositions de départ sans doute pas super drôles, mais pour lancer le mouvement, dans l'éventualité où certains soient tentés (qui sait, après tout Lefebvre est coutumier des sorties hors-sujet, quelques-uns ont peut-être envie de le prendre au jeu).

 

Voici mes propositions :

“La présidence de l’EPAD, c’est en réalité la question de la place de la jeunesse dans notre société. Le texte Hadopi moi je considère qu’il faut aller plus loin sur certaines questions pour défendre les jeunes talents.”

“La question de la taxe professionnelle, c’est en réalité la question du rayonnement de la France dans le monde, de notre place dans le concert des nations. Le texte Hadopi moi je considère qu’il faut aller plus loin sur certaines questions pour défendre les artistes français.”

 

 A vous ?

27/10/2009

Petite flamme

bougie.jpg1..jpg

Les émotions empruntent toutes les chemins de la mémoire.

Et comme des ruisseaux qui coulent dans ses lits,

Se bâtissent avec elle, sur la proximité.

 

Certaines, pourtant, s'affranchissent de ces règles,

Survivent au lointain, commes des empreintes ineffaçables.

Et persistent, coûte que coûte.

Choisit-on les trottoirs de Manille, de Paris ou d'Alger...

Métro Nation.jpg... pour apprendre à marcher ?

Eric Besson, dans le grand débat qu'il souhaite ouvrir sur la définition de l'identité nationale, nous pose deux questions : "Qu'est-ce qu'être français ?"et "Quel est l'apport de l'immigration à l'identité nationale ?". Derrière ce débat, sa véritable intention, qu'il ne cache d'ailleurs pas vraiment, est de réaffirmer un message nationaliste. Ceci étant notamment matérialisé par l'idée de chanter la marseillaise dans les écoles et de promouvoir la fierté d'être français.

 

Sa démarche, aux relents forts nauséabonds, est bien sûr une caricature d'opportunisme. Elle semble en effet viser à la fois à détourner partiellement les regards des récentes polémiques qui ont affaiblit la majorité, et à préparer les prochaines élections régionales.  Tout ceci sur un terrain qu'il a savamment miné en déterminant dès le départ l'orientation des conclusions auxquelles il espère qu'on arrive. Mais au-delà de cette manoeuvre, le débat posé a-t-il une chance de faire émerger une idée intéressante ?

 

Personnellement j'en doute. Je ne vois pas bien comment on pourrait aboutir à autre chose qu'à des affrontements binaires et stériles. Ceci d'autant qu'il me semble qu'il y a un piège dans la question posée autour de l'idée de nation et de projet auquel les uns et les autres nous adhèrerions ou pas. Car je ne crois pas que qui que ce soit adhère véritablement à un quelconque projet de nation dans notre pays. Pas plus d'ailleurs que ne le font les peuples des autres pays de la planète.

 

D'abord parce qu'il me semble qu'il y a bien peu de pays qui ont un projet de ce type. La plupart du temps, on a plutôt l'impression que la politique des uns et des autres est faite d'un mélange plus ou moins maîtrisé de mesures pour la croissance économique, de quelques dispositions sociales (souvent guidées par des considérations économiques) et de postures pseudo-morales qui soit ne coûtent rien et donc n'engagent à rien soit sont en réalité elles aussi guidées par des visées économiques(c'est le cas par exemple de plusieurs positions des pays développés autour des guerres menées dans les pays pauvres). Mais bien malin à mon avis qui pourrait déceler dans tout cela un projet de société ou de nation. En tout cas pour ce qui concerne notre pays j'en suis moi bien incapable.

 

Mais surtout, quand bien même un pays se doterait d'un projet de ce type, je doute très fortement de la possibilité que ses habitants soient nombreux à se l'approprier et à choisir de vivre dans ce pays en raison de ce projet. Un projet de nation, pour la très grande majorité des gens, cela n'a pas beaucoup de sens. Ce qui a du sens c'est ce qui est palpable au quotidien, qui touche la vie de tous les jours. Il n'y a que face à un défi global, comme une guerre par exemple, qu'un projet de société (qui se borne en fait à chercher la survie dans l'exemple que j'ai donné) peut exister. On peut le regretter mais c'est ainsi.

 

Mais il y a plus encore. La chanson évoquée en titre, d'une sagesse élémentaire, répond en filigrane qu'on ne choisit pas le pays où l'on naît. Elémentaire, car l'on voit mal comment il pourrait en être autrement n'est-ce pas ? On peut peut-être plus raisonnablement se poser la question de savoir si l'on choisit d'y vivre. Et la réponse me semble invariablement la même. Pour la très grande majorité d'entre nous, on ne choisit pas véritablement. On se contente de vivre là où l'on est né. On grandit en s'arrangeant avec ce que nous offre notre pays, sauf à ce que les conditions soient exceptionnellement mauvaises. Mais même dans les pays très pauvres, je ne crois pas que la part des gens qui cherchent à partir soit supérieure à celle des gens qui restent.

 

Si donc un projet de société existe dans tel ou tel pays, on n'y adhère pas réellement. Il se trouve juste qu'il existe et qu'on habite dans ce pays. Point. On peut ensuite l'avoir compris et trouver qu'il recouvre des points positifs. Mais guère plus. Qui dans sa vie a déjà songé à mener une enquête aboutie pour découvrir le pays dont le projet de société serait le meilleur à ses yeux et d'aller y vivre ? On s'arrange avec ce que l'on a sous la main, et si l'on ne va pas vivre ailleurs c'est simplement parce que cet ailleurs nous est inconnu (avec le sentiment de risque que cela implique).

 

Mais aucun choix de vivre dans tel ou tel pays n'est jamais fait par qui que ce soit en totale connaissance de cause. L'adhésion dont on parle ici ne peut donc être qu'à minima. Elle ne peut exister en fait que dans un seul cas, lorsque pour se rassurer on fabrique son adhésion au projet de son pays. Et encore il ne s'agit là que d'un cas d'école. Les seules adhésions fortes à un projet de société qui se soient vues n'ont à mon avis eu lieu que dans les pays fascistes, où le nationalisme servait de projet. Sa simplicité et son objectif de domination sur les autres expliquant son succès. Mais même dans ces cas il ne s'agit pas d'une adhésion positive, mais plutôt d'une adhésion par rejet du reste, une adhésion fondée sur la peur.

 

Chercher à débattre autour de la question de projet de nation peut paraître au premier abord une chose légitime. Pour la seule raison que le mot nation existe, et qu'il apparaît donc normal de chercher à le définir. Mais je me demande si ce n'est pas finalement un angle de réflexion qui n'apporte rien. La première préoccupation politique est de savoir comment créer les conditions du bonheur pour un peuple. Peu importe que cela vienne d'un projet national ou d'autre chose. Ce n'est là qu'un éventuel qualificatif de plus qu'on pourra adosser à la démarche entreprise, mais qui n'a dans le fond rien d'important. La seule chose qui compte c'est qu'on parvienne à cet objectif. Le reste ne répondrait en réalité qu'à un objectif d'affichage devant les autres pays (et donc forcément sur un mode "notre pays est plus beau que le vôtre"). Je n'y vois donc qu'une impasse générée en réalité par un piège de langage.

21/10/2009

Gamme

Partition.jpg

Dans la pelote des sons

La chanson, parfois, s'égare :

il n'y a pas de haine heureuse.

07/10/2009

Deux pensées sur un voyage

IMG_1868.JPG Nous vivons tous sur du sable.

C'est une idée qui m'est venue quand j'étais à San Pedro de Atacama, au nord du Chili, à quelques jours de la fin de mon récent voyage en Amérique du sud. Bien sûr, la situation de ce village perdu au milieu d'un des déserts les plus arides du monde ne saurait être comparée à celle d'une ville quelconque d'un pays en climat tempéré.

 

Mais je me suis souvenu de mes cours de Sciences Naturelles au lycée, lorsque l'on apprenait qu'une très grande partie du sol de la région parisienne était constitué de sable de Fontainebleau. Et quelques jours après mon retour, j'ai eu l'occasion à l'heure du déjeuner de me promener au parc Monceau. Le sol n'y est que sable. Partout. Cela m'a fait sourire. Mon idée en réalité lorsque j'ai pensé "nous vivons tous sur du sable" c'était ceci : les pays développés sont ceux qui sont parvenus à couvrir le sable. Par du bitume souvent, des bâtiments, des routes.

 

Mais à la base, nous marchons sur le même sol, un peu fragile et mouvant. Nous vivons tous sur du sable.

 

Pour voyager seul, il ne faut pas être courageux, il faut être flexible.

Quand je parle de voyages solitaires, il arrive que certaines personnes me disent qu'il faut être courageux pour faire cela. Je trouve que c'est assez mal vu. J'ai ressenti cette erreur en constatant d'abord que les voyageurs solitaires sont plus nombreux qu'on ne l'imagine, et surtout, en constatant que c'était tout à fait facile à réaliser. Même dans des pays dont on ne parle pas la langue. A aucun moment je ne me suis senti courageux, tout simplement parce qu'à aucun moment je n'ai eu peur. Ce ne sont que d'autres pays, rien d'autres, habités par des hommes, et qui nous ressemblent décidemment terriblement dans leurs comportements de fond (malgré leurs spécificités culturelles).

 

En revanche, ce qu'il faut pour faire ce genre de voyage, c'est être flexible. Il faut pouvoir s'extraire de son mode de vie urbain habituel, et se fondre dans un nouveau, en acceptant la perte de confort qu'il implique un peu. Il faut pouvoir lâcher sa vie sédentaire et redevenir nomade, il faut savoir se séparer de ses habitudes, les mettre de côté, pour vivre quelque chose d'autre. Pour ma part j'aime énormément cette idée, car elle me donne le sentiment d'être libre. Si je sais oublier mes habitudes et m'en défaire, alors ça signifie que je peux modifier mon comportement, l'adapter à des contextes différents, et cela me permet de profiter de types de situations variés. C'est une flexibilité de l'esprit, qui je crois s'étend à d'autres choses que simplement les voyages (qui n'en sont en fait qu'une des manifestations). Et j'y attache une valeur immense.

 

Les personnes qui pensent qu'il faut être courageux pour faire des voyages de ce type le pensent parce que l'idée leur fait peur. Et elle leur fait peur parce qu'ils ne se sentent pas capables de s'adapter convenablement à ces situations si différentes. Parce qu'ils manquent à mon avis de flexibilité.

 

Photo : Arbol de piedra, sud de la Bolivie

05/06/2009

Pourquoi les français n'aiment pas Nadal

Nadal boude.jpgVoici une proposition de réponse à la question que je posais il y a deux jours : pourquoi les français n'aiment-ils pas Nadal ? Mon idée part d'un concept personnel que j'avais imaginé il y a plusieurs années déjà, dans lequel je cherchais à expliquer le comportement commun face à des individus d'exception. J'avais pompeusement appelé ça le syndrome du surfeur d'argent, parce que cette première illumination m'était venue en lisant cette l'histoire du surfeur d'argent de Stan Lee, illustré par le crayon de Moebius.

 

Je propose cet argument parce que les explications du type : "son jeu n'est pas beau", "il crie trop, on n'aime pas ses Vamos !", "il a un jeu sans finesse" etc. me semblent souvent trop subjectives. Après tout les fans de Nadal disent tout l'inverse et imputent au contraire ces défauts aux adversaires de leur protégé. En se référant à ce type d'argument donc, on finit par ne rien dire de plus que : "je l'aime pas parce que je l'aime pas" (même si je grossis le trait). Pourquoi donc les français n'aiment-ils pas Nadal ? Pourquoi ce désamour semble-t-il si répandu chez nous ?

 

Car on le voit un peu partout, dans la presse où les articles s'empressent de glorifier Federer, son grand rival, au moindre signe positif,  mais aussi dans les clubs où après la victoire de Nadal en Australie les gens craignaient qu'il ne réaliser un grand chelem. Aujourd'hui on pourrait être tenté de répondre que c'est parce que la domination de Nadal enlève le suspens qui rend le sport si attrayant et qu'il le rend donc le rend ennuyeux. Mais avant ses succès en 2008, c'était Federer qui dominait outrageusement le circuit masculin, et Nadal souffrait déjà d'opinions largement négatives sous nos latitudes.

 

Le souci de Nadal vis-à-vis du public français, c'est qu'il déstabilise le joueur qui était devenu notre idole avant que Nadal ne devienne la terreur qu'il est aujourd'hui. Il effrite une icône, et l'empêche de devenir une légende vivante aux yeux des supporters. C'est une forme de crime de lèse majesté qu'il commet. Pour en revenir aux termes de mon concept, il s'attaque à un surfeur d'argent. Il est Galactus qui s'attaque au héros. Federer c'est le bien, Nadal c'est le mal.

 

En prenant un peu de recul bien sûr, ces réactions sont tout à fait ridicules. Le sport n'est tout de même pas très important, et que ce soit untel ou untel qui gagne ne change fondamentalement rien à nos vies. Mais la logique du surfeur d'argent est une logique de fan. Les supporters transfèrent sur eux tous leurs espoirs personnels, leurs valeurs aussi. Si leur héros gagne, c'est aussi un peu eux qui gagnent. En psychologie on parle de chevalier blanc pour désigner l'image de héros que nous avons parfois de nous-même, ou que nous souhaiterions véhiculer aux autres. Les surfeurs d'argent jouent un rôle important sur ce point. Ils jouent le rôle de chevaliers blancs pour nous. Ils nous évitent d'avoir à produire les efforts nécessaires pour devenir nous-mêmes de véritables chevaliers blancs mais leurs victoires n'en deviennent pas moins symboliquement les nôtres. C'est pour cette raison que leurs affrontements donnent parfois lieu à de telles manifestations de frénésie.

 

Nadal est arrivé trop tard pour les français. Le surfeur d'argent existait déjà en la personne de Federer et la place ne pouvait donc plus être prise. Il est devenu dans son pays un héros pour bien des gens. Un héros largement adulé d'ailleurs. C'est la force de l'admiration portée pour ces deux joueurs qui expliquent les échanges si emballés de leurs supporters (on en voit de beaux exemples sur les forums de yahoo sport). La solution bien sûr est tout simplement de ne pas s'identifier aux sportifs. Le défaut étant alors que le sport perde de son attrait..

 

 

03/06/2009

Pourquoi les français n'aiment pas Nadal ?

Un salut rapide pour vous dire que je pense écrire quelque chose sur le sujet présenté en titre. Sur les forums de tennis on lit les supporters s'écharper autour de leurs champions, et parmi ceux-ci, principalement Roger Federer, qui est adulé, et Rafael Nadal, qui est détesté. Pour coller un peu à l'actualité sportive j'ai pensé qu'il pouvait être intéressant de comprendre pourquoi la plupart des français, bien orientés en cela par l'essentiel de la presse, n'aiment pas Nadal.

 

On peut trouver des explications terre à terre à cela, la beauté du jeu, le tempérament sur le court, etc. Mais en y songeant ce matin j'ai eu une autre idée qui m'a amusé et qui me semble vraiment intéressante. Je n'ai pas le temps de la développer pour l'instant donc ce sera pour un peu plus tard. Je laisse ce mot pour que ceux qui le souhaitent (s'ils s'en trouve encore pour rôder dans ces parages) indiquent leurs opinions. Pour les plus anciens lecteurs de mon blog, mon idée personnelle part de ce que j'avais appelé il y a longtemps le syndrôme du surfeur d'argent. Mais qu'est-ce qu'il veut dire ? Huhu.