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09/04/2008

Enfin

Il tendit le bras, la paume vers le haut,

                                                lent,

 

Rien ne vint avant le crépuscule.

Doux, attendri,

 

Il lécha sa joue,

Puis sa main remonta jusqu'au cou dégagé,

            s'y attarda,

 

            Ils fermèrent alors les yeux,

 

Et s'enlacèrent

    en songeant chacun qu'ils tenaient dans leurs bras

La tendresse nouvelle

            qui n'était encore jamais venue au monde.

22/03/2008

Quelques retours sur l'euthanasie

Le cas personnel de Chantal Sébire, cette femme atteinte d’une maladie orpheline lui déformant le visage et engendrant des douleurs insupportables, a réveillé le débat sur l’euthanasie.

 

J’ai publié ici quelque chose sur ce sujet, il y a déjà pas mal de temps. Je reviendrai sur un point de ce que j’avais écrit alors, mais d’abord je voudrais reprendre deux arguments avancés par les personnes qui sont contre l’euthanasie. Celui qui demande pourquoi une personne dans la situation de Chantal Sébire ne choisit pas simplement de se suicider au lieu de demander d’avoir recours à l’euthanasie, puisque elle était encore suffisamment en possession de ses moyens pour le faire, et celui, corollaire, qui s’étonne que Chantal Sébire ait voulu faire appel à la législation et donc à l’état pour régler son cas personnel au lieu de le traiter elle-même.

 

Entamons avec le premier point sur l’opportunité du suicide. J’ai lu ici et là certains commentateurs dirent leur étonnement que les personnes atteintes de maladies incurables aux symptômes aussi douloureux ne choisissent pas elles-mêmes de se donner la mort. J’ai relevé un commentaire notamment qui disait que le suicide était une liberté, liberté qu’il suffisait ici d’exercer pour faire cesser la souffrance.

 

Voilà un très bon exemple à mon avis de toutes ces opinions bien formulées, claires, logiques, cohérentes, mais totalement à côté de la plaque. Le langage produit cela, trop souvent, et l’on ne s’en rend que très peu compte, car on s’imagine que maîtriser le langage c’est penser. C’est pourtant bien insuffisant. Dire que le suicide est une liberté est une sottise absolue. C’est utiliser un terme de valeur général (la liberté, l’égalité, la morale, etc.) là où la question qu’il pose n’a pas sa place. La question du suicide n’a vraiment rien à voir avec l’exercice d’une liberté. Une personne suicidaire ne l’est pas dans la perspective d’exercer une liberté. Dire cela est parfaitement hors sujet. On se suicide parce que l’on va mal, pas parce qu’on est libre de le faire.

 

Pourquoi donc, ne pas recourir au suicide dans le cas d’une personne comme Chantal Sébire et préférer faire appel à l’euthanasie ? J’y vois deux raisons. La première, très pragmatique, me paraît assez évidente. Tant même que la demande des anti euthanasie que ces gens là se suicident discrètement chez eux plutôt que de demander qu’on s’occupe de leur cas me semble tout à fait surprenante. C’est qu’il n’est pas évident de se suicider. Imaginez-vous vous-même, décidant de vous tuer. Evidemment vous allez écarter toutes les méthodes violentes, vous ne souhaitez quand même pas en rajouter au mal que vous vivez. Une méthode douce, cela sera probablement par la consommation de médicaments ? Lesquels ? On en prend combien ? J’entends d’ici les commentaires qui vont me dire : « ah mais il suffit d’un tube complet de somnifères ! ». Ben non, on peut être retrouvé avant de mourir, être soigné, bref, on peut se rater. Tout le monde imagine bien ce que cela signifie, pour quelqu’un qui souffre atrocement, d’envisager une action qui risque d’échouer ? Qui en rajoutera au stress déjà insupportable de la situation ? On a raté ? Il va alors falloir recommencer. Jusqu’à ce que ça marche. Vous imaginez la chose avec un peu de sens humain ?

 

La première raison pour laquelle les personnes atteintes de maux aussi durs demandent d’avoir recours à l’euthanasie est d’avoir par cette voie l’assurance que les choses soient « bien faites », sans douleur, et de façon sûre. Cela supprime le stress de l’acte définitif, et permet alors que les émotions des personnes présentes soient entièrement consacrées aux liens qu’elles ont ensemble plus qu’à des considérations matérielles qui seraient alors intolérables.

 

La deuxième, mais là je sens que je vais avoir du mal à convaincre tout le monde, c’est que le suicide en tant que tel, l’acte de se donner la mort à soi-même, de façon discrète comme je l’écrivais plus haut, en catimini chez soi, reste un geste dont la portée est plus que symbolique. C’est une agression exercée contre soi, et non pas un geste d’apaisement, ce que cherche à produire l’euthanasie. Oui, oui, je vous entends bien, réclamer qu’on mette fin à ses jours, même dans le cadre d’une loi, cela revient au même vous dites vous. Et bien non, le geste n’a pas la même portée. Dans le cadre où l’euthanasie serait légalisée, la personne qui y aurait recours bénéficierait de quelque chose que l’acte du suicide lui refuse cruellement : la reconnaissance. Si l’euthanasie est reconnue légale, alors la personne qui y a recours n’a plus à se cacher, elle n’a plus à s’isoler pour se tuer à l’abri du regard des autres. Car lui demander de se suicider, cela revient à lui dire : « S’il te plaît, mets-toi à l’écart, fait ça discrètement, et ne nous embête pas ». C’est lui imposer en plus de la douleur qu’elle vit un dernier camouflet, une dernière humiliation, sociale cette fois-ci, car en plus de mourir, sa mort ne doit pas être un geste accepté et regardé en face par les autres.

 

La vérité, c’est que cette demande n’est rien d’autre qu’une lâcheté. Demander à quelqu’un qui souffre de s’occuper d’elle-même en pareilles circonstances, c’est surtout lui demander de faire cesser notre souffrance du dilemme humain dans lequel elle nous plonge. Mais il ne faut pas perdre de vue que c’est là une agression de plus qu’on fait alors vivre à cette personne.

 

Et voilà du coup, pourquoi avoir recours à une solution légale, et donc émanant du pouvoir de l’état n’a rien qui doivent soulever la réprobation. Le demander c’est demander que ces gens là puissent, dans les derniers jours de leur vie, qui sont probablement aussi les plus douloureux, tant physiquement que moralement, obtenir un dernier message qui ne les met pas à l’index, mais qui au contraire leur signifie qu’eux aussi font bien partie du groupe des hommes, et que jusqu’au bout ils y auront eu toute leur place. C’est en cela qu’ils peuvent à mon sens légitimement user du terme dignité pour qualifier la mort qu’ils entendent favoriser. La reconnaissance. Sans cela, un groupe social n’est rien.

 

J’en termine en revenant rapidement sur ce que j’avais écris donc il y a longtemps sur ce même sujet. La philosophie de Kant me paraissait alors utile pour répondre à la question de l’euthanasie. On m’opposerait facilement une citation du philosophe qui dit qu’on ne peut disposer en rien de l’homme ni pour le blesser, pour le mutiler ou pour le tuer. J’avais présenté pourquoi une lecture au premier degré de cette maxime me paraissait fautive, et comment il me semblait que cela devait plutôt s’entendre. Je n’y reviens pas, ce serait trop long et sans doute polluant pour mon propos d’aujourd’hui. En revanche je voudrais reprendre une autre citation de Kant qui disait que l’homme n’est pas un moyen, mais une fin en soi, et qu’en toute occasion il doit être traité comme tel. Les tenants de la position contre l’euthanasie me rétorqueraient en bondissant que cela renforce leur position, ajoutant peut-être, comme je l’ai lu parfois, que la vie est sacrée, et doit donc être défendue quoi qu’il arrive. Là aussi, même défaut que celui de l’argument présentant le suicide comme une liberté. Dire que la vie est sacrée n’a aucun sens. La vie toute seule comme ça c’est un mot, ça n’a rien de sacré. Ce qui est sacré ce n’est pas la vie, ce sont les hommes qui la vivent. Et là tout à coup le ciel s’éclaircit et on comprend peut-être mieux les choses. Ce n’est pas la vie qu’il faut défendre et dont il faut se préoccuper, ce sont les individus qui doivent être avant toute autre chose l’objet de notre attention. C’est le sens réel de la maxime de Kant.

 

 

Quelques billets ailleurs sur le sujet :

 

Eolas, qui présente le point de vue du juriste, évidemment utile pour éclaircir le débat,

 

Koz, dont je ne partage pas la majeure partie des arguments, mais qui évoque en particulier un point qui me semble intéressant à creuser : une loi produit toujours un effet marginal indésirable.

 

Embruns, qui propose une vision très incarnée du sujet.

 

(Je poste, la peur au ventre que tout ceci soit encore prétentieux...) 

04/03/2008

SM's tag

SM m'a tagué tout récemment. Je m'étais prêté à l'exercice avec Polluxe il y a quelques temps, je ne sais pas trop ce que je vais vous dire pour l'instant, mais percevant son geste comme une sympathie, et parce que comme Vérel, être tagué par un tel blogueur me semble flatteur, je m'y colle à nouveau.

(là il y a un grand blanc, car vraiment je ne vois pas quoi raconter ... j'envie SM)

 

1. En classe de 5ème mon professeur de maths s'est un jour ébahi devant la façon dont j'avais résolu une équation à plusieurs inconnues. Il m'avait dit, et cela avait épaté tous mes camarades, que j'avais résolu ça comme une équation de n degrés, ce qui n'aurait pas dû m'être possible avant la classe de 2nde. J'étais tout content. Quelques temps plus tard j'ai compris qu'il s'était planté et que je n'étais pas un surdoué.

 

2. Mon ancien lycée a un temps accueilli les enfants du vice président de Syrie. Voir les molosses qui gardaient la voiture familiale nous amusait bien.

 

3. En école supérieure j'ai passé 4 mois à vivre sans presque rien chez moi. Ma valise me servait à ranger mes vêtements et mon lit n'était qu'un matelas posé par terre. Je suis maintenant propriétaire depuis presque 2 ans et je commence tout juste à m'équiper.

 

4. J'entasse depuis 5 ans tous mes documents administratifs, relevés bancaires, fiches de paie, déclarations d'impôts, factures diverses, etc. dans un grand carton où tout est pêle mêle. Je me suis aperçu récemment que ce rangement n'assurait pas de ne rien perdre (il faut dire que j'ai parfois dérogé à ma règle et fait d'autres entassements dans des sacs ou tiroirs).

 

5. J'ai fait des études de finances. Je suis absolument nul dans ce domaine, et d'un point de vue personnel je n'ai jamais fait mes comptes. C'est mon entreprise qui m'a appris récemment qu'elle me devait 1000 € de remboursement de frais engagés il y a 8 mois.

 

6. [edit du 05/03: je n'avais pas fait attention qu'il fallait indiquer 6 choses insignifiantes...]. Et j'ai découvert hier soir que depuis plus d'un an j'ai oublié de façon aléatoire de fournir mes justificatifs de carte orange pour me faire rembourser...

 

Voilà, ce court billet nombriliste à le maigre mérite de ne pas laisser cet espace complètement mort. Je vous présente mes excuses pour mon absence. Je n'ai tout simplement aucune énergie pour écrire depuis quelques mois. Cela reviendra sans doute.

23/01/2008

La plus grande spécificité humaine ...

4675e41beba6f1b62d8450295fc114e1.jpg...est celle des liens que nous tissons avec les autres.

 

 

L'autre jour j'ai vu sur la cinquième une émission intéressante sur Albert Jacquard. Il s'agissait pour être exact d'un reportage sur les travaux et la pensée du philosophe, lors duquel il nous était proposé de le suivre dans ses conférences auprès de publics très divers, dans des écoles, ainsi que dans des moments plus intimes, seul face à la caméra.

 

Il y a quelques années, j'ai lu de lui un petit bouquin très facile d'approche, dans lequel j'ai trouvé une perle qui m'est toujours resté en tête, et qui se trouve d'ailleurs déjà quelque part ici, mais je ne sais plus où. Jacquard résumait son idée de la nature humaine par cette phrase limpide : "je suis les liens que je tisse avec les autres".

 

Cette phrase a raisonné fortement en moi, car elle me semblait résumer à elle seule bien des réflexions et bien des cheminements personnels. Je suis les liens que je tisse avec les autres. Cela signifie une chose principale : notre nature, avant tout autre chose, est faite de relation. L'homme est d'abord un être doué des relations qu'il crée, bien plus que des talents individuels qu'il pourrait tenter de construire égocentriquement, cloîtré seul avec lui-même. Ce sont ces relations qui le fondent, qui construisent sa véritable nature, qui font enfin qu'il peut vraiment être heureux. Plus que tout le reste.

 

C'est ce que Jacquard rappelait de façon répétée dans le reportage en question. Il reformule même cela d'une manière encore plus décisive : notre plus forte spécificité sur le reste du vivant, selon lui, c'est précisément cette capacité à créer des relations avec les autres hommes. C'est la complexité et la profondeur des relations que nous savons nouer les uns avec les autres.

 

Certains opposeront sans doute que bien des espèces animales ont développé un tissu social très développé lui aussi. Je pense par exemple aux loups, ou dans un style très différent aux fourmis. Mais il me semble que ces spécificités animales ne sont en quelque sorte que "fonctionnelles", c'est-à-dire qu'elles n'existent qu'en tant qu'elles sont une fonction qui répond à leur besoin de survie. Chez l'homme, cette spécificité prend une place bien plus importante : elle n'existe pas pour notre survie, mais pour notre vie. Elle est en réalité, "ontologique", si l'on me passe à nouveau la prétention de ce terme. C'est exactement cela, cette importance ontologique, fondatrice de l'individu, que Jacquard exprime lorsqu'il dit "je suis les liens que je tisse avec les autres".

 

Cette idée me semble très vraie, et je crois qu'on peut l'utiliser pour comprendre beaucoup de nos comportements.

 

D'abord, elle explique très probablement la mal-être que l'on juge parfois, et sottement donc, paradoxal, de nos sociétés occidentales pourtant riches et prospères. Lorsque l'on a dit que celles-ci s'étaient également développées sous une forme fortement individualiste, et que l'on comprend bien le message de Jacquard, la cause de la non corrélation de leur développement économique avec le bonheur de leurs habitants apparaît très clairement : ces sociétés ont oublié en route de créer les conditions qui favorisent le lien social. Enfin pas toutes. Certaines comme le Canada ou les pays scandinaves semblent sortir du lot. Or qu'entend-on à leur sujet ? Là-bas, le civisme, le lien entre les personnes est plus fort que chez nous.

 

Encore un exemple qui me semble très fort : celui du célibat. Fondamentalement, je ne crois pas que le célibat rende heureux. On trouve pourtant beaucoup de gens en faire les louanges et dirent combien il apporte de liberté. On peut faire ce que l'on veut, quand on veut, avec qui on veut, sans avoir à rendre de compte. Le pied!

 

Tout cela me semble pourtant parfaitement faux et illusoire. Je ne m'étends pas sur l'incompréhension totale de la liberté que constitue un tel discours. Le jour où être libre se résumera à cela, j'espère ne pas être là pour le vivre. Ensuite, ce discours est un mensonge énorme qui fait passé le célibat pour un choix de liberté, ce qu'il n'est quasiment jamais. Il me semble au contraire que le célibat n'est qu'une réponse conjoncturelle, qui existe principalement dans les sociétés où l'individualisme fait florès, et qui trop souvent ne sert aux individus qui le "choisissent" qu'à camoufler leur situation. Puis ils utilisent le langage, ils le manipulent (encore!) pour mentir aux autres, et pour se mentir à eux-mêmes, afin d'enjoliver et de valoriser les choses.  Pour ne pas se retrouver en situation d'infériorité psychologique, une société individualiste s'accommodant très mal de ce genre de symptômes.

 

Ce discours qui dit que le lien avec les autres est ce qui nous est le plus spécifique par rapport au monde animal n'est vraiment pas une lubie de philosophe en mal de lyrisme. On en retrouve des prolongements dans les travaux de Laborit, qui a identifié ce point d'une façon là aussi très marquante. En effet, dans le fonctionnement de notre mémoire, les liens que nous créons avec les autres interviennent de façon forte. C'est bien évidemment vrai pour les enfants dans le cadre de leur éducation (d'ailleurs je crois que pas mal de médecins conseillent aux parents de parler à leur bébé lorsqu'il naît, parce que même sans maîtrise du langage, le lien créé les construit). Mais c'est aussi vrai dans toutes les relations que nous créons. En résumé, Laborit dit lui-même que chacun de nous n'est en réalité que ce que les autres, par leurs liens avec nous, ont engrammé dans notre mémoire. Ce que nous sommes est le résultat de la construction complexe de tous ces morceaux de mémoire relationnelle, mélangés les uns avec les autres.

 

Un très bon exemple de cela peut être observé lors du décès d'un proche. Lorsqu'un tel événement arrive, il nous plonge dans une profonde tristesse. Laborit indique que celle-ci peut s'expliquer en grande partie parce qu'avec le départ de ce proche, c'est aussi une partie de nous-même que nous voyons partir. Parce que ce que nous avons engrammé en lui de souvenirs et d'expériences partagées disparaît avec lui. Nous mourrons un peu à la disparition d'un proche.

 

Prenons le temps de comprendre combien ces liens nous importent, quelle priorité doit leur être donnée. Peut-être y trouverons-nous la meilleure idée pour vivre heureux.

Echelle du bonheur

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Ce soir je regarde en pointillé la série diffusée par la première chaîne : le Dr House. Le personnage principal m'amuse et me détend.

 

Il y a quelques minutes, en observant un jeune patient sortir entre ses parents de l'hôpital, encore affecté par son autisme, il a dit :

"Le premier baiser avec la langue, c'est un 8 sur l'échelle du bonheur.

Un enfant qui vient d'être sauvé de la mort, c'est un 10.

Eux n'ont qu'un 6,5, parce qu'ils savent ce qui les attend encore..."

 

 

Cette année je veux des 10. Des 10. 

 

 

 

Tableau : Joie de vivre - Robert Delaunay (1930) 

05/01/2008

L'étreinte

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Il peut y avoir loin des arbres à la tempête,

Des roseaux à la rivière,

De la mer à l’écume,

 

Il peut y avoir loin des rêves à l’aube,

Des espoirs vifs aux soirs conquis,

Des emballements gamins aux rires gosses,

 

Il peut y avoir loin de toute la marmaille de nos mémoires à l’avenir radieux,

De la main caressante à la joue donnée,

De la parole réconfortante au cœur attentif,

 

Il peut y avoir loin du cœur au coeur

Du regard au regard,

Et de la main à la main,


Il peut y avoir loin de soi à elle.

 

 

Tendresse, bronze, par Marie-Odile Roux 

31/12/2007

Le tremble est blanc

Le temps irrévocable a fui. L'heure s'achève.

Mais toi, quand tu reviens, et traverses mon rêve,

Tes bras sont plus frais que le jour qui se lève,

Tes yeux plus clairs.

 

A travers le passé ma mémoire t'embrasse. 

Te voici. Tu descends en courant la terrasse

Odorante, et tes faibles pas s'embarassent

Parmi les fleurs.

 

Par un après-midi de l'automne, au mirage

De ce tremble inconstant que varient les nuages,

Ah! verrai-je encore se farder ton visage

D'ombre et de soleil ?

 

 Paul-Jean Toulet, Les Contrerimes, 1921

 

 

(J'ai souhaité finir l'année sur un poème, pour avoir quelque chose de joli quand on arrive ici)

15/11/2007

Campagne sur la dépression

492126e51ba9daf7283616afb8bc9140.jpgDepuis deux semaines environ, une campagne d'information aussi importante qu'intéressante a été lancée sur la dépression. Elle est relayée à travers les principaux médias que sont la télévision, la presse, ou encore Internet.
 
Deux mots sur cette campagne qui a attirée mon attention. C'est sans doute un peu grossier de ma part d'en présenter un commentaire puisque je ne suis pas professionnel de ces questions, mais je le fais car j'ai trouvé dans la démarche de cette campagne des choses qui rejoignaient certaines remarques que j'ai pu formuler dans quelques billets.
 
D'abord j'ai bien aimé le ton de cette campagne, apaisant et en quelque sorte proche de son auditoire. Le style graphique adopté est lui aussi rassérénant, il a quelque chose de dépouillé, de simple, il présente des personnages sans artifices. On adhère ainsi bien au contenu. Et ce contenu me semble vraiment intéressant.
 
J'ai lu l'ensemble des informations disponibles sur le site de cette campagne et beaucoup d'éléments m'ont paru taper très juste.
 
D'abord l'idée de ne pas refuser la dénomination de maladie pour les personnes qui sont touchées. C'est souvent difficile car cela peut s'apparenter pour beaucoup à une blessure d'orgueil, et j'ai déjà assez dit ici combien ce défaut était un frein à bien des redressements. Ensuite, le fait de savoir demander de l'aide lorsque l'on est dépressif. La difficulté ici est également importante puisque l'un des symptômes de la dépression est précisément que les personnes ont tendance à s'isoler et à se couper de leur entourage. On notera d'ailleurs que le site propose un contenu important sur les moyens qu'une personne dépressive peut mettre en oeuvre pour s'aider elle-même. Cette partie est vraiment à lire.
 
Enfin, c'est mon dada, une partie importante est consacrée au rôle de l'entourage, afin de maintenir pour la personne une vie sociale qui soutient et accompagne sa guérison. Ce point là, vraiment, m'apparaît comme majeur, comme toujours.
 
Je voudrais juste faire une petite remarque complémentaire à cette campagne sur la question du diagnostic. Le site présente plusieurs éléments, des questions notamment auxquelles répondre, afin de diagnostiquer une dépression. Il me semble qu'il ne faut pas aborder ces points avec une vision trop absolue. Une personne qui chercherait à diagnostiquer chez elle une dépression ne doit pas se dire qu'il est absolument indispensable qu'elle remplisse tous les critères indiqués pour se reconnaître dépressive. Il y a là une notion qualitative qui est difficile à prendre en compte, et que probablement seul un médecin saura identifier convenablement.
 
Ce qui me fait faire cette remarque c'est l'idée que quelqu'un qui va mal pourra éventuellement se dire en sortant de cetta partie sur le diagnostic qu'elle n'est pas malade parce qu'elle n'a pas répondu oui à toutes les questions. Et de ce fait, qu'elle risque de se priver de la bonne démarche pour s'en sortir. Cela peut d'ailleurs même résulter en une agravation si elle perçoit cela comme une perche tendue qu'elle ne peut pas attraper. Ces critères donc sont importants, mais il faut sans doute savoir les lire sans rigidité d'esprit, afin de ne pas se couper d'une solution peut-être efficace pour soi. 

05/11/2007

La nouveauté radicale chez Bergson

1f0518539495c24335ec934f4c2f5625.jpgUne discussion récente avec une personne chouette m’a ré-aiguillé sur une lecture qui m’avait intéressé et dont j’avais souhaité extraire un article sans en trouver le courage. Ce livre c’est  La pensée et le mouvant, de Bergson, ouvrage dans lequel la notion du temps et de la nouveauté qui lui est liée sont abordés d’une façon très stimulante. Bergson y revisite notamment la notion de temps en remettant fortement en cause la vision produite jusqu’alors, pour en proposer une appréhension dont il est possible de tirer beaucoup d’idées périphériques.

 

Sa première et principale critique, dont découle les autres m’a-t-il semblé, se concentre sur une vision philosophique du temps qui le restreint à une succession d’instants. Le temps n’y est pas vu comme un flux, mais comme une suite d’évènements que l’on peut découper à l’envie en petites ou grandes parties, mais toujours en conservant cette notion de découpage et donc de succession d’instants, de photos figées en quelque sorte. Cette vision est très répandue. Elle est présente implicitement dans nombre de démonstrations et de constructions logiques, mais reste très peu remise en cause, tant elle est « naturellement » admise.

 

Je vois une raison assez claire à ceci et j’en profite pour faire une petite incise là-dessus. Il me semble qu’il y a une notion que nous acquerrons très tôt : celle du principe cause-effet. Nous apprenons dés le plus jeune âge à appréhender les événements en détectant leurs causes et en identifiant leurs conséquences. Cela nous permet de comprendre le mécanisme logique des choses, et donc de nous adapter à notre environnement d’un point de vue pratique. C’est comme cela que les enfants grandissent en partie, en apprenant que lorsqu’ils pleurent leurs parents s’occupent d’eux (ok, là il faudrait voir de plus près la notion de cause, mais ce n’est pas non plus l’objet de ce billet), que lorsque le robinet d’eau chaude coule trop longtemps dans le bain ils se brûlent, etc. Ils identifient des causes, des conséquences, et c’est comme cela qu’ils apprennent à juger les choses et qu’ils apprennent ce qui est bon et ce qui est mauvais pour eux.

 

C’est la logique de ce mécanisme, apprise depuis si longtemps, qui entre en jeu dans notre vision « naturelle » - vous avez compris que l’on doit en fait écrire ici « apprise » - du temps. Nous identifions les événements comme une succession, il est dés lors logique que nous envisagions le temps de la même façon. Comme une suite hachée d’instants dont nous présupposons que les uns entraînent naturellement les autres. Bergson écrit ainsi :

 

« S’agit-il du mouvement ? L’intelligence n’en retient qu’une série de positions : un point d’abord atteint, puis un autre, puis un autre encore. Objecte-t-on à l’entendement qu’entre ces points se passe quelque chose ? Vite il intercale des positions nouvelles, et ainsi de suite indéfiniment. […]Rien de plus naturel si l’intelligence est destinée surtout à préparer et à éclairer notre action sur les choses. Notre action ne s’exerce commodément que sur des points fixes ; c’est donc la fixité que notre intelligence recherche ; elle se demande où le mobile est, où le mobile sera, où le mobile passe. […] c’est toujours à des immobilités, réelles ou possibles, qu’elle veut avoir affaire. […] Avec ces vues juxtaposées on a un succédané pratique du temps et du mouvement qui se plie aux exigences du langage en attendant qu’il se prête à celles du calcul ; mais on n’a qu’une recomposition artificielle. Le temps et le mouvement sont autre chose. »

 

Au contraire de cette vision, Bergson propose d’envisager le temps comme un flux discontinu, incessant, qui n’est pas la seule juxtaposition en série d’événements, aussi finement découpés soient-ils, mais qui est comme un fleuve jamais arrêté dont la réalité dépasse la compréhension généralisée que nous en avons. Il voit dans ce flux plus que la simple production, par relation de cause à effet, d’état induit des états précédents, mais comme l’expression de la nouveauté et du changement perpétuel. Il dit ainsi :

 

« Comment pourtant ne pas voir que l’essence de la durée est de couler, et que du stable accolé à du stable ne fera jamais rien qui dure ? Ce qui est réel, ce ne sont pas les « états », simples instantanés pris par nous, encore une fois, le long du changement ; c’est au contraire le flux, c’est la continuité de transition, c’est le changement lui-même. […] Si notre intelligence s’obstine à le juger inconsistant, à lui adjoindre je ne sais quel support, c’est qu’elle l’a remplacé par une série d’états juxtaposés ; mais cette multiplicité est artificielle, artificielle aussi l’unité qu’on y rétablit. Il n’y a ici qu’une poussée ininterrompue de changement – d’un changement toujours adhérent à lui-même dans une durée qui s’allonge sans fin. La durée se révélera alors telle qu’elle est, création continuelle, jaillissement ininterrompu de nouveauté. »

 

Cette vision du temps a des répercussions intéressantes sur de nombreux sujets. Lorsque j’avais discuté avec la personne mentionnée plus haut, j’étais parti de l’idée que je me suis faite de l’héritage, c’est-à-dire de la force d’un passé pour expliquer le présent. Mon idée principale, et qui reste tout de même assez forte chez moi, même si cette discussion m’a permis de m’ouvrir un peu plus l’esprit sur ce sujet, mon idée principale donc est que l’on est en très grande partie le fruit de son passé, de son éducation, de ses expériences, de son environnement. Tout cela constitue l’héritage que nous avons. Mais cette vision, je le comprends mieux maintenant, est aussi très fortement imprimée dans cette vision parcellisée et fausse du temps, qui n’en fait qu’une succession de choses, sans voir la qualité discontinue propre au temps, sans comprendre son caractère perpétuellement mouvant.

 

Lorsque j’avais produit ma série sur le libre arbitre, j’étais fortement imprégné de cette logique de cause à effet qui dicte en partie les choses. On comprend en lisant Bergson et en intégrant sa vision du temps comme un flux incessant, qu’appréhender les événements, et les états des choses, de cette façon, ne peut au mieux qu’être partiellement vrai. Il permet notamment de préciser bien mieux que je ne l’avais fait, l’idée d’imprévisibilité. Le mécanisme de cause à effet et de succession d’états étant brisé, l’imprévisibilité n’est même plus une notion déduite de la multiplicité de facteurs intervenant pour la production d’un événement futur, elle est quasiment dans l’essence même des choses, étant issue de l’essence fluctuante du temps.

 

Il défini ce point bien mieux que je ne le ferai, et je le cite donc à nouveau :

 

« Essayez, en effet, de vous représenter aujourd’hui l’action que vous accomplirez demain, même si vous savez ce que vous allez faire. Votre imagination évoque peut-être le mouvement à exécuter ; mais de ce que vous penserez et éprouverez en l’exécutant vous ne pouvez rien savoir aujourd’hui, parce que votre état d’âme comprendra demain toute la vie que vous aurez vécue jusque-là avec, en outre, ce qu’y ajoutera ce moment particulier. Pour remplir cet état, par avance, du contenu qu’il doit avoir, il vous faudrait tout juste le temps qui sépare aujourd’hui de demain, car vous ne sauriez diminuer d’un seul instant la vie psychologique sans en modifier le contenu. Pouvez-vous, sans la dénaturer, raccourcir la durée d’une mélodie ? La vie intérieure est cette mélodie même. Donc, à supposer que vous sachiez ce que vous ferez demain, vous ne prévoyez de votre action que sa configuration extérieure ; tout effort pour en imaginer d’avance l’intérieur occupera une durée qui, d’allongement en allongement, vous conduira jusqu’au moment où l’acte s’accomplit et où il ne peut plus être question de le prévoir. Que sera-ce, si l’action est véritablement libre, c’est-à-dire créée toute entière, dans son dessin extérieure aussi bien que dans sa coloration interne, au moment où elle s’accomplit ? »

 

Puis, plus loin :

 

« Disons donc que dans la durée, envisagée comme une évolution créatrice, il y a création perpétuelle de possibilité et non pas seulement de réalité. Beaucoup répugneront à l’admettre, parce qu’ils jugeront toujours qu’un événement ne se serait pas accompli s’il n’avait pas pu s’accomplir : de sorte qu’avant d’être réel, il faut qu’il ait été possible. Mais regardez-y de près : vous verrez que « possibilité » dignifie deux choses toutes différentes et que, la plupart du temps, on oscille de l’une à l’autre, jouant involontairement sur le sens du mot. Quand un musicien compose une symphonie, son œuvre était-elle possible avant d’être réelle ? Oui, si l’on entend par là qu’il n’y avait pas d’obstacle insurmontable à sa réalisation. Mais de ce sens tout négatif du mot on passe, sans y prendre garde, à un sens positif : on se figure que toute chose qui se produit aurait pu être aperçue d’avance par quelque esprit suffisamment informé, et qu’elle préexistait ainsi, sous forme d’idée, à sa réalisation ; - conception absurde dans le cas d’une œuvre d’art, car dés que le musicien a l’idée précise et complète de la symphonie qu’il fera, sa symphonie est faite. Ni dans la pensée de l’artiste, ni, à plus forte raison, dans aucune autre pensée comparable à la nôtre, fut-elle impersonnelle, fut-elle-même simplement virtuelle, la symphonie ne résidait en qualité de possible avant d’être réelle. »

 

D’une certaine façon, j’ai du mal à m’extraire du cerveau cette idée que le possible est nécessairement présent avant le réel, même s’il est insaisissable de par sa complexité. Cependant, je comprends l’idée de Bergson qui dit que dans le flux du temps, du possible est bel et bien créé en même temps que le réel, ce qui change la donne pour celui qui tente de prévoir les choses car alors sa démarche devient proprement chimérique. Mais ce qui m’intéresse surtout ici, c’est que l’on comprend en lisant Bergson qu’il y a bien une forme de nouveauté créé dans le flux du temps. Une nouveauté radicale pour utiliser ses termes, non détectable par avance, non prévisible, qui ouvre l’esprit sur une nouvelle façon d’envisager le poids du passé et la chance de l’action à entreprendre.

 

Je conserve en revanche un doute fort sur la façon dont Bergson aborde la liberté dans son livre, même si celle-ci semble logiquement déduite de sa démonstration sur la nature du temps. Mais pour cette porte ouverte sur une idée nouvelle, je remercie son livre, et la personne qui m’y a replongé.

18/10/2007

Un poème comme message

Lorsque j'ai suivi ma formation en gestion du stress, un ami suivait au même moment une formation en gestion des conflits. Fondamentalement il doit y avoir là des connections intéressantes à observer. Mais là n'est pas le sujet que je souhaite aborder dans ce court billet.
 
Lorsqu'il a suivi cette formation, il m'a rapporté une expérience particulière dont le formateur leur avait parlé.
 
Suite à la mort d'un parent d'un ami proche, leur formateur n'avait d'abord pas su comment réagir, comment aider et soulager son ami. Dans de telles situations il n'est pas toujours évident de savoir quoi faire, et l'on se sent souvent démuni face à la détresse des autres. Puis il avait songé à faire une chose "toute bête", aussi simple que généreuse, parfaitement gratuite : il avait écrit un poème à son ami.
 
Il rapporta aux étudiants présents l'importance qu'avait eu ce geste pour son ami, combien cela avait compté.
 
J'avais beaucoup aimé cette histoire, elle m'avait un peu ouvert l'esprit sur ce que peut être un geste de vraie générosité,  simple et bon.
 
Samantdi ne le savait sans doute pas en écrivant ici son dernier commentaire. Mais en le lisant je me suis souvenu de cette anecdote. De ces démarches spontanées qui signent les personnalités les plus gentilles. Merci Samantdi.