29/07/2011

Faire partie

IMG_2828.JPGCa m'est venu à la première pluie d'été. Un grand sourire, le plaisir de sentir la pluie sur ma tête, dans mon cou, sur ma peau. Il s'est mis à pleuvoir à torrent, mais je n'ai pas pressé le pas, j'en ai profité jusqu'au bout, je me sentais vraiment bien, et cette idée me trottait en tête : "je sens", et toute la chance de cette sensation qui l'accompagnait. "Je sens", quel bol incroyable.

 

Je sais que ces émerveillements devant des choses si banales paraissent à certains être des histoires d'illuminés. Que Bobin et Delerm qui, contrairement à moi, semblent illuminés à temps plein, ont très mauvaise presse chez bon nombre de gens. Tout ça n'est pas sérieux se disent-ils peut-être. Alors que tirer la tronche, ça vous pose un homme ?

 

Sous cette pluie je me suis souvenu une nouvelle fois de ce livre d'Hubert Reeves, Oiseau merveilleux oiseau, et de ce témoignage qu'il y donnait de sa période en hôpital. De ce moment où, intubé, il avait eu cette immense émotion en voyant la Lune par la fenêtre de sa chambre. Et cette idée radieuse qui lui était venue en tête : "je fais partie". Je sens, je fais partie. Quelle chance.

 

Je pars pour 15 jours tester la sensation du soleil à la place de la pluie. A bientôt et ne soyez pas trop sages en mon absence.

 

 

En photo, ma destination, enfin tout près.

27/07/2011

Le monstre et nous

Idées noires Franquin.jpgLa tuerie perpétrée il y a quelques jours sur l'île d'Utoya en Norvège est particulièrement choquante pour la plupart d'entre nous. Comment peut-on préparer, planifier puis exécuter un tel massacre de sang froid ? Comment peut-on tuer de façon aussi calme, en se promenant entre les gens ? Comment ? Pourquoi ? Ces questions peuvent nous hanter.

 

Car après un tel acte, qu'en est-il après tout de notre propre sécurité ? Puisque les règles ont disparu, comment puis-je avoir confiance en ce qui va se passer demain ? Comment ne pas craindre le moindre quidam croisé sur ma route ? Comment puis-je ne pas avoir la peur au ventre à chaque fois que je sors de chez moi pour aller au boulot, faire mes courses, sortir mes poubelles ? Qui croire ? Que croire ?

 

On pensera peut-être que j'en rajoute et que j'y mets un pathos inutile. Pourtant, ces questions, les personnes qui ont vécu ces heures affreuses sont certainement nombreuses à se les poser. Il faut s'imaginer sur cette île, entendant des coups de feu à tout va, pendant un temps dont on ne sait plus estimer la durée, ne sachant que faire, ce qui se passe, qui peut nous aider. Il faut s'imaginer avoir vécu ça et avoir entendu ensuite les aveux d'Anders Behring Breivik, dénués de tout regret, témoignant d'un acte froid et calculé. Il y a là un sentiment d'insécurité quasiment fou, qui fait basculer dans un monde incompréhensible, de peur permanente, qui ne ressemble à rien qui nous soit connu. Il me semble que c'est en grande partie là que le travail se trouve aujourd'hui pour ces personnes : reconstruire l'idée que les règles existent toujours, que la très grande majorité des gens qui les entourent ne peut pas commettre pareil folie, qu'ils sont en sécurité.

 

Il est bien difficile de trouver des explications justes à un tel drame. Je ne m'y risquerais pas car ce serait jouer au savant cosinus. La seule chose que je peux dire est que pareil comportement est à rapprocher des profils pervers. Il faut clarifier ce terme. Il ne s'agit nullement ici de vice sexuel comme on serait enclin à le penser de prime abord. En psychologie, le pervers est celui qui nie l'autre. Dans sa personne même. Pour le commun des hommes il est quasiment impossible de comprendre réellement ce que cela signifie, car précisément, c'est d'un autre monde psychologique que celui auquel nous sommes habitués dont on parle ici. Mais si vous le voulez un instant, imaginez-vous devant une personne, vous lui parlez pendant un certain temps, en face à face. Elle vous répond, elle anône, elle réagit, etc. Et pourtant, vous n'existez pas à ses yeux. Vous pouvez représenter un ensemble d'informations, de stimuli nerveux ou intellectuels, mais vous n'êtes pas une personne. Vous  n'existez pas. Quasiment littéralement. Parce que la personne en face de vous n'a aucune connexion émotionnelle avec vous (alors que, naturellement, nous en avons tous les uns avec les autres).

 

Mais Hugues a raison de nous alerter sur le fait qu'on aurait tort de ne regarder que la pointe émergée de l'iceberg. Breivik est peut-être unique par l'exception de son geste. Mais il n'est pas seul, loin s'en faut. Et au-delà des autres terroristes (au sens propre du terme), il faut bien parler de tous ceux qui propagent des discours de haine et de rejet. Ils ne font peut-être qu'en parler sans jamais passer à l'acte, mais c'est là que la graine naît. Plus sûrement je crois que dans une prétendue folie qui sert surtout à nous rassurer. Il suffit de lire les commentaires faits sur certains sites d'extrême droite pour constater, et prendre peur, ou nous réveiller, au choix. Certains ne se gênent pas pour suggérer que dans le fond, Breivik a fait un truc cohérent, pas mal quoi. Sur son site, Jacques Coutela, adhérent du FN et candidat lors des dernières élections cantonales, n'a pas écrit autre chose en présentant Breivik comme une icône. Des exemples on en trouve par centaines en quelques clics.

 

Sur d'autres sujets, on trouve tous les jours sur Internet des articles ou commentaires qui laissent pantois. Cette semaine, l'un d'eux m'a profondément choqué, qui suggérait, très sérieux, en bas d'un article évoquant la famine en Somalie "Et si ces gens-là arrêtaient de s'entretuer et se mettaient un peu au travail ?". Quelle absence totale de sensibilité faut-il pour penser une chose pareille ?

 

Mais on ne peut s'arrêter à montrer les autres du doigt. Car derrière ces commentaires, se trouvent beaucoup de "gens bien", qui aiment leur famille, leurs enfants, qui sont de bons camarades pour leurs amis. Des gens éduqués, cultivés, très intelligents parfois. Il sont comme nous. Et si nous avons un peu de lucidité, nous saurons aussi, nous-même, comme le suggérait Susan Jeffers dans son livre Tremblez mais osez!, prendre notre miroir, et nous poser la question : et mon monstre à moi ? Où est-il ? L'ai-je seulement vu ? Suis-je prêt à le regarder en face ? Ai-je la force de le combattre ?

 

Il peut paraître indécent à certains de comparer nos petites faiblesses à l'énormité de ce qui vient de se passer. Et se tourner vers soi peut aussi comporter le défaut d'un certain narcissisme sans doute. Mais il faut se souvenir de Zimbardo et de son expérience. Des gens lambdas, comme vous et moi. Il leur a fallu moins de 24 heures pour se transformer en bourreaux face à des innocents qui ne leur avaient rien fait. Doit-on convoquer l'histoire pour enfoncer encore le clou ?

 

Si je dis cela ce n'est pas pour nous accabler, ce serait idiot. Mais parce qu'à mon sens la première leçon qu'un tel événement doit nous apprendre, c'est la vigilance. Une vigilance qui concerne notre attention aux autres, à ce qui leur arrive. Qui nous concerne nous également, pour prendre garde aux dérives de nos propres comportements. Il nous faut découvrir la proximité, cette distance juste qui nous rend sensible à l'autre et à son histoire.

 

 

En illustration, Franquin, Les idées noires, une découverte par un rire parfois triste, de nos propres démons.

20/07/2011

Papa, c'est quoi des risques psychosociaux ?

Stress par Penelope Jolicoeur.jpgAprès avoir occupé le devant de la scène médiatique pendant plusieurs mois, en particulier depuis les événements qui ont touché France Telecom et Renault, le sujet des risques psychosociaux a quelque peu disparu des médias. Pourtant il n'en reste pas moins un sujet d'actualité qui nécessite à mon sens une meilleure prise en charge. Mais avant de se demander comment traiter la question, sans doute faut-il commencer par la clarifier.

 

Les risques psychosociaux, c'est quoi ? On parle de stress, de pénibilité, de harcèlement moral et de risques psychosociaux. Ces notions semblent parfois recouvrir une même réalité. Comment les distingue-t-on ? Que doit-on comprendre quand on parle de risques psychosociaux? Ou plus exactement, par quel bout prendre le sujet pour le traiter efficacement ? Voici un petit lexique pour s'y retrouver.

 

Le stress : le premier à l'avoir défini est Hans Selye, endocrinologue autrichien du 20è siècle. Pour lui le stress est la réaction non spécifique du corps à toute demande qui lui est faite. Non spécifique signifiant qu'elle est commune à tous les individus et qu'elle surviendrait de la même façon quel que soit le contexte. En France on en trouve une définition très éclairante dans l'accord interprofessionnel du 2 juillet  2009 sur le stress au travail qui dit : "le stress surivent lorsqu'il y a déséquilibre entre la perception qu'une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu'elle a de ses propres ressources pour y faire face".

 

Le harcèlement moral : la notion a été popularisée en 1998 par Marie-France Hirigoyen dans son livre au titre éponyme. En droit elle recouvre aujourd'hui des agissements répétés qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits de la personne du salarié au travail et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. Deux remarques rapides : la première est qu'il est souvent difficile pour un salarié en détresse de démontrer la répétition des agissements qu'il peut subir. La deuxième est que le droit considère que de tels agissements peuvent constituer un harcèlement moral, même sans intention par leur auteur de harceler quiconque. Il suffit que les effets de ces agissements soient constatés pour être punis par la loi.

 

La pénibilité : on envisage d'abord la pénibilité physique, qui recouvre toutes les conditions de travail pouvant nuire à la santé physique de la personne. Aujourd'hui on ne parle pas encore très clairement, du moins à mon sens, de pénibilité psychique. Attendons donc que l'idée fasse son chemin et nous en reparlerons. Evidemment, on se doute qu'elle entre dans les questions que toute organisation doit se poser pour ne pas mettre en jeu la santé des personnes qui y travaillent.

 

Les risques psychosociaux : c'est aujourd'hui cette appellation qui est privilégiée par les professionnels qui souhaitent se pencher sur le versant psychique de la santé au travail. Pour faire simple, les risques psychosociaux recouvrent à mes yeux tous les facteurs qui peuvent mettre en péril la santé psychique des personnes dans leur cadre de travail. Ce qui est intéressant c'est que l'on parle ici de risque, tandis que les notions précédentes recouvrent toutes des situations de souffrance déjà existantes. En traitant le risque, on peut intervenir en anticipation, et pas seulement en pompier comme c'est encore très majoritairement le cas.

 

Je reviendrai ultérieurement plus en détail sur plusieurs de ces notions. Ce qui m'intéressera notamment sera de voir avec vous comment en travaillant sur les risques psychosociaux, une organisation peut créer un cercle vertueux et satisfaire la légitime demande de ses collaborateurs à travailler dans un cadre sain, tout en trouvant des leviers pour atteindre ses objectifs économiques.

 

 

P.S1 : Comme vous le constatez par ce billet, la boutique s'ouvre à nouveau ! J'en suis tout content. :o)

P.S2 : j'ai renommé la catégorie "un peu de recherche et d'idées" en "un peu d'observations". Ce n'est pas génial mais j'ai du mal à trouver un nom qui convient.

 

P.S3 : j'ai voulu une image un peu amusante pour illustrer ce texte, pour ne pas l'affliger de pathos. Vous aurez sans doute reconnu la patte de Pénélope Jolicoeur, qui je l'espère ne prendra pas ombrage de ce que j'ai utilisé son dessin sans lui demander sa permission. Cliquez ici pour découvrir son blog si vous ne le connaissez pas encore !

30/06/2010

S'intégrer quand on est un enfant HP (High Potential)

cerveau.jpgQuisti m'a posé il y a quelques mois la question suivante : pouvez-vous faire un billet sur la difficulté qu'éprouvent les enfants et les adultes dits HP à s'intégrer dans la vie sociale en général, à s'accepter et à vivre ? D'emblée il me faut dire que je ne répondrai pas complètement à cette question. Parce que cela nécessite pour être convenablement fait une compétence que je n'ai pas. Les cas d'enfants HP sont particuliers et répondent à des mécanismes psychiques qu'il convient d'avoir étudiés un minimum à mon sens avant de prétendre y apporter des réponses adéquates.

 

Mais je ne veux pas laisser la requête de Quisti sans réponse, et vous propose de le faire en abordant un point qui éclairera je l'espère au moins partiellement le sujet : la construction de l'identité de l'enfant.

 

Mais qu'est-ce qu'un enfant HP tout d'abord ? Il s'agit en réalité d'un acronysme issu de l'anglais High Potential. En français on traduira par enfant précoce, ou par le terme surdoué (que je n'aime pas du tout pour ma part car je trouve qu'il est trop connoté). Sur ce point déjà j'ai découvert par une recherche rapide que les spécialistes pouvaient être circonspects, et qu'ils différencient parfois enfants précoces et surdoués, les précoces pouvant n'être que précoces (et donc pas surdoués). Si l'on lit rapidement un peu de littérature sur le sujet qu'y trouve-t-on ? Rapidement, que ces enfants ont un mécanisme de pensée différent des autres. Ils ont une mémoire meilleure que les autres, leur pensée fonctionne en arborescence et non de façon séquentielle, ils sont également plus intuitifs, plus créatifs, et leurs sensibilité est plus élevé que la norme.

 

Cette différence de comportement et de fonctionnement crée une difficulté particulière pour ces enfants : comment vont-ils trouver leur place dans un monde construit pour d'autres types de fonctionnement que le leur ? Comment vont-ils s'intégrer parmi un milieu social composé de gens qui ne comprennent et n'envisagent pas le monde comme eux ? A mon sens un enfant précoce se pose en particulier rapidement une question, même si elle n'est pas réellement formulée clairement ainsi dans son esprit : qui dois-je devenir ?

 

Imaginons-nous un instant dans son univers, à sa place. Ses parents ont détecté sa précocité dans ses jeunes années. Plusieurs fois il les a entendu parler de lui en prononçant ce mot : "précoce". A chaque fois ce mot en porte avec lui un autre : "diffférent". J'ai 5, 8, 12 ans. Je suis différent. Différent de qui ? Différent de quoi ? Si je suis ainsi différent est-ce que les autres vont m'accepter ? Les parents jouent un rôle fondamental dans la construction de l'identité de l'enfant. Il se construit pour la majeure partie dans ses jeunes années en fonction de l'image que ceux-ci lui renvoient de lui-même. Ainsi l'enfant peut-il aboutir à la question personnelle suivante : "mes parents me disent que je suis différent, qu'est-ce que cela signifie sur ce qu'ils attendent de moi ? Que dois-je faire pour pouvoir être accepté, aimé ?"

 

J'ai l'impression que le risque ici est d'enfermer l'enfant dans une vision qui ne le laisse pas libre de devenir lui-même. Les parents bien souvent ont tendance à faire des projections d'eux-mêmes sur leurs enfants. C'est assez inévitable en réalité. Et l'enfant lui dans ses jeunes années va naturellement vouloir être aimé de ses parents. Dès lors son identification par ses parents en tant qu'enfant précoce peut constituer une forme de pression sur l'identité que l'enfant va chercher à atteindre. Les autres enfants sont bien sûr eux aussi l'objet des projections de leurs parents, mais ils n'entendent jamais ce mot qui les met à l'écart des autres, qui les différencie du groupe "normal". Ils n'ont aucun effort à faire pour être normal. Les enfants précoces eux ont en plus des autres cette question de leur positionnement vis-à-vis du groupe social à régler. Elle peut se traduire dans un effort démesuré pour devenir normal, et aboutir à renier leur potentiel, au risque d'étouffer leur identité et leur personnalité réelle.

 

Les enfants précoces d'une certaine façon doivent donc peut-être parvenir à éluder la question de l'intégration dans le groupe social. La question à laquelle il leur faut répondre à mon avis pour être heureux (oui c'est forcément ça l'objectif), n'est pas comment faire pour s'intégrer, mais comment être eux-mêmes. Et c'est là que bien souvent le bas blesse. Parce que les parents s'ils ne sont pas HP peuvent avoir du mal à comprendre leurs enfants. Par ailleurs il m'apparaît logiquement nécessaire qu'ils abandonnent leurs projections s'ils veulent permettre à leurs enfants de développer leur personnalité de façon libre (ce qui ne signifie pas qu'ils doivent abandonner l'idée de donner des repères, notamment moraux, à leurs enfants), ce qui n'est pas chose aisée.

 

Cette question peut se traduire concrètement pour les enfants HP dans les attentes que les adultes manifestent à leur endroit. Quel est leur droit à l'erreur s'ils sont plus doués que les autres ? Quelle patience leurs parents vont-ils avoir vis-à-vis de leurs difficultés à l'école ? Je ne suis pas sûr de ce que j'avance, mais j'imagine possible qu'un enfant, même précoce puisse rencontrer quelques difficultés dans certaines matières. Quelle pression cela peut alors être de se retrouver avec des adultes qui ont des attentes très élevées et qui n'ont pas la patience de se pencher sur ses difficultés pour aider parce qu'ils considèrent que l'enfant peut tout faire et facilement en plus ! Ces attentes dressent un portrait attendu pour l'enfant, une identité obligée : zéro défaut et une facilité qui doit être visible. Quelle place leur reste-t-il pour être eux-mêmes ? Là aussi ça ne signifie pas qu'il ne faille pas être exigeant. S'épanouir, au sens propre du terme, c'est bien arriver à développer toutes ses compétences, tout son potentiel. Mais entre pression et motivation il doit y avoir un pas à trouver.

 

Ces remarques soulèvent peut-être plus de questions qu'elles n'en résolvent. J'espère n'avoir pas écrit trop de bêtises, mais je manque de matériau pour être plus sûr de moi, et ces questions sont tellement mouvantes d'un individu à l'autre qu'il est difficile de viser juste pour chacun. Il me faudrait peut-être devenir moi-même précoce pour trouver la bonne solution, ou alchimiste céleste ...

 

10/06/2010

Les paris sont ouverts !

Je sais, ça fait longtemps que je n'ai plus rien écris, et je suis honteusement en retard pour répondre à la demande de Quisti concernant les personnes HP (High Potential pour ceux qui ne connaissent pas). Sur ce dernier point je dois dire que le sujet est en fait compiqué et qu'il faut sans doute être plus expert que je ne suis (si tant est que je ne l'ai jamais été d'ailleurs) pour le traiter convenablement. Je ne désespère pas de pouvoir proposer quelque chose mais cela risque de ne pas être encore pour tout de suite.

 

Non le sujet du jour forcément c'est Zeu pari concernant la coupe du monde ! Alors, alors ? Qu'en pensez-vous ? Le jour de l'élimination de l'équipe de France, quelle demande Raymond Domenech va-t-il bien pouvoir adresser à sa chère compagne ? C'est qu'il a déjà mis la barre assez haut.

 

On rigole, mais moi si j'étais elle je ne me sentirais pas rassurée ...

23/03/2010

La Croix bleue à l'écoute des problèmes d'alcool

LOGO CROIX BLEUE.jpgJ'ai été contacté fin 2009 par la Croix Bleue à propos des articles que j'avais écris dans les premiers temps de ce blog sur le sujet de l'écoute. Ils souhaitaient reprendre un mix de ces articles et l'intégrer dans leur magazine trimestriel. C'est aujourd'hui chose faite et j'en ai reçu chez moi quelques exemplaires.

 

Afin de rendre justice à l'honneur qu'ils m'ont ainsi fait, quelques mots de présentation de leur action s'imposent. La Croix Bleue fonctionne sur la base d'une fédération internationale, basée en Suisse, à Berne. Son activité est d'intervenir en aide auprès des personnes dépendantes, en particulier de l'alcool. Ses actions se portent à la fois sur la prévention, le conseil et l'accompagnement, tant des personnes dépendantes à l'alcool que de leur entourage. Enfin, signalons qu'historiquement la Croix Bleue est liée à l'église réformée, du fait de son fondateur. Aujourd'hui cet enracinement initial existe toujours quoiqu'il ne m'en a été fait aucune mention dans les contacts que j'ai eu avec les personnes de l'organisation, ce qui me porte à croire qu'il ne constitue qu'un élément de libre philosophie pour chacun de ses membres actifs.

 

Je ne suis pas spécialiste de l'alcoologie, mais je souhaite dire un mot sur la dépendance et l'alcoolisme. Ce n'est pas un hasard si l'alcool figure en première ligne dans les préoccupation d'une organisation comme la Croix Bleue et dans les travaux d'adictologie en général. L'alcool est, parmi les différents produits qui mènent à la dépendance, un des plus dangereux. Ses conséquences à court terme sont lourdes (principalement en accidents de la route) et la dépendance qu'il crée est une des plus difficile à combattre. Selon l'association nationale de prévention de l'alcoolisme, 5 millions de personnes en France souffrent d'un problème lié à l'alcool, Ii entraîne 5 000 décès chaque année  (dont  4 000 décès automobiles) et représente la troisième cause de mortalité dans notre pays.

 

J'ai longtemps eu une dent particulière contre la cigarette. Cette aversion a grandit très fortement suite à une évolution personnelle qui ne serait pas très claire à expliquer. Disons qu'après certains événements j'ai développé un mécanisme de révolte très fort contre tout ce qui à mes yeux représente une forme de maltraitance envers les individus, qu'elle soit physique ou psychique. Et l'idée qu'une personne s'inflige une maltraitance, notamment à travers l'ingestion de produits toxiques, me révulsait.  Le problème de ce produit, ce qui m'inquiétait surtout, c'était justement qu'il crée une addiction, une dépendance. Un piège qui se referme sur lui-même et que nombre de fumeurs jugent avec légèreté, en croyant à tort qu'ils gardent le contrôle complet sur la chose.

 

Mais l'alcool est pire que la cigarette. La dépendance qu'il crée est plus dure, et ses conséquences à court terme plus fortes. Lorsque j'ai appris récemment qu'un de mes anciens patrons, pour qui j'avais nourri une détestation anormalement vive, était récemment passé de la cigarette (qu'il consommait comme trois pompiers), à l'alcool, je me suis senti réellement inquiet pour lui et j'espère qu'il saura ne pas en avoir une consommation aussi déréglée que celle qu'il faisait du tabac.

 

J'en termine ici. Je vous invite à découvrir l'activité de la Croix Bleue (leur site Internet n'est pas merveilleux je dois dire, mais franchissez cet obstacle, ou renseignez-vous sur d'autres sites si le coeur vous en dit), le sujet en vaut la peine.

17/03/2010

La télé n'a rien à voir là dedans

Le jeu de la mort.jpgCe soir la télévision nous a donné à voir un spectacle assez spécial en la matière d'un jeu dans lequel une série de candidats doivent infliger des décharges électriques progressives à un comparse afin, pensent-ils, de remporter une forte somme d'argent. Mais le comparse n'est en réalité qu'un acteur, auquel l'ensemble du système mis en place n'inflige absolument aucune torture, l'objet de l'expérience étant censemment de tester la niveau d'obéissance ou de résistance des candidats. Et France 2 de nous annoncer que cela permet de mesurer l'influence de la télévision sur nos comportements.

 

Je n'ai vu que la fin du "jeu", et ne sais pas donc s'il a été mentionné au début de l'émission que cette expérience n'a rien de révolutionnaire ou d'innovante puisqu'elle est en réalité l'exacte réplique de l'expérience réalisée par Stanley Milgram entre 1960 et 1963, expérience reprise avec beaucoup de talent et de précision dans le film I comme Icare. L'expérience de Milgram est particulièrement intéressante, et ses conclusions font frémir car elles sont implacables quant-à notre nature et notre propension à agir comme des bourreaux face à des personnes qui ne nous ont rien fait. Elle démontre de façon très claire qu'en l'homme la barbarie n'est jamais loin, que les régimes totalitaires ne sont pas le fait d'individus si anormaux que cela, et surtout qu'ils se sont toujours appuyés sur une grande majorité de personnes "normales" qui ont accepté sans réchigner de réaliser des besognes infâmantes.

 

Mais je dois dire que je suis par ailleurs franchement énervé de la présentation faite par France 2, et en particulier du rôle présenté comme majeur de la télévision dans le comportement de docilité dont font preuve la majorité des candidats de l'émission. Soyons clairs sur ce point : aucun éléments scientifiques sérieux ne vient étayé la thèse que c'est la télévision qui mène les candidats à accepter de suivre ces ordres inhumains. Aucun. Milgram, que je sache, n'a pas mené son expérience dans le cadre d'un jeu télévisé, et à aucun moment ce soir il n'est expliqué, ni même envisagé d'etre expliqué, en quoi ce "jeu de la mort" diffère de l'expérience de Milgram et donc quels pourraient être les critères qui permettraient d'isoler le rôle de la télévision par rapport aux autres facteurs d'obéissance.

 

La conclusion de l'émission est donc parfaitement gratuite, sans aucune valeur, et l'on est bien obligé d'admettre en conséquence qu'elle ne s'appuie que sur une volonté de sensationnalisme, ce qui témoigne d'une perversité sans nom.  Ainsi, on ressort de cela sans aucune idée de l'influence réelle de la télévision sur nos comportements ni en particulier sur notre capacité d'obéissance, mais avec des convictions plus fortes sur sa capacité à tirer sur n'importe quel fil pour faire du spectacle et du sensationnel. Avant toute autre chose, elle nous en dit ainsi beaucoup sur la perversité à laquelle elle n'hésite pas à s'adonner.

 

Quel dommage tout même, quel gâchis, sur un sujet qui mériterait tant de réflexion et d'honnêtes interrogations.

06/03/2010

Brève du soir

En regardant un peu distraitement la télévision ce soir, je passe de l'émission Vie Privée Vie publique, sur France3, à l'émission Vous aurez le dernier mot, sur France 2. Je m'arrête un instant sur celle-ci en entendant un commentaire de Peter Sloterdijk qui discute dans une ambiance savamment ombrée avec Benard-Henry Levy. Le commentaire du philosophe est poussif, haché par des "euh" fréquents, même s'il dit quelque chose qui ne me semble pas inintéressant sur une intuition qu'auraient les hommes sur la réussite dans la vie. Il le termine un peu bizaremment cependant, en revenant sans aucun lien qui me semble bien cohérent sur la notion de guerre, ce à quoi BHL répond de façon terriblement plate que lui a toujours cherché dans sa vie à défendre ce qu'il y avait de bien dans le monde et qu'il fallait se battre pour réparer celui-ci.

 

J'ai alors zappé, pour retourner sur l'évocation personnelle de la vie de Jean Reno, en songeant que, parfois, un homme parlant de lui de façon intime et vraie peut dire beaucoup de choses qui nous touchent de façon universelle, tandis qu'un autre, qui prétend explicitement nous parler d'universel, peut en fin de compte ne pas dépasser la lisière de son nombril.

 

Note : cette brève devait bien être du soir, mais devient du matin faute à un dysfonctionnement de ma connection que je n'avais pas remarqué hier.

11/02/2010

What's up doc ?

logo_dandco.jpgIl y a plusieurs sujets qui m'occupent l'esprit ces temps-ci. Des sujets que je voudrais développer ici, mais qui pour l'instant ne sont même pas des brouillons. Ceci étant, voilà de quoi il s'agit. Je l'indique au moins pour m'en souvenir convenablement, et peut-être pour ceux que cela intéresse pour leur laisser la possibilité de s'y pencher en avance.

 

D'abord, le sujet des croyances. Il y a énormément à explorer sur ce sujet. Telles que je les vois désormais, les croyances sont en nous comme des graines agissant sur notre inconscient de façon déterminante sur notre personnalité et notre comportement.

 

Je m'explique rapidement. Dans son livre L'homme qui voulait être heureux, Laurent Gounelle aborde de façon approfondie le rôle des croyances sur nous. Il donne à un moment l'exemple d'un couple. Le mari est toujours pressé, il compte le nombre de musées visités en une matinée pour estimer l'intérêt réel de ses vacances et moquer celles des autres qui en visitent moins, il est avare, égoïste, et se montre peu chaleureux avec les autres. Sa femme en revanche est quelqu'un de doux, d'attentionné, de gentil. Mais elle vit avec lui en étant comme prisonnière. A aucun moment elle ne témoigne de volonté, je veux dire par là de capacité d'agir, pour s'échapper de la médiocrité humaine dans laquelle l'enferme son mari. Tous deux disent dans un même paragraphe une phrase qui révèle soudain une croyance de fond qui explique leur comportement. Le mari dit ainsi "La vie, c'est une course. Il faut se battre pour être toujours le premier". Et sa femme de répondre "La vie est une loterie". Ainsi l'homme croit qu'il se doit toujours de dépasser les autres, quelque soit l'activité qu'il entreprend, ce qui le mène à une course sans fin et l'oblige à se positionner en permanence en opposition à ses semblables, quand sa femme vit de façon fataliste, tout simplement parce qu'à la lotterie de la vie, elle a décroché le mauvais billet.

 

Ce qui m'intéresse donc est de trouver un moyen de découvrir ces croyances fondamentales qui construisent notre façon de voir le monde et d'y réagir. Je suis persuadé qu'il y a là un travail très intéressant pour chacun. Je compte l'entamer personnellement dans les jours qui viennent, sur mon rapport au travail. Je voudrais mieux comprendre ce qui définit mon comportement lorsque je suis en entreprise. Après une courte introspection hier soir, j'ai déjà découvert qu'il y avait quelque chose d'intéressant à creuser sur ce terrain là pour moi car je crois avoir décelé que ce rapport je l'ai construit dès mes plus jeunes années d'école, en primaire pour être exact. J'ai compris que certaines de mes réactions aujourd'hui étaient similaires à celles que j'avais alors lorsqu'on me donnait des devoirs à faire (je m'empresse de préciser que j'étais alors plutôt bon élève, mais le fond de l'histoire n'est pas là).

 

Deuxième sujet que je crois important, mais qui là demande des développements particulièrement conséquents. Si je les aborde ici, ce ne sera donc que de façon sans doute très partielle, tant le travail requis m'apparaît important. Il concerne en gros l'impact du faire dans notre bonheur. En quoi le fait d'agir influe-t-il sur notre bonheur ? De quelle façon le comment nous agissons influe-t-il ? Etc. Cette question est en partie liée avec l'impact de notre rapport à la technologie dans les tâches que nous avons à accomplir sur notre vie. Elle permet également de proposer une explication, parmi tant d'autres, au fait que des personnes très riches ne se sentent parfois pas heureuses. On rejoint donc ici le sujet du paradoxe d'Easterlin. Vous comprenez pourquoi tous les développements nécessaires sont donc longs.

 

Pour là aussi proposer une première petite idée concrète de la chose, je prendrais volontiers l'exemple de l'émission D&Co sur M.6 Je l'ai regardée à quelques reprises, et au-delà de l'appréciation ou non des choix de décoration qui sont proposés, j'y ai vu un défaut majeur : l'émission construit des maisons témoins. Ce ne sont plus les habitations des gens qui ont commandé les travaux, ce sont des lieux qui leur échappent pour deux raisons : ils sont dépersonnalisés (et la tendance de l'émission à écrire les noms des gens dans chaque pièce vient à mon sens renforcer cet aspect plutôt que l'inverse : on a pas besoin d'inscrire son nom dans son chez soi quand on y sent déjà sa propre vie qui vibre); ils ne sont pas bâtis et décorés par les habitants eux-mêmes (leur participation aux travaux n'est que très minime, et les choix majeurs de décoration ne sont pas les leurs). Résultat : un endroit qui ne leur appartient plus. Tout le côté de factice d'un bien acquis facilement (l'huile de coude est mise par les ouvriers de l'émission), et qui finira par ne pas procurer de vrai bonheur. Le plus symbolique ce soir était la cabane du fils. Qui a-t-il de plus terne qu'une cabane qu'on n'a pas construite soi-même avec les branches et les feuillages du jardin ou du bois d'à côté ? Depuis quand les cabanes sont elles autre chose qu'un endroit éphémère dont la plus grande aventure est d'être bâtie plus que d'y vivre ?

 

A bientôt donc.

31/12/2009

L'âtre

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Dans son livre L'homme qui voulait être heureux, Laurent Gounelle rapporte une expérience étonnante :

 

Dans une université américaine, des chercheurs qui cultivaient des cellules cancéreuses dans une boîte de Petri ont eu l'idée de faire venir des étudiants dans leur laboratoire. Ils les ont rassemblés autour de la boîte et leur ont demandé d'"envoyer de l'amour" aux cellules cancéreuses. Les étudiants l'ont fait, et les chercheurs ont mesuré scientifiquement que les cellules cancéreuses régressaient. Ils n'ont pas été capables d'expliquer ce phénomène, pas plus d'ailleurs qu'ils ne peuvent dire comment, concrètement, les étudiants font pour "envoyer de l'amour", mais le résultat est là, indiscutable : les cellules ont regressé.

 

L'amour parfois, nous paraît bien fragile.

Mais il reste la meilleure chance pour que l'impossible n'existe pas.

 

 

Je vous souhaite à toutes et à tous, une très bonne nouvelle année.