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10/04/2006

La relation d'aide selon Carl Rogers

Je découvre un peu par hasard un texte très intéressant de Carl Rogers repris par l'association Expérience & Partage sur son site. Je conseille de lire l'intégralité du texte, mais pour susciter un peu l'envie, voici l'introduction, qui présente quelques unes des principales questions posées par Carl Rogers pour établir une relation d'aide (on se situe ici dans le cadre d'une aide psychologique).

 

"J'ai un peu peur de lui, de pénètrer ses pensées qui sont en lui, comme j'ai un peu peur des profondeurs qui sont en moi.
Pourtant, en l'écoutant, je commence à éprouver un certain respect pour lui, à sentir que nous sommes parents.
Je devine combien son univers lui paraît terrifiant, quelle tension il met à essayer de le contrôler.
Je voudrais sentir ses impressions, qu'il sache que je le comprends.
Je voudrais qu'il me sache près de lui, dans son petit univers compact et resséré, capable de regarder cet univers sans trop de frayeur.
Je puis peut-être le lui rendre moins dangereux.
J'aimerais que mes sentiments dans ce rapport avec lui soient aussi  clairs et évidents que possible, afin qu'il les reçoive comme une réalité discernable à laquelle il pourra retourner sans cesse.

Je voudrais entreprendre avec lui cet effrayant voyage en lui-même, au sein de la peur ancrée en lui, de la haine, de l'amour qu'il n'a jamais réussi à laisser l'envahir.
Je reconnais que c'est un voyage très humain, et imprévisible pour moi, aussi bien que pour lui, et je risque, sans même savoir que j'ai peur, de me rétracter en moi-même devant certains des sentiments qu'il découvre.
Je sais que celà imposera des limites dans ma capacité à l'aider.

Je me rends compte que ses propres craintes peuvent par moment l'amener à voir en moi un intrus, indifférent et repoussant, quelqu'un qui ne comprend pas.
Je veux accepter pleinement ses sentiments en lui, tout en espérant que mes propres sentiments éclateront si clairement dans leur réalité qu'avec le temps, il ne pourra manquer de les percevoir.
Et surtout, je veux qu'il rencontre en moi une personne réelle.
Je n'ai pas  à me demander avec gêne si mes propres sentiments sont "thérapeutiques".
Ce que je suis et ce que je sens peut parfaitement servir de base à une thérapie, si je sais "être" ce que je suis et ce que je sens, dans mes rapports avec lui de façon limpide.
Alors il arrivera peut-être à être ce qu'il est, ouvertement et sans crainte.
"

 

Il y a beaucoup de choses à glaner dans ce texte, qui est d'ailleurs peut-être un peu trop synthétique pour les lecteurs qui ne se sont jamais penchés sur ce type de problématique. Je retiens un point essentiel, qui est à mon sens le fondement de toute relation d'appui psychologique (tant qu'on n'est pas dans un démarche médicale en psychiatrie): on aide l'autre en travaillant sur soi.

 

Cela signifie que pour parvenir à véritablement aider l'autre, il n'y a rien de mieux que de lui montrer, par l'exemple de soi, la voie qu'il peut suivre. C'est cette phrase qui l'exprime le mieux dans le texte cité plus haut: "Ce que je suis et ce que je sens peut parfaitement servir de base à une thérapie". En effet, si l'on souhaite aider la personne à retrouver un état de sérénité et une bonne solidité psychologique, il n'y a rien de tel que de lui faire sentir ce que sont cette sérénité et cette solidité par son comportement.

 

Cette idée s'appuie à mon avis sur une observation que l'on peut faire assez souvent dans ses relations avec les autres: on agit toujours plus ou moins comme des miroirs les uns avec les autres. C'est pour cela que nous ne sommes pas tout à fait les mêmes avec notre famille, avec nos amis, avec nos collègues de bureau, etc, et que nous développons souvent des personnalités différentes pour nous adapter aux situations auxquelles nous sommes amenés à nous confronter.

 

Ce jeu de miroir peut être mis à profit dans le cadre de la relation d'aide, et c'est je crois là-dessus que l'on peut s'appuyer pour mettre en oeuvre ce que suggère ici Carl Rogers. C'est d'ailleurs un peu ce qui se passe lors d'une relaxation. En effet, une grande partie de la relaxation s'appuie sur le comportement de la personne qui parle. C'est sa voix monocorde, son ton chaud, calme et serein, qui est le premier agent de notre détente.

 

Et bien c'est un peu le même ressort que l'on peut utiliser dans le cadre d'une relation d'aide psychologique. En présentant à l'autre, par son visage, son regard, sa voix, son attitude corporelle, un comportement de sérénité, de solidité et d'attention, on lui ouvre la porte pour que lui-même emprunte le même chemin. En lui montrant ce qu'est ce chemin on l'aide à le suivre car on l'en rapproche.

 

Il ne s'agit évidemment pas d'imposer à l'autre de suivre les mêmes choix que soi, mais plutôt que celui-ci puisse suivre son propre chemin armé des mêmes atouts que soi. On y parvient notamment en éliminant les gestes parasites qui peuvent laisser croire à une ambiguité de sentiment, à une fausseté de comportement, en restant calme et concentré, sans être pertubateur ni intrusif, et surtout sans adopter une attitude supérieure. On dit beaucoup par ce langage corporel, on offre beaucoup, et l'on est parfois bien plus efficace qu'avec des mots.

06/04/2006

Les effets de la prière sont impénétrables

Ce soir en ouvrant Le Monde, j'ai voulu lire l'article sur les 15 blogs censés être les plus influents dans la blogosphère française, ou en tout cas parmis les plus lus. Je l'ai parcouru un peu amusé et intrigué de découvrir dans ce grand quotidien un papier qui tente d'analyser le poids que peuvent prendre certains blogs dans les débats actuels. Il y a quelques coquilles dedans (Eolas aurait commencé son blog seulement en avril 2005?) mais bon, c'est sympa.

 

On y voit des noms attendus, d'autres moins, et puis le papier cherche à définir un peu ce qui fait qu'un blog est considéré comme influent, en récusant la simplicité du nombre de pages lues (ouf j'ai encore une chance alors), et en s'attachant un peu à la qualité et à l'expertise tant du blogueur (mince...) que de ses lecteurs (aaaah :o) ). Mais bon, en fait, je dois vous avouer, que cet article m'a moins intéressé qu'un autre que j'ai trouvé plus insolite !

 

En effet, celui qui retint le plus mon attention, c'est celui-ci, intitulé: "la prière serait dangereuse pour la santé". Il rapporte une expérience assez cocasse effectuée par seize praticiens dirigés eux-mêmes par deux docteurs, pour évaluer le bénéfice que la prière aurait sur des personnes malades devant subir un pontage coronarien. ll s'agit donc de contrôler expérimentalement si le fait de faire une prière pour une personne mal en point contribue au rétablissement de celle-ci.

 

Ainsi, trois groupes de malades ont été formés, deux qui ne savaient pas si l'on priait ou non pour eux, et le troisième auquel on avait révélé qu'en sus des soins médicaux, il profiterait d'une mobilisation spécifique auprès du divin. Parmi les deux premiers, l'un bénéficierait toutefois de prières, mais donc, celles-ci seraient faites à l'insu des patients qui le constituaient. Comme on pouvait s'y attendre, les résultats des interventions effectuées sur les deux premiers groupes furent très similaires, d'où il ressortait que la prière n'avait pas d'impact particulier sur le déroulement des choses.

 

Mais, chose intrigante, il s'avéra que dans le troisième groupe, le taux de complication post-opératoire fut supérieur aux autres, s'élevant à 59% des cas, et que la fréquence des nouveaux infarctus y était aussi plus élevée.

 

Les auteurs de l'étude avancèrent comme explication que cela provenait probablement du fait que les personnes composant le troisième groupe, ayant été averties que des prières seraient dites pour elles, auraient pu s'en trouver plus stressées en songeant que si des prières étaient dites, c'est que leur état devait être très sérieux. (Où serait-ce que, songeant à l'intervention divine, ces patients se sont vus devoir rendre compte de leurs fautes devant le tribunal du Très Haut ?)

 

Mais, et là je redeviens sérieux quelques instants, la prière peut également avoir un effet bénéfique sur les personnes, non pas sur celles pour lesquelles on la dit, mais sur celles qui la disent. Elle serait en effet un moyen plutôt efficace pour éloigner les stresseurs en agissant un peu de la même façon que la méditation. Une étude menée en 2000, notamment par l'épidémiologiste David Larson, est ainsi arrivé à la conclusion étonnante que le fait d'avoir la foi et de pratiquer sa religion augmenterait de 29% l'espérance de vie !

 

L'explication de ce phénomène est en fait assez facile à comprendre. La religion, ou plutôt la foi, si celle-ci est véritablement enracinée chez l'individu (c'est bien l'enracinement de la foi qui constitue le fondement de la religion), est une croyance qui éloigne certaines difficultés, ou tout du moins qui les allège en faisant peser une partie de leur poids sur des épaules divines. Cela contribue donc tout naturellement à un allégement du stress.

 

Je me souviens, il y a maintenant plusieurs années, j'avais été surpris par un ami alors assez proche, qui étant très croyant, m'avait révélé qu'avant de décider de "sortir" avec celle qui allait plus tard devenir sa femme, il avait ressenti le besoin d'aller prier dans une église, pour demander conseil à Dieu. Sur le moment j'avais trouvé sa démarche surprenante, pour ne pas dire complètement absurde, et je m'étais dit que si son amour était si peu solide qu'il avait besoin de s'en remettre au Seigneur, c'était un bien mauvais signe pour l'avenir de leur couple.

 

Mais désormais je comprends les choses autrement. Je crois que d'une certaine manière, il a agit de cette façon pour s'enlever le stress qu'il ressentait avant de prendre une décision qui lui paraissait importante. Sans doute était-ce là quelque chose dont il n'avait pas bien conscience, et il a d'ailleurs préféré expliquer ça par la profondeur de sa foi, mais je suis maintenant presque convaincu qu'il s'agissait avant tout pour lui de se libérer d'un poids important, afin d'être d'en de meilleures dispositions au moment d'annoncer sa décision.

 

Je ne suis toujours pas croyant, mais aujourd'hui je me dis qu'après tout, pourquoi pas? Cela enlève-t-il quelque chose à la sincérité de sa foi? à l'amour qu'il portait à cette fille? Au contraire, il est évident que si ses sentiments n'avaient pas été sincères il n'aurait pas ressenti de stress et il n'aurait pas eu besoin de faire cette démarche. Donc après tout, la prière ne faisant de mal à personne, si elle procure des bienfaits à ceux qui la font, il n'y a là nulle raison de les en blâmer.

 

Bon, j'hésite un peu quant à la catégorie de ce billet: gestion du stress ou c'est pour de rire ? Hum, c'est pour de rire quand même, parce que se reposer trop sur la prière pour gérer son stress, ce serait moyen.

05/04/2006

Il n'y a pas de calculatrice pour le stress

C'est étrange, aujourd'hui et d'une façon très soudaine, beaucoup  pas mal de  plusieurs personnes sont venues sur mon blog, presqu'au même moment, après avoir tapé la requête Google: calculer son stress. Google les a alors renvoyé sur ce billet écrit il y a quelques temps et qui traitait du manque important qu'il y avait dans l'échelle de Holmes et Rahe, celle-là même qui prétendait aider les gens à "calculer" leur stress.

 

Je ne reviens pas sur ma critique, que je crois toujours fondée, mais je voudrais apporter une petite aide à ces personnes semblant tout à coup perdues (que s'est-il passé pour qu'elles arrivent toutes en même temps ici?).

 

Accoler un chiffre à côté de la notion de stress est dans le fond absurde et un peu ridicule. On n'est pas dans un concours pour savoir lequel à le plus gros stress, et toute méthode qui prétendrait mesurer ceci me semble d'emblée devoir être rejettée, parce qu'elle fausserait complètement la vision des personnes et les empêcherait très probablement de prendre les bonnes décisions pour remédier à leurs problèmes.

 

Le stress est protéiforme, il change d'une personne à l'autre, d'un environnement à un autre, d'une époque à une autre, etc. Bref on ne peut pas le saisir en mesurant des points sur une échelle, et surtout, surtout, même si l'on parvenait à le mesurer, la vérité c'est que cela ne servirait à rien. Car la question n'est pas de savoir quel est notre niveau de stress, mais comment nous le gérons, ce que nous en faisons. Certaines personnes gèrent moins bien un niveau de stress faible alors que d'autres, aguérries à un stress chronique, savent mieux le canaliser. Dans le fond, le stress n'est qu'un symptôme, et on ne guérit pas un symptôme, c'est aux causes qu'il faut s'attaquer.

 

Ces points rapides étant posés, je voudrais tout de même apporter quelques idées pour découvrir son stress et évaluer son impact sur notre comportement, afin de ne pas laisser ces nouveaux lecteurs dans la panade, car je crains pas mal qu'ils se fient trop à l'échelle de Holmes et Rahe vers laquelle Google va très probablement les emmener (quoique, pas en première page apparemment). Si vous souhaitez faire le point sur votre stress, prenez le temps de vous arrêter sur quelques éléments centraux:

 

  1. Vos relations avec les autres: sont-elles satisfaisantes? Consomment-elles votre énergie ou au contraire vous en donnent-elles?
  2. Votre forme générale: Où en êtes-vous de votre fatigue? de votre alimentation?
  3. Votre comportement: Vous sentez-vous nerveux(se)? Neurasthénique? Hypocondriaque? Voyez-vous les choses en noir ou en rose?
  4. Vos projets, vos loisirs: trouvez-vous du temps à y consacrer? Parvenez-vous à prendre du temps pour vous-même? Pour lire ce qui vous plaît? Avez-vous découvert toutes les archives du piki-blog ?
  5. etc.

 

Autant de questions essentielles qui vous éviteront de prendre de fausses routes aux allures de pain béni.

02/04/2006

La logique du pire

Ce billet a failli s’intituler « Le CPE est mort, et pourtant la lutte continue ! », pour rendre compte de la double impression étrange que j’ai ressenti  vendredi soir en entendant la déclaration de Chirac. Sans doute l’écho que rendait le son élyséen dans les premières minutes de l’allocution de notre président était-il le présage de cette confusion émotionnelle, confusion qui n’a fait que se renforcer lorsque l’on entendit les premières réactions syndicales et que l’on vit la défilé des jeunes commencer dans les rues parisiennes.

 

Car, comme Koz hier, il me semble vraiment qu’on a assisté vendredi soir à la mort du CPE. En entendant Chirac évoquer les modifications qu’il souhaitait voir porter à l’article 8 de la loi sur l’égalité des chances, la durée de consolidation ramenée à 1 an, et le motif du licenciement indiqué à l’employé, j’ai d’abord fais un bond de joie chez moi et esquisser un large sourire. Ca y était, Chirac donnait le dernier coup de canif dans un texte qui, à la lecture de la décision du conseil constitutionnel rendue la veille, m’avait déjà semblé affaiblit.

 

En effet, le CC indiquait clairement dans son considérant n° 25 que dans le cas éventuel d’un contentieux il appartiendrait à l’employeur de présenter les motifs du licenciement opéré. Il écrivait sur ce point :

« il appartiendra à l'employeur, en cas de recours, d'indiquer les motifs de cette rupture afin de permettre au juge de vérifier qu'ils sont licites et de sanctionner un éventuel abus de droit ; qu'il appartiendra notamment au juge de vérifier que le motif de la rupture n'est pas discriminatoire et qu'il ne porte pas atteinte à la protection prévue par le code du travail pour les femmes enceintes, les accidentés du travail et les salariés protégés »

 

A la lecture, il m’avait semblé qu’on avait là un point qui clarifiait très sûrement ce que plusieurs commentateurs juridiques avaient déjà soulevé sur leurs blogs respectifs, et qui affaiblissait considérablement l’un des intérêts que les défenseurs du CPE mettaient en avant.

 

La déclaration de Chirac qui enfonçait le clou en demandant que l’explication du motif soit donnée lors de la procédure de licenciement à l’employé, et qui réduisait la durée de consolidation, tout cela assorti en plus d’une période de suspension, m’apparaissait donc clairement être un enterrement, même si celui-ci ne disait pas son nom.

 

Mais rapidement j’ai déchanté. Je me suis demandé quelle allait être la réaction des différents syndicats et des jeunes qui manifestaient depuis des semaines. Allaient-ils saisir le coup porté au texte qu’ils honnissent ? Dans les premières secondes je les imaginais sabrer le champagne place de la Bastille. Mais j’ai vite pressenti que l’on serait loin du compte. Non, ils n’allaient pas être satisfaits. Ce serait même tout le contraire. Et les premières déclarations que j’ai entendues ont confirmé ce mauvais pressentiment.

 

Bruno Julliard, président de l’UNEF, puis Bernard Thibaut, secrétaire général de la CGT, déclaraient tour à tour leur indignation face à la déclaration de Chirac et leur intention de reconduire leur mouvement de protestation tant que le CPE ne sera pas purement abrogé. Je n’ai pas écouté la suite. La cause était entendue, et les jeux faits. En dépit du coup porté au texte, rien n’avait vraiment changé dans l’esprit des anti-CPE, et le conflit allait perdurer.

 

C’est à ce moment là que j’ai vraiment mesuré toute l’étendue de l’incompréhension qu’il y a entre le gouvernement actuel, et les protestataires. Leur dialogue de sourds en arrive à un point d’une redoutable absurdité, où la raison semble avoir définitivement quitté les protagonistes, et ici il faut le reconnaître, plus les anti-CPE que les autres.

 

Je crois en effet que ces derniers se sont piégés à cause de leur réaction initiale. Celle-ci était largement inspirée par le mépris affiché au début de cette affaire par de Villepin pour le débat avec les partenaires sociaux. Puisqu’il méprisait, il fallait pensait-on opposer un positionnement absolument intransigeant, qui établisse un rapport de force du même niveau que le mépris dénoncé. Et pour ce faire, il fallait un slogan simple, marquant, assorti à une intransigeance forte quant à la satisfaction de la revendication qu’il exprimait. Ce slogan ce fut : « retrait du CPE », et l’intransigeance c’était que rien ne serait possible sans ce retrait, et que cette fois-ci il n’y aurait pas de recul sur cette requête.

 

Dès que ce slogan était exprimé avec cette intransigeance quant à sa satisfaction, le piège était refermé, et il n’était plus possible de sortir de l’ornière. Parce qu’il était évident que le gouvernement n’allait pas faire marche arrière au point de supprimer totalement une mesure phare de son dispositif pour l’emploi. C’aurait été un reniement trop fort de son action, une humiliation insupportable, qui eût probablement été assimilée à un suicide politique.

 

Chaque camp s’est ainsi retrouvé dans l’impossibilité, qu’il avait construite lui-même !, de faire un pas véritablement constructif pour faire avancer le débat. Le gouvernement ne pouvait pas retirer son texte, les manifestants ne pouvaient plus faire marche arrière sur leur revendication : eux aussi se seraient reniés et décrédibilisés de façon bien trop forte pour que ça leur soit supportable.

 

On est très clairement ici dans un exemple remarquable d’orgueil poussé à la limite de la logique du déni. Impossible de faire marche arrière car ce serait un bouleversement trop important de l’équilibre psychologique que l’on a créé. Si le gouvernement recule et abroge son texte il reconnaît son incompétence et met sa maison en danger à l’approche d’échéances capitales. Si les protestataires acceptent de négocier ils prouvent que leur démarche jusqu’ici était mauvaise. Et ils en ont tant fait qu’ils auraient bien trop à se faire pardonner ! Cette situation serait insupportable psychologiquement, et la seule solution qui leur reste est donc de poursuivre, en montrant par une certaine logique du pire que puisqu’ils continuent, c’est bien qu’ils avaient raison avant.

 

C’est pour cela qu’il leur en fallait en fait très peu pour que l’on assiste à cela. Quoi qu’eût dit Chirac vendredi soir, à partir du moment où il annonçait une promulgation de la loi, la réaction des anti-CPE était jouée d’avance. Parce qu’ils s’étaient inscrits dans une logique qui les empêchaient de faire autrement.

 

Pourtant aujourd’hui, il va bien falloir en sortir de cette crise, parvenir à renouer le fil d’un dialogue qui, s’il n’est pas évident à établir avec un premier ministre autiste, n’en reste pas moins indispensable. Alors qu’elles sont les solutions pour en sortir ? Et bien franchement sur ce point je ne suis guère optimiste, et je crois que les prochains jours ne montreront pas d’amélioration, mais plutôt une dégradation.

 

Car pour sortir d’un processus de piège d’orgueil, ce qui fonctionne le plus souvent c’est l’excès de trop. C’est ce que l’on voit dans l’expérience de Stanley Milgram que j’ai déjà rapportée : à la fin du processus au cours duquel l’individu testé inflige des décharges de plus en plus fortes à un inconnu, ce qui fait qu’il cesse enfin cette torture stupide est la douleur excessive de l’acteur-supplicié, douleur dont le spectacle devient enfin plus insupportable au testé que la reconnaissance de sa faute.

 

J’espère me tromper, mais j’ai peur que l’on soit dans la même mécanique ici. Les syndicats ont déjà indiqué qu’ils ne voulaient pas négocier tant que le CPE ne serait pas retiré. Et le gouvernement ne s’est pas vu donné la mission de le faire. S’il n’y a pas de dialogue instauré, j’ai peur qu’un seul un excès de trop, un dérapage malheureux, ne soit l’alibi du nécessaire assouplissement du mouvement actuel. Et l’on constatera une nouvelle fois, trop tard et tristement, que l’orgueil est bien le pire et le plus sûr ennemi de la raison.

30/03/2006

Happy Birthday my twin !!!

Je sais, ce blog devrait être sérieux, toujours intéressant et apporter un minimum d'informations pour se montrer digne de sa participation à lieu-commun, mais après tout certaines autres choses me semblent prioritaires.

 

Alors, parce qu'elle est loin très loin, en Australie, quelque part entre Melbourne et Adélaïde, qu'elle me manque quand même pas mal, et qu'aujourd'hui peut-être plus que d'autres jours j'ai pensé à elle, je souhaite ici un

 

TRES BON ANNIVERSAIRE

 

à ma soeur jumelle !! (et pleins d'embrassades avec des sourires ils sont gentils pour elle).

La France moins attractive que le Royaume-Uni ?

Une fois n'est pas coutume, ce billet sera vraiment court, et son contenu essentiellement composé de deux liens pour permettre à ceux que cela intéresse de poursuivre le débat qui a lieu sous mon récent billet sur la "sociologie française", au sujet de l'attractivité respective de la France et du Royaume-Uni.

 

Je ne cherche pas ici à fournir des éléments exhaustifs, mais simplement quelques points de réflexions que j'ai trouvé pertinents. Vous pourrez donc lire à profit:

 

  • Ils partirent cinq cent de Ceteris Paribus qui critique un chiffre donné récemment par le Figaro concernant le nombre de jeunes français partis travailler à l'étranger.
  • Ici Londres, d'Olivier Bouba-Olga, trouvé via Laurent Guerby, et qui propose également un regard critique sur les données croisées des migrations francaises et britanniques vers le pays de leurs meilleurs ennemis (l'étude sur laquelle se base Olivier Bouba-Olga est bien sûr également intéressante à lire).

 

Ces deux billets sont plutôt critiques vis-à-vis de l'attraction qu'exercerait la perfide Albion, qui reste en effet assez souvent rappelée comme un leitmotiv. Qu'ils n'empêchent pas pour autant de réfléchir et de débattre sur les difficultés qui existent chez nous. Mais sur mon blog hein, sinon je boude.

28/03/2006

Des trucs bizarres sur le CPE

Un vrai billet où que je change de ton sur le CPE, juste parce que.

 

Franchement, je sais pas vous, mais moi je trouve de plus en plus que de chaque côté des barbelés on dit et on fait des choses étranges, voire bizarres.

 

D’abord du côté pro-CPE, y’a deux arguments qui me gratouillent :

 

Le premier c’est celui qui dit que certes, sur le CPE y’a marqué que l’employeur n’avait pas à indiquer un motif lorsqu’il licencie, mais pourtant si, il faut qu’il en ait un sinon c’est lui qui va perdre aux prud’hommes. Quand je lis ça, c’est plus fort que moi, je me demande si on n’est pas en train de me faire un truc à l’insu de mon plein gré.

 

Mais bon, en fait c’est parfois vachement bien argumenté, surtout et . Alors quid, commodo, quando ? En fait c’est pas si compliqué que ça : l’employeur n’a pas l’obligation d’indiquer au salarié le motif de son licenciement, comme il devait le faire notamment pour le CDI, mais cela ne signifie pas qu’il puisse faire ce qu’il veut. L’employé conserve la faculté de dénoncer un licenciement abusif et il faudra alors bien que l’employeur donne une explication à sa décision.

 

Mais alors puisque l’employeur au final peut bien être contraint de justifier le licenciement, pourquoi diable avoir écrit un texte qui l’en exonère en premier chef vis-à-vis de l’employé? Ben si j’ai bien tout compris, en fait il ne s’agit que de simplifier la paperasse de la procédure de licenciement. Et en fait (à nouveau) c’est en arrivant à ce point là que le truc continue de me gratouiller. Parce que si on compte sur une réduction de paperasse pour créer des emplois, c’est pas un peu faible comme mesure ?(oui je sais, là c’est partiel, y’a pas que ça, mais bon on présente souvent ce point comme l’un des grands avantages du CPE, alors quand même).

 

Le deuxième argument qui me chiffonne, c’est celui de la flexibilité. Là, j’ai tilté notamment en lisant le chouette compte-rendu de débat publié récemment par Dimitri Houtcieff (et qui a déjà fait l'objet d'une grande campagne publicitaire), et au milieu de ce débat, c’est une remarque de Yannick L’Horty qui montrait en substance que le CPE créerait en fait une situation moins flexible qu’actuellement qui m’a fait réagir.

 

Effectivement, une des premières parades des pro-CPE aux critiques formulées par les lanceurs de pavés fut que la situation actuelle est déjà une situation de grande précarité, et la nier sous prétexte qu’elle n’est pas écrite sur le papier est ridicule (là je dis oui). En fait, si l’on regarde la situation actuelle, entre les CDD et les interims, les jeunes, si l’on en croit M.L’Horty, sont aujourd’hui soumis à une instabilité, et donc une flexibilité, très grande, plus grande même qu’aux Etats-Unis (eolas-like – murmures dans l’assemblée).

 

Ben oui mais donc, puisqu’il est démontré que le CPE est un outil susceptible de combattre la vilaine flexibilité, pourquoi nous dit-on en même temps que le CPE il est beau parce qu’il est un pas vers plus de flexibilité, chemin qu’emprunteraient joyeusement tous les pays qui ont compris comment marche l’économie mondiale ? Vous faites comme vous voulez, mais moi j’ai un sourcil interrogateur qui monte.

 

Passons maintenant du côté des pro-barricades, mais là je vais probablement pas passer en revue tous les trucs bizarres, parce que sinon ça fait trop et déjà souvent je fais des billets longs, alors bon.

 

Le premier truc que il faudrait quand même qu’on me l’explique pour que je comprenne mieux, c’est la justification des blocages d’écoles et d’universités. En quoi bloquer une fac serait-il un moyen pertinent pour protester contre un projet qui ne concerne pas l’éducation mais l’emploi ? Par quel détour de réflexion peut-on en venir à adopter des méthodes aussi absurdes et donc contre-productrives à des combats qui par ailleurs peuvent mériter la mobilisation ?

 

Je ne parle évidemment même pas des dégradations scandaleuses qui ont eut lieu dans plusieurs écoles et facs, qui je l’espère ne sont que le fait de casseurs sans lien avec les manifestants, mais déjà le principe du blocage me semble tout à fait abscons. Evidemment, je vois bien d’où son idée vient : de l’éternelle logique du rapport de force, par laquelle on s’imagine que si l’on ne montre pas les crocs on n’a aucune chance d’être écouté. Mouais, pas sûr.

 

Et puis surtout, la dérive inadmissible de ce comportement, c’est le totalitarisme qu’il finit par mettre en œuvre. Qu’est-ce que c’est que ces AG non démocratiques où le moindre contradicteur est hué ou accusé de fascisme ? Qu’est-ce que c’est que cette université dont le où un proviseur doyen-recteur-directeur-un truc en eur mais pas proviseur président-, qui avait tenté de calmer les esprits et d'éviter des dérapages en proposant que le vote se fasse dans des urnes improvisées et de façon anonyme (un peu comme de vrais votes démocratiques quoi...), a dû faire marche arrière face aux comportements menaçants des étudiants pro-blocage ? Qui sont les fascistes là ?

 

Bref, on marche un peu sur la tête dans toute cette histoire, et je crois bien que c’est parce que trop peu de choses sont claires dans l’esprit des gens qu’on en est arrivé à une telle situation. Tristes conséquences d’idées confuses...

 

P.S: j'ai corrigé après coup quelques coquilles.

24/03/2006

Sociologie française et CPE

C’est un article très intéressant de The Observer découvert dans le Courrier International de la semaine dernière qui me ramène sur les rivages troublés du CPE. Dans cet article, Jason Burke, correspondant en France du journal anglais, aborde la question des manifestations actuelles contre le nouveau contrat proposé par le gouvernement d’un point de vue proche de la sociologie. Car désormais c’est assez clair, les manifestations qui ont lieu dépassent le seul cadre du CPE.

 

Il observe avec étonnement, et aussi un certain amusement, comment les jeunes qui défilaient sous sa fenêtre le samedi 12 mars semblaient loin des réactions qu’il aurait pu observer dans son propre pays dans le cadre d’une réforme similaire. Le faible impact prévisible de la réforme en cours ne devrait-il pas soulever que de maigres réactions au lieu de cette incroyable levée de boucliers où l’on sent se réveiller un parfum de mai 68 ?

 

D’où vient cet écart, si grand, entre les mouvements sociaux, si fréquents et si forts, constatés en France et ce qui se passerait dans tout autre pays d’Europe ? La France semble-t-il, devient de plus en plus difficile à comprendre pour les pays étrangers. Tant et si bien que Jason Burke égrène au fil de son article le lexique de base nécessaire à assimiler pour cerner notre réflexion politique et sociale.

 

L’analyse qu’il propose ensuite, a sans doute souvent été avancée, mais elle me semble néanmoins mériter d’être reprise pour comprendre la situation actuelle et mieux l’évaluer. L’essentiel écrit Burke, vient de ce que la France reste toujours plus ou moins en marge du mouvement de mondialisation qui gagne les autres pays.

 

« France is defiantly not part of the consumerist, capitalist, US-led economic and cultural wave that is engulfing the world. France is different.”

 

Or, cette différence, que je crois effectivement assez fortement revendiquée dans notre pays, notamment au travers de cette “exception culturelle” que nous affirmons souvent avec fierté, ne peut survivre aux forces de pression s’exerçant constamment par l’extérieur sur notre coque nationale que si un projet géopolitique mondial lui donne un appui solide qui en fasse autre chose qu’une revendication utopique. Ce projet, c’est le fameux monde multipolaire si cher à Chirac, et dont l’idée à probablement gagné la plupart des gens.

 

Et dans ce projet, la place que nous souhaitons pour la France n’est évidemment pas celle d’un simple participant à un pôle concurrent à celui des Etats-Unis. Il s’agit clairement d’en prendre le leadership afin que notre présumée différence puisse s’exprimer pleinement. Ainsi Burke note-t-il :

 

"[In their view] the leaders of the pole opposed to the Anglo-Saxons’ would be the French."

 

Il poursuit en décrivant ce que ce terme “Anglo-Saxon” recouvre en France et quelles en sont les connotations:

 

"Anglo-Saxon […] means anglophone, economically liberal, rampantly capitalist. It means the brutish British with their powerful economy and low taxes, their lower levels of unemployment but higher levels of poverty. It means the unsophisticated, insular, ignorant, crassly self-confident Americans […]”

 

L’analyse peut paraître simpliste, trop souvent rabâchée, mais elle contient un gros fond de vérité qu’on ne peut vraiment pas nier. Je crois comme Burke que LA grande peur française se situe bien là : dans le risque de voir notre identité disparaître, emportée par la vague culturelle américaine, et dans le risque qu’en suivant les autres pays dans la voie expresse de la mondialisation, sans avoir pu vraiment au préalable anticiper ce vers quoi elle nous menait réellement, on se retrouve à plus ou moins long terme dans une impasse sociale d’où on ne pourra plus sortir.

 

Cette crainte est probablement alimentée par une intuition collective : celle que le libéralisme sur lequel repose la mondialisation n’est que la traduction en idéologie économique de la tendance préoccupante de nos sociétés modernes vers l’individualisme. Le libéralisme économique fonctionne sur le principe de la concurrence libre, ce qui signifie au final que dans ce système c’est le meilleur qui gagne, avec le corollaire naturel et très fréquent du « chacun pour soi ».  Ce sont les excès de cette logique libérale, dont je crois nous avons peur en France, car, pensons-nous, ils peuvent toucher aussi bien nos emplois que notre mode de vie. Ne plus créer qu’une société jungle dans laquelle plus aucun projet collectif n’est envisageable.

 

« All is thus insecure, threatened, precarious, wether jobs or a way of life. » Ecrit encore Jason Burke.

 

Philosophiquement, cette crainte ne m’apparaît pas illégitime. J’ai déjà indiqué au détour d’une note se fondant sur la théorie de Laborit quel pouvait être le piège de la concurrence. Celle-ci institue une logique d’affrontement, même si celui-ci n’est qu’économique. Dans cet affrontement, les adversaires ont tous le même objectif, ils veulent tous obtenir la même gratification. Mais celle-ci n’est pas partageable en autant de part qu’il y a de concurrents, et certains vont donc nécessairement disparaître dans la bataille.

 

Avec la notion de propriété et l’émergence du besoin de gratification est née une tension naturelle qui nous pousse à nous affronter les uns les autres. Le principe de la concurrence participe pleinement à ce schéma, et c’est pourquoi je comprends qu’on puisse s’inquiéter de ce que ce principe s’étende de façon aussi généralisée à la planète. Je ne vais pas réécrire tout mon précédent billet sur le sujet, et vous y renvoie donc, surtout ceux qui jugeraient que ce n’est là que l’idée d’un nostalgique benêt du communisme (je ne suis pas communiste et j’espère ne pas être un benêt).

 

Maintenant qu’en est-il de la réalité de cette crainte française sur les plans économiques et sociaux ? Est-elle un pur fantasme ou s’appuie-t-elle sur quelques éléments tangibles ? Je ne vais pas m’engager ici dans une analyse très détaillée de la question à la manière de Ceteris Paribus, ne serait-ce que pour ne pas me couvrir de ridicule par rapport à ce qu’il serait capable de produire. Mais je voudrais tout de même relever quelques indicateurs qui m’apparaissent comme étant les plus pertinents pour juger la performance d’un système économique et social : le taux de croissance, le taux de chômage, le taux de pauvreté, l’espérance de vie, et le taux de mortalité infantile, les deux premiers indicateurs servant essentiellement à la mesure du système économique, et les trois suivants étant plus orientés vers la performance du système social. Basique, sans doute simpliste, mais ces chiffres sont à mon sens ceux qui parlent le plus, c’est pourquoi je n’ai retenu qu’eux.

 

Ces chiffres sont extraits de données de l’OCDE. Je ne présente volontairement que quelques pays afin d’éclaircir les tableaux et d’en rendre la lecture plus aisée. Pour voir l’intégralité des informations, suivre les liens.

Tout d’abord, voyons les chiffres de la croissance et du chômage pour les années 2004 et 2005. N.B : les taux de chômage du R-U, de la Norvège et de la Suède ne figuraient pas dans les données 2005 que j'ai récupérées. (j'espère que les tableaux sont lisibles ainsi car ils ne s'agrandissent pas quand on clique dessus...) :

medium_taux_de_croissance_ocde.jpgmedium_taux_de_chomage_ocde.jpg

 

Pas besoin de grandes explication : la France a affiché ces deux dernières années l’un des taux croissance les plus faibles des pays de l’OCDE, et inversement l’un des taux de chômage les plus élevé. Petite incise ici concernant le cas du Royaume-Uni où je renvoie à une ancienne note de Krysztoff qui avait montré que les chiffres du chômage anglais ne reflétaient pas la réalité. Sur ce point je n’ai encore rien lu qui vienne contredire son analyse de façon probante. Mais on comprend en lisant ces chiffres que les économistes soient nombreux à réprouver la voie suivie par la France et qu’ils conseillent plutôt de s’en remettre aux recettes libérales appliquées avec succès dans les pays Anglo-saxons. Les Etats-Unis pour ne citer qu’eux, présentent des taux de croissance supérieurs à la France depuis maintenant presque 15 ans ! Pourquoi n’applique-t-on donc pas leurs recettes ?

 

En fait, le défaut que je trouve dans les articles économiques que lis ici ou là, est qu’ils se restreignent trop souvent à leur seule discipline pour juger de questions qui nécessitent des enquêtes plus globales. L’analyse économique ne suffit pas à embrasser les enjeux de la croissance et du chômage, et je note qu’on semble souvent oublier que cette discipline n’est en aucun cas une fin en soi, pas plus que la performance économique d’un pays n’est une fin en soi.

 

L’économie n’est qu’un moyen, un outil, pour accéder à plus de bien-être, à une vie sociale plus harmonieuse. L’élevée au rang d’étalon suprême à l’aune de laquelle devrait être prise toute décision serait une grave erreur à mon sens, car elle ne peut pas prendre en compte tous les éléments qui contribuent à cet objectif final que j’ai indiqué.

 

Il faut donc évaluer aussi la performance sociale d’un pays pour bien évaluer son modèle. Voici les chiffres trouvés sur le site de l’OCDE en matière de pauvreté, d’espérance de vie et de mortalité infantile, indicateurs qui me semblent être parmi les plus pertinents pour évaluer ce qui nous intéresse ici (le graphique sur la pauvreté que je présente croise les taux de pauvreté avec les dépenses publiques, seul l'indication du taux de pauvreté m'intéresse ici -si vous trouvez plus clair, n'hésitez pas à me l'indiquer).

medium_graphique_pauvrete.2.jpg

medium_esperance_de_vie_ocde.4.jpgmedium_taux_de_mortalite_infantile_ocde.3.jpg

 

 

On constate à la lecture de ces tableaux que si la France semble bien en retrait sur le plan de la performance économique, elle reste toutefois plutôt en avance par rapport au Royaume-Uni et aux Etats-Unis concernant sa performance sociale. Le taux de pauvreté du Royaume-Uni est proche de 8%, celui des Etats-Unis culmine à près de 14%, tandis que celui de la France est parmi les plus faibles, s’établissant à près de 6% seulement. Ces éléments, et surtout le taux de pauvreté, sont souvent ceux qui sont mis en avant par les contempteurs du modèle anglo-saxon. Et je dois dire que sur ce point je m’associe à eux pour dire qu’à leur lecture, il s’en faut de loin que la performance économique soit un objectif prioritaire, et que la prudence est bien de mise quant à suivre les recettes anglaises et américaines.

 

Trois choses maintenant pour conclure ce billet.
La première c’est que finalement je ne fais ici que soulever des questions et que j’apporte peu de réponse. D’une manière générale je dois dire que je comprends l’inquiétude qu’ont certains face à la voie de la mondialisation libérale qu’on nous assène de plus en plus comme étant obligatoire, alors même que les résultats que l’on constate dans certains pays sont loin d’être probants. On avance un peu dans l’inconnu, et si la méfiance serait sans doute excessive, du moins la prudence me semble de mise quant à juger des effets à long terme des modèles économiques proposés.

 

La deuxième c’est que cette rébellion française à un intérêt, peut-être même à une échelle supérieure que celle de notre seul pays. Car elle crée une forme de dialectique, un débat qu’il me semble naturel et bon d’avoir sur des éléments aussi difficiles à évaluer, tant sur de longues durées qu’à l’échelle d’une planète entière. Cela évite d’avancer tout schuss avec un seul bâton en main pour se guider, et permet donc que des réajustements puissent se faire. A l’échelle mondiale bien sûr cela paraît inaccessible tant notre influence est devenue dérisoire, mais au moins dans notre pays, et peut-être encore un peu à l’échelle européenne cette dialectique n’est-elle pas inutile.

 

La dernière enfin, c’est que malgré tout cela, fonctionner sur la peur de l’avenir ne me paraît évidemment pas sain. Elle génère des réflexes défensifs stériles de repli sur soi, de recroquevillement. Elle pousse à ne réagir que par précaution et non par proposition, ce qui, au final, assèche le pays, et accroît notre sentiment de frustration. Rien de vraiment bon ne peut sortir de cette peur si on ne sait pas la transformer en une critique constructive qui nous sorte de l’immobilisme. Mais pour cela il faut des changements d’orientation politique importants, et beaucoup, beaucoup de communication, d’écoute, d’explications avec une population qui semble décidemment ne plus avoir confiance en grand-chose, et en ses représentants peut-être moins qu’en tout le reste.

23/03/2006

Relève-toi petit homme

Relève-toi petit homme

 

Attrape ma main

N'aie pas peur

Regarde mes yeux, regarde moi

 

Relève-toi petit homme

 

Tout cela est terminé

Ce fut long je sais

Et probablement n'oublieras-tu pas toutes ces nuits

 

Relève-toi petit homme

 

Il te reste des sourires, et des rires à vivre encore

Ils sont froissés oui, certains même ne sont plus que des ombres

Il faudra aller les chercher, tout au fond, là où tu les as enfouis

 

Mais relève-toi petit homme

 

Nous sommes au matin,

Et il chantera aujourd'hui, je t'en fais la promesse

Il chantera et nous aussi, tu verras

 

Oui, relève-toi petit homme

20/03/2006

La faille de Christian Blanc

Ce soir Christian Blanc était l'invité de Marie Drucker, pour évoquer essentiellement la question du CPE dans le court face à face qu'elle propose je crois lors de chacun de ses journaux Soir 3 (je crois que ce lien doit mener vers l'émission en question, sans doute dans sa totalité).

 

Et j'ai trouvé que le député a répondu de façon très confuse aux questions de la journaliste. Il manquait de cohérence, passait du coq à l'âne, évoquait des sujets dont il n'était pas question, dont sa lettre écrite il y a quelques mois pour demander la démission de Chirac. Je n'ai pas souvent vu Christian Blanc à la télé, mais vraiment ce soir il paraissait gêné, emprunté, peu sûr de lui, presque ballot. Il y avait quelque chose d'étrange à le voir tituber ainsi sur les mots.

 

Oui mais voilà, je crois que l'explication c'est que devant Christian Blanc il y avait la belle Marie. Elle était là, à moins d'un bras de distance de lui. Elle le fixait de ses grands yeux, avec le sérieux de la journaliste précise qu'elle a la réputation d'être, et lui le pauvre Christian, ne savait plus que faire. Il s'est retrouvé comme d'autres, pris au piège par la grâce, et incapable de développer le moindre propos vraiment cohérent.

 

Mais comment lui en vouloir ?