20/07/2011

Papa, c'est quoi des risques psychosociaux ?

Stress par Penelope Jolicoeur.jpgAprès avoir occupé le devant de la scène médiatique pendant plusieurs mois, en particulier depuis les événements qui ont touché France Telecom et Renault, le sujet des risques psychosociaux a quelque peu disparu des médias. Pourtant il n'en reste pas moins un sujet d'actualité qui nécessite à mon sens une meilleure prise en charge. Mais avant de se demander comment traiter la question, sans doute faut-il commencer par la clarifier.

 

Les risques psychosociaux, c'est quoi ? On parle de stress, de pénibilité, de harcèlement moral et de risques psychosociaux. Ces notions semblent parfois recouvrir une même réalité. Comment les distingue-t-on ? Que doit-on comprendre quand on parle de risques psychosociaux? Ou plus exactement, par quel bout prendre le sujet pour le traiter efficacement ? Voici un petit lexique pour s'y retrouver.

 

Le stress : le premier à l'avoir défini est Hans Selye, endocrinologue autrichien du 20è siècle. Pour lui le stress est la réaction non spécifique du corps à toute demande qui lui est faite. Non spécifique signifiant qu'elle est commune à tous les individus et qu'elle surviendrait de la même façon quel que soit le contexte. En France on en trouve une définition très éclairante dans l'accord interprofessionnel du 2 juillet  2009 sur le stress au travail qui dit : "le stress surivent lorsqu'il y a déséquilibre entre la perception qu'une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu'elle a de ses propres ressources pour y faire face".

 

Le harcèlement moral : la notion a été popularisée en 1998 par Marie-France Hirigoyen dans son livre au titre éponyme. En droit elle recouvre aujourd'hui des agissements répétés qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits de la personne du salarié au travail et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. Deux remarques rapides : la première est qu'il est souvent difficile pour un salarié en détresse de démontrer la répétition des agissements qu'il peut subir. La deuxième est que le droit considère que de tels agissements peuvent constituer un harcèlement moral, même sans intention par leur auteur de harceler quiconque. Il suffit que les effets de ces agissements soient constatés pour être punis par la loi.

 

La pénibilité : on envisage d'abord la pénibilité physique, qui recouvre toutes les conditions de travail pouvant nuire à la santé physique de la personne. Aujourd'hui on ne parle pas encore très clairement, du moins à mon sens, de pénibilité psychique. Attendons donc que l'idée fasse son chemin et nous en reparlerons. Evidemment, on se doute qu'elle entre dans les questions que toute organisation doit se poser pour ne pas mettre en jeu la santé des personnes qui y travaillent.

 

Les risques psychosociaux : c'est aujourd'hui cette appellation qui est privilégiée par les professionnels qui souhaitent se pencher sur le versant psychique de la santé au travail. Pour faire simple, les risques psychosociaux recouvrent à mes yeux tous les facteurs qui peuvent mettre en péril la santé psychique des personnes dans leur cadre de travail. Ce qui est intéressant c'est que l'on parle ici de risque, tandis que les notions précédentes recouvrent toutes des situations de souffrance déjà existantes. En traitant le risque, on peut intervenir en anticipation, et pas seulement en pompier comme c'est encore très majoritairement le cas.

 

Je reviendrai ultérieurement plus en détail sur plusieurs de ces notions. Ce qui m'intéressera notamment sera de voir avec vous comment en travaillant sur les risques psychosociaux, une organisation peut créer un cercle vertueux et satisfaire la légitime demande de ses collaborateurs à travailler dans un cadre sain, tout en trouvant des leviers pour atteindre ses objectifs économiques.

 

 

P.S1 : Comme vous le constatez par ce billet, la boutique s'ouvre à nouveau ! J'en suis tout content. :o)

P.S2 : j'ai renommé la catégorie "un peu de recherche et d'idées" en "un peu d'observations". Ce n'est pas génial mais j'ai du mal à trouver un nom qui convient.

 

P.S3 : j'ai voulu une image un peu amusante pour illustrer ce texte, pour ne pas l'affliger de pathos. Vous aurez sans doute reconnu la patte de Pénélope Jolicoeur, qui je l'espère ne prendra pas ombrage de ce que j'ai utilisé son dessin sans lui demander sa permission. Cliquez ici pour découvrir son blog si vous ne le connaissez pas encore !

30/06/2010

S'intégrer quand on est un enfant HP (High Potential)

cerveau.jpgQuisti m'a posé il y a quelques mois la question suivante : pouvez-vous faire un billet sur la difficulté qu'éprouvent les enfants et les adultes dits HP à s'intégrer dans la vie sociale en général, à s'accepter et à vivre ? D'emblée il me faut dire que je ne répondrai pas complètement à cette question. Parce que cela nécessite pour être convenablement fait une compétence que je n'ai pas. Les cas d'enfants HP sont particuliers et répondent à des mécanismes psychiques qu'il convient d'avoir étudiés un minimum à mon sens avant de prétendre y apporter des réponses adéquates.

 

Mais je ne veux pas laisser la requête de Quisti sans réponse, et vous propose de le faire en abordant un point qui éclairera je l'espère au moins partiellement le sujet : la construction de l'identité de l'enfant.

 

Mais qu'est-ce qu'un enfant HP tout d'abord ? Il s'agit en réalité d'un acronysme issu de l'anglais High Potential. En français on traduira par enfant précoce, ou par le terme surdoué (que je n'aime pas du tout pour ma part car je trouve qu'il est trop connoté). Sur ce point déjà j'ai découvert par une recherche rapide que les spécialistes pouvaient être circonspects, et qu'ils différencient parfois enfants précoces et surdoués, les précoces pouvant n'être que précoces (et donc pas surdoués). Si l'on lit rapidement un peu de littérature sur le sujet qu'y trouve-t-on ? Rapidement, que ces enfants ont un mécanisme de pensée différent des autres. Ils ont une mémoire meilleure que les autres, leur pensée fonctionne en arborescence et non de façon séquentielle, ils sont également plus intuitifs, plus créatifs, et leurs sensibilité est plus élevé que la norme.

 

Cette différence de comportement et de fonctionnement crée une difficulté particulière pour ces enfants : comment vont-ils trouver leur place dans un monde construit pour d'autres types de fonctionnement que le leur ? Comment vont-ils s'intégrer parmi un milieu social composé de gens qui ne comprennent et n'envisagent pas le monde comme eux ? A mon sens un enfant précoce se pose en particulier rapidement une question, même si elle n'est pas réellement formulée clairement ainsi dans son esprit : qui dois-je devenir ?

 

Imaginons-nous un instant dans son univers, à sa place. Ses parents ont détecté sa précocité dans ses jeunes années. Plusieurs fois il les a entendu parler de lui en prononçant ce mot : "précoce". A chaque fois ce mot en porte avec lui un autre : "diffférent". J'ai 5, 8, 12 ans. Je suis différent. Différent de qui ? Différent de quoi ? Si je suis ainsi différent est-ce que les autres vont m'accepter ? Les parents jouent un rôle fondamental dans la construction de l'identité de l'enfant. Il se construit pour la majeure partie dans ses jeunes années en fonction de l'image que ceux-ci lui renvoient de lui-même. Ainsi l'enfant peut-il aboutir à la question personnelle suivante : "mes parents me disent que je suis différent, qu'est-ce que cela signifie sur ce qu'ils attendent de moi ? Que dois-je faire pour pouvoir être accepté, aimé ?"

 

J'ai l'impression que le risque ici est d'enfermer l'enfant dans une vision qui ne le laisse pas libre de devenir lui-même. Les parents bien souvent ont tendance à faire des projections d'eux-mêmes sur leurs enfants. C'est assez inévitable en réalité. Et l'enfant lui dans ses jeunes années va naturellement vouloir être aimé de ses parents. Dès lors son identification par ses parents en tant qu'enfant précoce peut constituer une forme de pression sur l'identité que l'enfant va chercher à atteindre. Les autres enfants sont bien sûr eux aussi l'objet des projections de leurs parents, mais ils n'entendent jamais ce mot qui les met à l'écart des autres, qui les différencie du groupe "normal". Ils n'ont aucun effort à faire pour être normal. Les enfants précoces eux ont en plus des autres cette question de leur positionnement vis-à-vis du groupe social à régler. Elle peut se traduire dans un effort démesuré pour devenir normal, et aboutir à renier leur potentiel, au risque d'étouffer leur identité et leur personnalité réelle.

 

Les enfants précoces d'une certaine façon doivent donc peut-être parvenir à éluder la question de l'intégration dans le groupe social. La question à laquelle il leur faut répondre à mon avis pour être heureux (oui c'est forcément ça l'objectif), n'est pas comment faire pour s'intégrer, mais comment être eux-mêmes. Et c'est là que bien souvent le bas blesse. Parce que les parents s'ils ne sont pas HP peuvent avoir du mal à comprendre leurs enfants. Par ailleurs il m'apparaît logiquement nécessaire qu'ils abandonnent leurs projections s'ils veulent permettre à leurs enfants de développer leur personnalité de façon libre (ce qui ne signifie pas qu'ils doivent abandonner l'idée de donner des repères, notamment moraux, à leurs enfants), ce qui n'est pas chose aisée.

 

Cette question peut se traduire concrètement pour les enfants HP dans les attentes que les adultes manifestent à leur endroit. Quel est leur droit à l'erreur s'ils sont plus doués que les autres ? Quelle patience leurs parents vont-ils avoir vis-à-vis de leurs difficultés à l'école ? Je ne suis pas sûr de ce que j'avance, mais j'imagine possible qu'un enfant, même précoce puisse rencontrer quelques difficultés dans certaines matières. Quelle pression cela peut alors être de se retrouver avec des adultes qui ont des attentes très élevées et qui n'ont pas la patience de se pencher sur ses difficultés pour aider parce qu'ils considèrent que l'enfant peut tout faire et facilement en plus ! Ces attentes dressent un portrait attendu pour l'enfant, une identité obligée : zéro défaut et une facilité qui doit être visible. Quelle place leur reste-t-il pour être eux-mêmes ? Là aussi ça ne signifie pas qu'il ne faille pas être exigeant. S'épanouir, au sens propre du terme, c'est bien arriver à développer toutes ses compétences, tout son potentiel. Mais entre pression et motivation il doit y avoir un pas à trouver.

 

Ces remarques soulèvent peut-être plus de questions qu'elles n'en résolvent. J'espère n'avoir pas écrit trop de bêtises, mais je manque de matériau pour être plus sûr de moi, et ces questions sont tellement mouvantes d'un individu à l'autre qu'il est difficile de viser juste pour chacun. Il me faudrait peut-être devenir moi-même précoce pour trouver la bonne solution, ou alchimiste céleste ...

 

10/06/2010

Les paris sont ouverts !

Je sais, ça fait longtemps que je n'ai plus rien écris, et je suis honteusement en retard pour répondre à la demande de Quisti concernant les personnes HP (High Potential pour ceux qui ne connaissent pas). Sur ce dernier point je dois dire que le sujet est en fait compiqué et qu'il faut sans doute être plus expert que je ne suis (si tant est que je ne l'ai jamais été d'ailleurs) pour le traiter convenablement. Je ne désespère pas de pouvoir proposer quelque chose mais cela risque de ne pas être encore pour tout de suite.

 

Non le sujet du jour forcément c'est Zeu pari concernant la coupe du monde ! Alors, alors ? Qu'en pensez-vous ? Le jour de l'élimination de l'équipe de France, quelle demande Raymond Domenech va-t-il bien pouvoir adresser à sa chère compagne ? C'est qu'il a déjà mis la barre assez haut.

 

On rigole, mais moi si j'étais elle je ne me sentirais pas rassurée ...

23/03/2010

La Croix bleue à l'écoute des problèmes d'alcool

LOGO CROIX BLEUE.jpgJ'ai été contacté fin 2009 par la Croix Bleue à propos des articles que j'avais écris dans les premiers temps de ce blog sur le sujet de l'écoute. Ils souhaitaient reprendre un mix de ces articles et l'intégrer dans leur magazine trimestriel. C'est aujourd'hui chose faite et j'en ai reçu chez moi quelques exemplaires.

 

Afin de rendre justice à l'honneur qu'ils m'ont ainsi fait, quelques mots de présentation de leur action s'imposent. La Croix Bleue fonctionne sur la base d'une fédération internationale, basée en Suisse, à Berne. Son activité est d'intervenir en aide auprès des personnes dépendantes, en particulier de l'alcool. Ses actions se portent à la fois sur la prévention, le conseil et l'accompagnement, tant des personnes dépendantes à l'alcool que de leur entourage. Enfin, signalons qu'historiquement la Croix Bleue est liée à l'église réformée, du fait de son fondateur. Aujourd'hui cet enracinement initial existe toujours quoiqu'il ne m'en a été fait aucune mention dans les contacts que j'ai eu avec les personnes de l'organisation, ce qui me porte à croire qu'il ne constitue qu'un élément de libre philosophie pour chacun de ses membres actifs.

 

Je ne suis pas spécialiste de l'alcoologie, mais je souhaite dire un mot sur la dépendance et l'alcoolisme. Ce n'est pas un hasard si l'alcool figure en première ligne dans les préoccupation d'une organisation comme la Croix Bleue et dans les travaux d'adictologie en général. L'alcool est, parmi les différents produits qui mènent à la dépendance, un des plus dangereux. Ses conséquences à court terme sont lourdes (principalement en accidents de la route) et la dépendance qu'il crée est une des plus difficile à combattre. Selon l'association nationale de prévention de l'alcoolisme, 5 millions de personnes en France souffrent d'un problème lié à l'alcool, Ii entraîne 5 000 décès chaque année  (dont  4 000 décès automobiles) et représente la troisième cause de mortalité dans notre pays.

 

J'ai longtemps eu une dent particulière contre la cigarette. Cette aversion a grandit très fortement suite à une évolution personnelle qui ne serait pas très claire à expliquer. Disons qu'après certains événements j'ai développé un mécanisme de révolte très fort contre tout ce qui à mes yeux représente une forme de maltraitance envers les individus, qu'elle soit physique ou psychique. Et l'idée qu'une personne s'inflige une maltraitance, notamment à travers l'ingestion de produits toxiques, me révulsait.  Le problème de ce produit, ce qui m'inquiétait surtout, c'était justement qu'il crée une addiction, une dépendance. Un piège qui se referme sur lui-même et que nombre de fumeurs jugent avec légèreté, en croyant à tort qu'ils gardent le contrôle complet sur la chose.

 

Mais l'alcool est pire que la cigarette. La dépendance qu'il crée est plus dure, et ses conséquences à court terme plus fortes. Lorsque j'ai appris récemment qu'un de mes anciens patrons, pour qui j'avais nourri une détestation anormalement vive, était récemment passé de la cigarette (qu'il consommait comme trois pompiers), à l'alcool, je me suis senti réellement inquiet pour lui et j'espère qu'il saura ne pas en avoir une consommation aussi déréglée que celle qu'il faisait du tabac.

 

J'en termine ici. Je vous invite à découvrir l'activité de la Croix Bleue (leur site Internet n'est pas merveilleux je dois dire, mais franchissez cet obstacle, ou renseignez-vous sur d'autres sites si le coeur vous en dit), le sujet en vaut la peine.

17/03/2010

La télé n'a rien à voir là dedans

Le jeu de la mort.jpgCe soir la télévision nous a donné à voir un spectacle assez spécial en la matière d'un jeu dans lequel une série de candidats doivent infliger des décharges électriques progressives à un comparse afin, pensent-ils, de remporter une forte somme d'argent. Mais le comparse n'est en réalité qu'un acteur, auquel l'ensemble du système mis en place n'inflige absolument aucune torture, l'objet de l'expérience étant censemment de tester la niveau d'obéissance ou de résistance des candidats. Et France 2 de nous annoncer que cela permet de mesurer l'influence de la télévision sur nos comportements.

 

Je n'ai vu que la fin du "jeu", et ne sais pas donc s'il a été mentionné au début de l'émission que cette expérience n'a rien de révolutionnaire ou d'innovante puisqu'elle est en réalité l'exacte réplique de l'expérience réalisée par Stanley Milgram entre 1960 et 1963, expérience reprise avec beaucoup de talent et de précision dans le film I comme Icare. L'expérience de Milgram est particulièrement intéressante, et ses conclusions font frémir car elles sont implacables quant-à notre nature et notre propension à agir comme des bourreaux face à des personnes qui ne nous ont rien fait. Elle démontre de façon très claire qu'en l'homme la barbarie n'est jamais loin, que les régimes totalitaires ne sont pas le fait d'individus si anormaux que cela, et surtout qu'ils se sont toujours appuyés sur une grande majorité de personnes "normales" qui ont accepté sans réchigner de réaliser des besognes infâmantes.

 

Mais je dois dire que je suis par ailleurs franchement énervé de la présentation faite par France 2, et en particulier du rôle présenté comme majeur de la télévision dans le comportement de docilité dont font preuve la majorité des candidats de l'émission. Soyons clairs sur ce point : aucun éléments scientifiques sérieux ne vient étayé la thèse que c'est la télévision qui mène les candidats à accepter de suivre ces ordres inhumains. Aucun. Milgram, que je sache, n'a pas mené son expérience dans le cadre d'un jeu télévisé, et à aucun moment ce soir il n'est expliqué, ni même envisagé d'etre expliqué, en quoi ce "jeu de la mort" diffère de l'expérience de Milgram et donc quels pourraient être les critères qui permettraient d'isoler le rôle de la télévision par rapport aux autres facteurs d'obéissance.

 

La conclusion de l'émission est donc parfaitement gratuite, sans aucune valeur, et l'on est bien obligé d'admettre en conséquence qu'elle ne s'appuie que sur une volonté de sensationnalisme, ce qui témoigne d'une perversité sans nom.  Ainsi, on ressort de cela sans aucune idée de l'influence réelle de la télévision sur nos comportements ni en particulier sur notre capacité d'obéissance, mais avec des convictions plus fortes sur sa capacité à tirer sur n'importe quel fil pour faire du spectacle et du sensationnel. Avant toute autre chose, elle nous en dit ainsi beaucoup sur la perversité à laquelle elle n'hésite pas à s'adonner.

 

Quel dommage tout même, quel gâchis, sur un sujet qui mériterait tant de réflexion et d'honnêtes interrogations.

06/03/2010

Brève du soir

En regardant un peu distraitement la télévision ce soir, je passe de l'émission Vie Privée Vie publique, sur France3, à l'émission Vous aurez le dernier mot, sur France 2. Je m'arrête un instant sur celle-ci en entendant un commentaire de Peter Sloterdijk qui discute dans une ambiance savamment ombrée avec Benard-Henry Levy. Le commentaire du philosophe est poussif, haché par des "euh" fréquents, même s'il dit quelque chose qui ne me semble pas inintéressant sur une intuition qu'auraient les hommes sur la réussite dans la vie. Il le termine un peu bizaremment cependant, en revenant sans aucun lien qui me semble bien cohérent sur la notion de guerre, ce à quoi BHL répond de façon terriblement plate que lui a toujours cherché dans sa vie à défendre ce qu'il y avait de bien dans le monde et qu'il fallait se battre pour réparer celui-ci.

 

J'ai alors zappé, pour retourner sur l'évocation personnelle de la vie de Jean Reno, en songeant que, parfois, un homme parlant de lui de façon intime et vraie peut dire beaucoup de choses qui nous touchent de façon universelle, tandis qu'un autre, qui prétend explicitement nous parler d'universel, peut en fin de compte ne pas dépasser la lisière de son nombril.

 

Note : cette brève devait bien être du soir, mais devient du matin faute à un dysfonctionnement de ma connection que je n'avais pas remarqué hier.

11/02/2010

What's up doc ?

logo_dandco.jpgIl y a plusieurs sujets qui m'occupent l'esprit ces temps-ci. Des sujets que je voudrais développer ici, mais qui pour l'instant ne sont même pas des brouillons. Ceci étant, voilà de quoi il s'agit. Je l'indique au moins pour m'en souvenir convenablement, et peut-être pour ceux que cela intéresse pour leur laisser la possibilité de s'y pencher en avance.

 

D'abord, le sujet des croyances. Il y a énormément à explorer sur ce sujet. Telles que je les vois désormais, les croyances sont en nous comme des graines agissant sur notre inconscient de façon déterminante sur notre personnalité et notre comportement.

 

Je m'explique rapidement. Dans son livre L'homme qui voulait être heureux, Laurent Gounelle aborde de façon approfondie le rôle des croyances sur nous. Il donne à un moment l'exemple d'un couple. Le mari est toujours pressé, il compte le nombre de musées visités en une matinée pour estimer l'intérêt réel de ses vacances et moquer celles des autres qui en visitent moins, il est avare, égoïste, et se montre peu chaleureux avec les autres. Sa femme en revanche est quelqu'un de doux, d'attentionné, de gentil. Mais elle vit avec lui en étant comme prisonnière. A aucun moment elle ne témoigne de volonté, je veux dire par là de capacité d'agir, pour s'échapper de la médiocrité humaine dans laquelle l'enferme son mari. Tous deux disent dans un même paragraphe une phrase qui révèle soudain une croyance de fond qui explique leur comportement. Le mari dit ainsi "La vie, c'est une course. Il faut se battre pour être toujours le premier". Et sa femme de répondre "La vie est une loterie". Ainsi l'homme croit qu'il se doit toujours de dépasser les autres, quelque soit l'activité qu'il entreprend, ce qui le mène à une course sans fin et l'oblige à se positionner en permanence en opposition à ses semblables, quand sa femme vit de façon fataliste, tout simplement parce qu'à la lotterie de la vie, elle a décroché le mauvais billet.

 

Ce qui m'intéresse donc est de trouver un moyen de découvrir ces croyances fondamentales qui construisent notre façon de voir le monde et d'y réagir. Je suis persuadé qu'il y a là un travail très intéressant pour chacun. Je compte l'entamer personnellement dans les jours qui viennent, sur mon rapport au travail. Je voudrais mieux comprendre ce qui définit mon comportement lorsque je suis en entreprise. Après une courte introspection hier soir, j'ai déjà découvert qu'il y avait quelque chose d'intéressant à creuser sur ce terrain là pour moi car je crois avoir décelé que ce rapport je l'ai construit dès mes plus jeunes années d'école, en primaire pour être exact. J'ai compris que certaines de mes réactions aujourd'hui étaient similaires à celles que j'avais alors lorsqu'on me donnait des devoirs à faire (je m'empresse de préciser que j'étais alors plutôt bon élève, mais le fond de l'histoire n'est pas là).

 

Deuxième sujet que je crois important, mais qui là demande des développements particulièrement conséquents. Si je les aborde ici, ce ne sera donc que de façon sans doute très partielle, tant le travail requis m'apparaît important. Il concerne en gros l'impact du faire dans notre bonheur. En quoi le fait d'agir influe-t-il sur notre bonheur ? De quelle façon le comment nous agissons influe-t-il ? Etc. Cette question est en partie liée avec l'impact de notre rapport à la technologie dans les tâches que nous avons à accomplir sur notre vie. Elle permet également de proposer une explication, parmi tant d'autres, au fait que des personnes très riches ne se sentent parfois pas heureuses. On rejoint donc ici le sujet du paradoxe d'Easterlin. Vous comprenez pourquoi tous les développements nécessaires sont donc longs.

 

Pour là aussi proposer une première petite idée concrète de la chose, je prendrais volontiers l'exemple de l'émission D&Co sur M.6 Je l'ai regardée à quelques reprises, et au-delà de l'appréciation ou non des choix de décoration qui sont proposés, j'y ai vu un défaut majeur : l'émission construit des maisons témoins. Ce ne sont plus les habitations des gens qui ont commandé les travaux, ce sont des lieux qui leur échappent pour deux raisons : ils sont dépersonnalisés (et la tendance de l'émission à écrire les noms des gens dans chaque pièce vient à mon sens renforcer cet aspect plutôt que l'inverse : on a pas besoin d'inscrire son nom dans son chez soi quand on y sent déjà sa propre vie qui vibre); ils ne sont pas bâtis et décorés par les habitants eux-mêmes (leur participation aux travaux n'est que très minime, et les choix majeurs de décoration ne sont pas les leurs). Résultat : un endroit qui ne leur appartient plus. Tout le côté de factice d'un bien acquis facilement (l'huile de coude est mise par les ouvriers de l'émission), et qui finira par ne pas procurer de vrai bonheur. Le plus symbolique ce soir était la cabane du fils. Qui a-t-il de plus terne qu'une cabane qu'on n'a pas construite soi-même avec les branches et les feuillages du jardin ou du bois d'à côté ? Depuis quand les cabanes sont elles autre chose qu'un endroit éphémère dont la plus grande aventure est d'être bâtie plus que d'y vivre ?

 

A bientôt donc.

31/12/2009

L'âtre

Feu.jpg

 

Dans son livre L'homme qui voulait être heureux, Laurent Gounelle rapporte une expérience étonnante :

 

Dans une université américaine, des chercheurs qui cultivaient des cellules cancéreuses dans une boîte de Petri ont eu l'idée de faire venir des étudiants dans leur laboratoire. Ils les ont rassemblés autour de la boîte et leur ont demandé d'"envoyer de l'amour" aux cellules cancéreuses. Les étudiants l'ont fait, et les chercheurs ont mesuré scientifiquement que les cellules cancéreuses régressaient. Ils n'ont pas été capables d'expliquer ce phénomène, pas plus d'ailleurs qu'ils ne peuvent dire comment, concrètement, les étudiants font pour "envoyer de l'amour", mais le résultat est là, indiscutable : les cellules ont regressé.

 

L'amour parfois, nous paraît bien fragile.

Mais il reste la meilleure chance pour que l'impossible n'existe pas.

 

 

Je vous souhaite à toutes et à tous, une très bonne nouvelle année.

18/12/2009

Proposition pour Manuel

Dans un billet qui reste récent à l'échelle de mes propres mises à jour, Samantdi a évoqué la remarque faite par un de ses élèves lors d'un cours de conjugaisons au passé simple. Celui-ci, arrêté sur "Nous nous tûmes", fit remarquer à Samantdi, qui est, on l'aura compris, son professeur, qu'un de ses camarades, Manuel, lui "ne pense qu'à ça, se tuer." Et Manuel de confirmer, et d'ajouter que "la vie ne sert à rien". Cette idée évoquée par des enfants fait toujours un peu frémir. Parce qu'il nous semble bien dur qu'elle leur vienne à leur âge, mais aussi parce qu'on ne sait pas bien quelle réponse y apporter. Ce billet constitue une proposition, que je formule en vous invitant à toutes les précautions de lecture, d'interprétations et d'applications.


D'abord il faudrait savoir à quel point Manuel pense ce qu'il dit. Difficile de le percevoir dans un texte, peut-être Samantdi a-t-elle pu s'en apercevoir de façon plus précise en cours.


Ensuite, et c'est le point central de mon billet, il m'apparaît que c'est un travail sur ses croyances qui doit être entrepris. En effet il semble avoir construit une croyance qui fait souche aux autres : "la vie ne sert à rien". Aujourd'hui, il est possible que cela soit déjà une croyance forte chez lui, qu'elle lui vienne déjà du ventre et pas de la tête. Il est possible aussi qu'elle ne soit encore que des mots, par exemple répétés de ce qu'il entend chez lui (s'il a un parent qui répète cette phrase comme un leitmotiv sans faire attention à l'influence que cela exerce sur ses enfants). Dans ce deuxième cas, le risque est bien sûr que cela se transforme en croyance forte.

 

Deux niveaux d'inquiétude doivent être pris en compte. D'abord le risque qu'il veuille effectivement un jour se tuer. A lire Samantdi il semble que cette hypothèse semble encore loin. Du moins on l'espère. Deuxième niveau : cette croyance négative sur ce que l'on peut attendre de la vie va affecter sa manière de grandir, de voir les choses, les opportunités qu'il saura saisir, etc. Bref lui pourrir l'existence (avec l'influence que cela aura aussi sur son entourage - on peut créer ainsi des schémas familiaux où chaque génération transmet son "sort" aux autres).

 

Comment agir sur une croyance ? Difficile. D'abord il faut trouver d'où elle vient. Qu'est-ce qui la construit et qui l'alimente ? Pour les enfants, c'est souvent les parents vers lesquels on peut se tourner. Un défaitisme de vie de leur part peut amener leurs enfants à avoir ce type de pensée. Mais ça peut être autre chose. Une fois la cause trouvée, il faut en discuter avec lui, la détricoter. Comme si on mettait à plat sur une table tous les éléments qui la constituent, en terme de personnes, de contenu, de temps, de lieu, etc., bref toutes les caractéristiques qui forment cette croyance, mais isolées les unes des autres. On peut même faire un exercice ludique là-dessus, en fonctionnant avec des légos.

 

Cette idée me vient quelques temps après avoir assister à une démonstration d'une méthode innovante de réflexion pour les entreprises qui s'appelle Lego serious play(TM). Cette méthode se base sur une idée simple : modéliser avec ses mains permet de mieux réfléchir. Dans notre cas, il va permettre à l'enfant de matérialiser des idées et le sens qu'il peut leur rattacher. 

 

Première étape : il façonne avec les légos une forme qui représente sa croyance. A priori, même si je n'ai pas encore les idées claires sur ce point, je dirais qu'il vaut mieux le laisser agir librement et faire le montage qu'il veut.

 

Deuxième étape : une fois la forme réalisée, il l'explique. Il met des mots dessus, raconte une histoire en lien avec la forme. Cela lui permet mentalement de la désigner de façon concrète. En la modélisant avec les légos il peut l'identifier, et comprendre ainsi que lorsqu'il dit "la vie ne sert à rien" il s'agit d'une croyance. Il sort de l'indéfini dans lequel nous sommes tous avec la plupart de nos croyances, et surtout il visualise quelque chose qui me semble fondamental : sa croyance n'est pas lui, et même dans le cas présent, et c'est un pas qui me semble très intéressant, sa croyance est en dehors de lui, puisqu'elle est à ce moment là sur la table.

 

Troisième étape : il défait les légos, et les présente posés sur la table, chacun isolément. Ici vient le travail pour lui proposer des alternatives à sa croyance. Les légos peuvent ici avoir un grand avantage. Il suffit de lui demander de construire quelque chose de nouveau avec les mêmes légos. En effet, en lui demandant de réaliser une forme nouvelle en se servant des mêmes légos, on lui fait donner forme, littéralement, à l'idée qu'une autre croyance est possible. On ouvre la prison mentale dans laquelle sa croyance l'a fait entrer pour lui permettre de construire ... ce qu'il veut ! A partir de là il est peut-être possible que cet exercice participe d'une véritable prise de conscience chez lui et qu'il puisse ainsi travailler de façon efficace sur sa croyance limitante.

 

Bien sûr l'habileté de la personne qui mène ce type de démarche est très importante. La forme du discours tenu, la manière d'amener les différentes étapes, etc. Mais je suis convaincu que travailler sur ses croyances est quelque chose de fondamental. Cela nous permettrait à tous de mieux nous comprendre, et de mieux appréhender ce qui constitue les bases de nos comportements et de nos convictions. Et par ailleurs il m'a semblé que cette idée des légos était assez bonne, surtout pour un enfant qui est peut-être plus sensible à une approche ludique qu'à une discussion. Et je pense qu'elle marche aussi très bien pour les adultes, sinon la démarche Lego Serious Play(TM) n'aurait pas le même succès.

 

Je reviendrai très vite, avant la fin de l'année, sur les croyances. C'est un point que j'ai déjà soulevé dans mes derniers billets, je crois que des choses très intéressantes peuvent en sortir.

(et image à venir je l'espère, j'attends une autorisation d'utilisation)

20/11/2009

En viendrons-nous tous aux mains ?

Main d'Henry.jpgMercredi soir nous avons assisté à un bien triste match entre la France et l'Irlande. Triste par la faiblesse du jeu proposé, et aussi bien sûr par la façon dont son dénouement s'est dessiné.

 

Authueil aujourd'hui, et d'autres commentateurs avant lui, regrettent et fustigent même les regrets de certains supporters. A le lire, il faut savoir filer avec la caisse quand on n'a pas été pris. Ce comportement serait celui des gagneurs, des gens qui savent aller de l'avant. Tandis que les regrets et les scrupules seraient les caractéristiques des faibles. Il s'agit de "bouffer ou d'être bouffer".

 

Je ne partage pas sa vision des choses et veux espérer qu'il y a autre chose qui nous attend que cette désespérante bataille de loups qu'il nous promet (et dans laquelle nous serions déjà d'ailleurs). Sinon, alors très franchement, je ne vois aucun intérêt à vivre.

 

Il s'agit en fait ici de divergences de croyances. Des croyances de base qui fondent le comportement. Il se trouve que je trouve la sienne néfaste (aux autres comme à lui en passant), fondée sur une vision horrible des choses. Personnellement je suis souvent très pessimiste sur nos facultés à être autre chose que des machines à broyer les autres. J'en ai d'ailleurs largement fait écho ici en abordant notre propension si insatiable à chercher le pouvoir et la domination sur les autres. Mais pourtant je n'ai pas envie de croire qu'il est impossible que des gens puissent se comporter en fonction d'une morale qui leur est propre, et que des joueurs de foot pour revenir à l'exemple de la semaine, ne puissent pas respecter les règles et valeurs de leur sport et ne fassent que s'en remettre aux autorités autorisées pour décider du cours des choses. Ils ne sont pas des pantins, et comme tous les autres ils sont responsables de ce qu'ils font.

 

En psychologie et en développement personnel il y aurait pas mal de choses à dire sur ce point. Sur la responsabilité d'abord. Une personne qui s'appuie sur les autres pour rendre compte de ses actes n'agit pas de façon responsable. Qu'est-ce qu'elle perd ? L'estime de soi. En agissant par soi-même et en reconnaissant la responsabilité de ses actes on participe à la construction de l'estime de soi. Sur les valeurs ensuite. Agir de façon conforme à ses valeurs renforce également l'estime de soi. Tandis que les actes faits en dépits ou contre ses valeurs personnelles affaiblissent l'estime de soi. C'est cette prise de conscience qui m'a décidé à ne plus accepter sans broncher certaines décisions de mon ancien employeur. Et j'ai senti clairement le gain que j'en retirais.

 

Ceci dit, pour en revenir au foot, la prochaine fois que nous nous rendrons à Dublin pour jouer un match il ne faudra pas s'étonner si le fond de l'Eire effraie... (^^).

 

(Ok c'est en grande partie un copyright Gothlib - tu vois Samuel, j'aurais été gêné de tirer toute la couverture à moi)